«Indra» Teerovengadum raconte son parcours aux élèves du cours Éthique et culture religieuse, de l’école secondaire de Val-Mauricie. ­

De l’Île Maurice à Val-Mauricie

SHAWINIGAN — Qu’est-ce qui peut bien pousser quelqu’un à quitter une vie sur le bord d’une plage pour la rigueur d’un hiver québécois? Pourquoi les musulmans s’agenouillent-ils pour prier? Que signifie le point rouge dans le front des femmes hindoues? C’est le genre de questions que les élèves du cours Éthique et culture religieuse de l’école secondaire Val-Mauricie ont pu poser à six nouveaux arrivants, dans le cadre d’une rencontre interculturelle, lundi matin.

C’est la deuxième fois que le Service d’accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Shawinigan organise une telle activité avec les élèves de 2e secondaire de Val-Mauricie. Ces derniers ont ainsi pu échanger, le temps d’un avant-midi, avec des Shawiniganais d’adoption, originaires du Niger, de l’Algérie, de l’Uruguay, de l’Île Maurice, du Togo et de l’Iran. La rencontre, intitulée Et si on se racontait nos histoires, avait été tant appréciée l’an passé que ce sont des élèves qui ont eux-mêmes sollicité leur enseignante et le SANA pour prendre en charge cette deuxième édition.

On comprend facilement l’engouement. Les invités du SANA sont affables et prennent un plaisir évident à partager leur expérience et à raconter leur pays d’origine. Les élèves sont attentifs et curieux. En plus, la table est dressée et on dégustera tantôt quelques desserts.

L’une des instigatrices de l’activité, Éloïse Gagnon, élève de 3e secondaire, explique que la rencontre de l’an dernier avait réussi à démystifier le «nouvel arrivant». « On voit des statistiques, on voit des nouvelles, on dit “il y en a plein qui arrivent, des immigrants, des immigrants”, mais on ne sait pas c’est qui», déplore-t-elle. Elle dit qu’elle et ses collègues ont misé sur une approche encore plus conviviale cette année. Fini les tables ou les prises de notes. On est assis en petits groupes, les discussions sont informelles et l’ambiance invite à l’ouverture.

Abdoulaye Souley, originaire du Niger, répond ainsi candidement aux questions sur l’islam et le quotidien dans son Afrique natale. Et avoue en avoir, lui aussi, plein le dos de l’hiver. Il est ici depuis 18 ans et travaille comme analyste financier à la SADC du Centre-de-la-Mauricie.

De son côté, en épluchant un album photo, Gloria Akokovi Aniakou, du Togo, explique que si on la voit là, habillée à la musulmane, c’est pour suivre la mode. Elle est chrétienne. Installée à Shawinigan depuis moins d’un an, elle vit actuellement son baptême de l’hiver.

Originaire de l’Île Maurice, Indrasen Teerovengadum, relate quant à lui son parcours avec un accent québécois presque parfait. Il est ici depuis sept ans. Il est copropriétaire du Radoteux, à Shawinigan, depuis deux ans. «Indra», comme on l’appelle, a par ailleurs un vécu de globe-trotteur. Il a ainsi passé par Hambourg, Lucerne, Dublin et Montréal avant de se poser en Mauricie. «J’adore Shawinigan! Tranquille. Dix minutes maison, dix minutes au travail», résume-t-il sur le ton de celui qui n’a plus trop envie de bouger.

Le nouveau restaurateur explique également que s’il est hindou de culture, il ne pratique pas vraiment sa religion. Il est quand même retourné au pays pour se marier l’an dernier. L’équipe du Radoteux l’a suivie là-bas pour le mois. La réunion de «mes deux familles», souligne-t-il. Les photos de l’événement, qu’il partage à ses jeunes interlocuteurs, sont colorées et font surgir 1001 questions.

Pour l’enseignante d’Éthique et de culture religieuse, Chantal Lapolice, l’expérience permet aux élèves de constater que les ressemblances avec l’Autre sont souvent moins marquées que l’on aurait pu le croire. Comme l’activité en est aussi une de partage et que les jeunes assemblent un panier cadeau reflétant la réalité québécoise, les élèves doivent également se positionner sur qui ils sont, soutient-elle.

La rencontre avec les nouveaux arrivants se veut par ailleurs une amorce pour aborder la thématique des différentes religions, indique Chantal Lapolice. «Ici ce matin, on a le directeur de la mosquée, on a un musulman qui n’est pas du tout pratiquant, on a Zouina qui porte le voile, on a un hindou et on a un catholique», illustre-t-elle.

Deux rencontres avaient été tenues en préparation à l’activité afin de «sécuriser tout le monde», relate Mme Lapolice. Il y a parfois des préjugés qu’il est bon d’aborder, fait-elle valoir.

Pour le SANA, l’événement à l’école Val-Mauricie s’inscrit dans sa mission d’éducation et de sensibilisation à la diversité culturelle. L’organisme a accueilli environ 350 nouveaux arrivants depuis 2015. La majorité de ceux-ci avait déjà décroché un emploi avant leur arrivée.