Bruce Gélinas et sa conjointe Sarah Gendron-Perrault doivent acheter leur eau potable en bouteille, en raison de la mauvaise qualité de celle venant de leur puits.
Bruce Gélinas et sa conjointe Sarah Gendron-Perrault doivent acheter leur eau potable en bouteille, en raison de la mauvaise qualité de celle venant de leur puits.

De l'eau potable SVP: des citoyens doivent transporter de l’eau en bouteilles pour s’alimenter

CHARETTE — Transporter de l’eau en bouteilles pour s’alimenter et verser quelques gouttes d’eau de Javel dans l’eau du bain avant de laver de jeunes enfants, tel est le quotidien de quelques citoyens de Charette qui font des pieds et des mains pour avoir de l’eau potable provenant d’un réseau public. Mais leurs démarches effectuées auprès des élus n’aboutissent à rien.

Le chemin de la Montagne ronde, situé dans la partie nord-est de Charette, est la même route qui devient le 6e rang à Saint-Élie-de-Caxton. Ce secteur a moins de 10 maisons. Les résidences sont alimentées par des pointes installées dans des puits de surface, mais l’eau est de mauvaise qualité. Voilà pourquoi des résidents demandent depuis des années à la Municipalité de Charette de prolonger le réseau d’eau public jusqu’à leur secteur. Le problème est que ledit secteur est situé à environ 1,5 km du périmètre urbain, ce qui ne respecte pas les normes de différents programmes d’aide gouvernementale.

«C’est un dossier complexe, reconnaît Bruce Gélinas, citoyen du secteur et ex-conseiller municipal. Si le programme (d’infrastructures municipales) Primeau était mieux ficelé, on n’en serait pas là. Le coût du tuyau est cher. On n’accepte pas la règle qu’on soit en dehors du périmètre urbain», raconte M. Gélinas, plus favorable à payer sa part pour un réseau public que pour un puits privé.

René Grondin souhaite plus d’actions de la part des élus. Selon lui, le maire de Charette démontre peu d’acharnement à vouloir régler ce problème. Et le dossier ne semble pas progresser davantage auprès du bureau du député de Maskinongé.

«Il n’y a aucune démarche de faite. Je dénonce l’inaction du conseil dans ce dossier-là. Quand le conseil a changé (en 2017), personne n’était au courant de notre dossier. Tous les nouveaux conseillers nous regardaient comme si on était des extraterrestres! Je veux que le maire bouge. On demande depuis plusieurs années d’avoir un réseau d’aqueduc. Ça tourne en rond», déplore M. Grondin qui refuse d’investir dans l’aménagement d’un puits privé, car cela ne garantit nullement une quantité et une qualité d’eau.

Alphonse Bellemare a acheté sa résidence dans ce secteur en 2009. Il transporte de l’eau dans trois bidons de 18 litres qu’il remplit lorsqu’il visite des proches au village. Comme ses voisins, il connaissait la situation de la Montagne ronde lorsqu’il est devenu propriétaire de sa maison. Il n’en revient pas qu’en 2020, des citoyens doivent se battre pour avoir accès à de l’eau potable. Ce qu’il désire, c’est une contribution du gouvernement.

«C’est ordinaire comme situation. Je ne pensais pas vivre autant d’obstacles. Je comprends la Municipalité. Sa politique passe par celle du gouvernement. Selon moi, c’est le ministère des Affaires municipales qui devrait en faire plus. Le ministère dit à la Municipalité de prendre la taxe d’accise (programme de la taxe sur l’essence et la contribution du Québec) pour le projet. Le gouvernement coince la Municipalité qui n’est pas millionnaire. Je critique le manque de souplesse du ministère dans l’application du programme de subvention. C’est trop rigide. On n’évolue pas pour l’eau potable. Si tu n’es pas dans le périmètre urbain, tu n’as pas droit à de l’eau potable! Ça prend du monde avec du jugement. Et ça, on ne l’a pas!»

Le problème d’eau potable concerne aussi les résidents du 6e Rang à Saint-Élie. René Gélinas vit à cet endroit situé à quelques mètres de la limite de Charette. Sa maison est raccordée à une pointe dans un ruisseau. Lui aussi doit transporter de l’eau en bouteilles.

«L’été, avec de grosses pluies, l’eau est de couleur rouille. On ne peut pas laver les vêtements dans la machine, c’est plein de manganèse et ça bouche les tuyaux de la maison. Ça ne me tente pas d’investir dans un puits. Un voisin en a un et l’eau n’est pas potable. Un autre voisin a un puits et l’eau est pleine de sel. On demande de l’eau potable soit de Saint-Élie ou de Charette, mais on n’a pas de nouvelles. Le premier qui passe, on se branche sur le réseau», raconte M. Gélinas, le père de Bruce Gélinas.

Bruce Gélinas affirme que Charette a déjà utilisé le programme de la taxe sur l’essence pour de l’asphaltage. Il aurait préféré que cet argent soit consacré au projet de prolongement du réseau d’eau vers la Montagne ronde. De plus, il n’en revient pas de voir que la fibre optique, projet promu par la MRC de Maskinongé, profite d’argent public, alors que les gouvernements ne réussissent pas à dégager des fonds pour une ressource essentielle à la vie.

«La fibre optique, on va la prendre, mais c’est quasiment une insulte. On nous dit que ça prend ça en 2020. Mais on n’a pas de programme ajusté pour de l’eau potable. Ça ne marche pas.»