Le secteur du lac des Six à Saint-Boniface.
Le secteur du lac des Six à Saint-Boniface.

De l’abat-poussière réclamé à Saint-Boniface

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
SAINT-BONIFACE — Fatigués de vivre avec des barbecues et des véhicules encrassés par la poussière provenant du trafic automobile sur leur rue sans asphalte, des résidents du chemin du lac des Six et du chemin du lac Héroux désirent obtenir un épandage d’abat-poussière, un service que refuse la Municipalité pour des raisons environnementales.

Quelque 23 propriétaires du secteur du lac Héroux et du lac des Six sont d’accord avec l’épandage de ce produit qui leur permettrait de profiter davantage des plaisirs de l’été. Différentes démarches ont été faites pour obtenir ce service, mais en vain. Selon Alain Fournier, à la tête de ce mouvement citoyen, aucune explication rationnelle ne justifie cette décision de l’administration municipale, surtout que de l’épandage se fait jusqu’à la hauteur du parc Héritage Carcajou situé tout juste avant leur secteur.

«En période estivale, on ne peut pas étendre les vêtements dehors, on ne peut laisser aucune fenêtre ouverte ou manger dehors. Il y a eu de l’épandage fait en septembre 2019, on est dû pour septembre 2020, mais ça ne se fait pas. Il n’y a pas de raison pour que ça ne se fasse pas. Je veux que ça débloque et que ça aboutisse.»

Certaines informations laissent entendre que l’opposition à cet épandage repose sur la crainte d’une prolifération d’algues bleues dans les lacs, ce qui aurait un impact sur la valeur des propriétés. M. Fournier réfute cette hypothèse. Il se base entre autres sur des informations obtenues auprès du Bureau de normalisation du Québec qui encadre l’utilisation de ce produit pour s’assurer que son épandage est fait dans les meilleures conditions et qu’il ne cause pas de problèmes environnementaux.

Alain Fournier a mené plusieurs démarches auprès du bureau municipal de Saint-Boniface pour obtenir de l’épandage d’abat-poussière dans son secteur.

«Les arguments de pollution, ça ne tient pas. On est à plus de 30 mètres pour le lac Héroux et le lac des Six, le gars qui fait l’épandage est compétent. Le carbonate de calcium (le produit utilisé pour l’abat-poussière) ne change pas d’état après avoir été introduit. C’est considéré comme un polluant à faible risque. Le gouvernement approuve, le BNQ approuve. Ce qu’on me répond est qu’on ne veut pas prendre de chance. Je n’ai pas trouvé que c’était une très bonne réponse», indique M. Fournier en rappelant que de l’épandage se fait dans d’autres municipalités au Québec.

Saint-Boniface appuie son refus sur des recommandations d’Environnement Canada concernant l’utilisation des abat-poussières au chlore. Selon ce document, il faut limiter l’utilisation de ce produit si on se trouve dans un rayon de huit mètres d’un plan d’eau et si des végétaux à faible tolérance se trouvent à moins de huit mètres. La profondeur de la nappe phréatique doit aussi être prise en considération.

«Selon notre fournisseur, à tant de pieds du lac, ce ne serait pas bon. L’an passé, on a mis de l’abat-poussière et des gens du lac se sont plaints. Des gens de l’association des résidents disent en vouloir. Moi, je n’ai pas de problème avec ça, mais le conseil suit les recommandations du fournisseur», explique le maire, Pierre Desaulniers.

Ce dernier se dit sensible aux inconvénients vécus par les résidents de ce secteur de sa municipalité. Mais les deux parties sont visiblement divisées par des arguments opposés.

Pierre Desaulniers est le maire de Saint-Boniface.

«Ce n’est pas un cadeau. La poussière, c’est volatile. Tu veux manger sur le balcon et le charcoal est plein de poussière. C’est pas ben le fun. Mais le conseil a décidé de ne pas en mettre parce que c’est dangereux pour l’eau du lac.»