Aujourd’hui, Danick est devenu Victoria. Elle se porte mieux et sa passion du baseball l’anime plus que jamais.

Danick est devenu Victoria [VIDÉO]

Trois-Rivières — Danick Lachance-Plante a toujours figuré parmi les meilleurs joueurs de son groupe d’âge au Québec. Plusieurs ignoraient pourtant qu’un mal de vivre l’habitait. Aujourd’hui, Danick est devenu Victoria. Elle se porte mieux et sa passion du baseball l’anime plus que jamais. Elle sera la première joueuse transgenre de la Ligue junior élite du Québec.

«C’est un long processus, tu ne sais jamais comment tes proches réagiront. Moi, j’ai été chanceuse, autant avec mes parents que pour mes coéquipiers», partage la porte-couleurs des Aigles juniors de Trois-Rivières, dont le parcours depuis l’enfance a été tout, sauf un long fleuve tranquille.

Jeune plutôt turbulent, Danick a dû apprendre à forger sa place. À la maternelle, on lui a diagnostiqué le syndrome Gilles de la Tourette. Il y a trois ans, Le Nouvelliste racontait son histoire. «Des railleries, j’en ai entendu. Le baseball m’a aidé à cheminer, à ignorer ce qu’on disait de moi.»

Au milieu de l’adolescence, Danick se posait de plus en plus de questions. Il ressentait un vide à l’intérieur qu’il n’était pas en mesure d’exprimer.

«J’ai longtemps gardé ça pour moi. Je croyais que c’était un passage obligé de ma crise d’adolescence, que ça pouvait être associé à la Tourette. C’était flou, tout ça.»

Mais l’idée qu’il était en fait une fille dans le corps d’un garçon prenait de plus en plus de place dans sa réflexion. En décembre 2017 arrive la première discussion avec sa mère sur le sujet. Il allait lui annoncer son désir de devenir Victoria.

«Je m’attendais au pire et je n’aurais pas dû. Elle m’a dit que peu importe ce que je déciderais, qu’elle me supporterait toujours. À partir de ce moment très important, je savais où j’allais. Je peux l’affirmer aujourd’hui, c’est l’une des décisions les plus claires que j’ai prise dans ma vie.»

Des questionnements, de la patience

N’eût été certains questionnements, Victoria aurait été prête à annoncer son changement de sexe au début de l’année 2018. Son nom a officiellement été modifié au niveau législatif il y a plusieurs mois déjà. Mais au baseball, elle était encore un gars.

«J’ai commencé mes traitements hormonaux peu de temps après avoir pris ma décision. C’est un long cheminement, tu rencontres de nombreux spécialistes avant de recevoir la confirmation qu’il est possible d’entreprendre les démarches.»

Évoluer dans un monde masculin comme celui du baseball junior élite l’a quelque peu freinée. Elle a donc entamé la campagne des Aigles juniors, comme recrue, en étant Danick. Pourtant, à l’intérieur, elle était bien Victoria Lachance.

«Je manquais de confiance pour l’annoncer au groupe. La plupart, je les connais depuis que j’ai quatre ou cinq ans, parce que j’ai toujours joué au baseball.»

Or, plus elle retardait l’annonce, moins elle se sentait en paix avec elle-même. À la mi-octobre, le nouvel entraîneur-chef des Aigles juniors, Alexandre Béland, a finalement été informé. Sa réaction a plu à Victoria. Comme celles de ses coéquipiers.

«Je suis tellement bien entourée! L’organisation a travaillé avec la ligue, tout le monde m’encourage dans ce processus.»

Sur le plan physique à titre d’athlète, Victoria assure ne pas ressentir les effets de sa prise d’hormones. C’est l’aspect mental qu’il faut développer dans une telle situation, ajoute-t-elle.

«Attendre les changements, c’est le pire. Ça ne va jamais assez vite à ton goût. Ça use un peu la patience!»

Une coéquipière parmi d’autres

Habituée de jouer à l’arrêt-court, elle prédit qu’elle ne perdra pas beaucoup de puissance dans son bras. En poursuivant l’entraînement en vue de la saison, ses entraîneurs pensent la même chose, d’autant plus qu’elle mise sur un sens aigu du jeu. Son intelligence sur le terrain ne fait pas de doute.

Qu’à cela ne tienne, Victoria refusera tout traitement de faveur. «Les Aigles, c’est ma deuxième famille. Si je veux jouer sur une base régulière avec l’équipe cet été, je devrai mériter mon poste, comme tous les autres. J’ai été claire avec Alex [Béland] là-dessus et j’ai aimé sa réponse. Il voit les choses comme je les perçois.»

L’appui de la ligue

Sur le plan légal, Victoria n’aura pas à demander de dérogation pour continuer à jouer dans la Ligue de baseball junior élite du Québec, car aucun règlement ne stipule que le circuit n’est réservé qu’aux garçons.

Pour l’instant, la Trifluvienne qui aura bientôt 19 ans indique qu’elle sera à l’aise de partager le même vestiaire que ses coéquipiers. «Je veux être traitée comme les autres.»

Si la situation devait évoluer, la ligue, par l’entremise de son président Rodger Brulotte, a confirmé qu’un espace serait aménagé pour elle, et ce dans tous les stades et tous les parcs du circuit.

«Nous avons l’appui des directeurs généraux», confie avec enthousiasme le directeur de la structure des Aigles, René Martin, qui a travaillé avec les entraîneurs ainsi que le directeur général des juniors, Steeve Ager, pour préparer le terrain.

«Je m’attendais à une vague d’encouragements, j’ai plutôt eu droit à un tsunami», sourit Victoria Lachance, impressionnée par tous ces messages reçus depuis sa sortie dans les médias, lundi matin.

Évidemment, elle sait qu’elle devra aussi faire face aux moqueries. C’était déjà commencé, lundi.

La question se pose: dans un univers machiste comme le sport d’élite masculin, quel traitement lui réserveront les adversaires et, surtout, les spectateurs?

«Les joueurs, ça ne m’inquiète pas», lance le président de la LBJEQ Rodger Brulotte, qui s’est entretenu avec Victoria Lachance pour lui confirmer que la ligue ferait tout en son pouvoir pour faciliter l’intégration.

«On vit des changements générationnels, pour eux les jeunes, ça fait partie de la réalité et c’est très bien ainsi. La phase qu’on ne contrôle pas, ce sont les spectateurs. On entend parfois des insultes à connotations homophobes ou racistes, j’espère que les gens demeureront civilisés. Chose certaine, on encourage Victoria. J’ai parlé à tous les gouverneurs de la ligue et il n’y a eu aucune mauvaise réaction. Nous saurons répondre si elle a des besoins particuliers pour les vestiaires ou les douches.»

Les bons mots du coach

Victoria Lachance s’assume enfin en tant que jeune femme. Son entraîneur Alexandre Béland le constate: les changements ne se limitent pas au physique.

«Comme personne, c’est évident que Victoria a évolué. Danick Lachance-Plante n’aurait pas pu traverser une journée aussi folle que celle [de lundi] avec toutes ces entrevues médiatiques. On le voit maintenant, elle est bien dans sa peau. Son anxiété est en grande partie disparue.»

Comme premier dossier à gérer à la barre des Aigles juniors, disons qu’il s’agit d’un bon pour celui qui a aussi dirigé les Estacades et les Dragons du Collège Laflèche.

«En tant qu’entraîneur, on veut les aider sur le terrain, mais aussi dans la vie. On a longuement discuté ensemble dans les derniers jours.»

Et parfois, par inadvertance, le nom de Danick revient. «C’est juste drôle et c’est normal au début. Je leur ai dit que Vic, ce serait correct», sourit la baseballeuse, qui ne conservera que le nom de famille de sa mère (Lachance). «Ce n’est rien contre mon père, au contraire! C’est juste que je trouve ça plus beau.»

Victoria pour victoire

À savoir pourquoi elle a choisi ce prénom plutôt qu’un autre, Victoria Lachance explique qu’elle a toujours trouvé que celui-ci avait une belle résonance, qu’il collait à sa personnalité. Et dans Victoria, il y a le mot victoire.

C’est le match le plus important qu’elle a remporté jusqu’à maintenant dans sa vie.