Cynthia Gagné de Saint-Boniface espère que les femmes qui souffrent comme elle a souffert puissent rapidement obtenir de l’aide.
Cynthia Gagné de Saint-Boniface espère que les femmes qui souffrent comme elle a souffert puissent rapidement obtenir de l’aide.

Cynthia Gagné poursuit ses efforts dans le dossier des bandelettes sous-urétrales

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
SAINT-BONIFACE— Cynthia Gagné, cette mère de famille de Saint-Boniface qui a dû se rendre aux États-Unis afin de subir une intervention chirurgicale pour faire retirer des bandelettes sous-urétrales qui lui empoisonnaient la vie, poursuit ses actions pour que le système de santé québécois puisse venir en aide à des centaines de femmes québécoises qui se retrouvent aujourd’hui dans la même situation qu’elle a vécue.

En composant une lettre ouverte envoyée à de nombreux médias québécois vendredi, dont Le Nouvelliste qui la reproduit ce matin, Mme Gagné a souhaité tendre la main aux urologues, au Collège des médecins, à la Régie de l’assurance maladie du Québec et même à la ministre de la Santé afin de venir rapidement en aide à ces femmes, dont plusieurs continuent de se manifester chaque jour pour des problèmes liés à ces bandelettes.

Rappelons que l’histoire de Mme Gagné avait notamment fait l’objet d’un reportage d’Enquête à Radio-Canada en raison de ses problèmes physiques qui auraient été causés à la suite de l’implantation de ce dispositif qui permet de prévenir les fuites urinaires à l’effort chez les femmes. Depuis 20 ans, plus de 80 000 femmes se sont fait implanter ces bandelettes. Dans son cas, le dispositif lui a notamment causé de graves douleurs aux jambes, aux aines, au bassin et aux parties génitales. Grande sportive, elle a même dû cesser toute activité physique.

Depuis la diffusion du reportage d’Enquête, en mars, plus de 800 femmes aux prises avec les mêmes problèmes que Cynthia Gagné ont rejoint son groupe Facebook d’entraide. De ce nombre, 45 se sont rendues aux États-Unis pour subir cette chirurgie de retrait complet, et elles seront 70 au mois de mars.

En mai dernier, Cynthia Gagné a déboursé pas moins de 25 000 $ pour se rendre aux États-Unis afin de faire enlever cette bandelette, étant donné qu’aucun spécialiste au Québec ne semblait être en mesure d’enlever complètement le dispositif. Or, la RAMQ ne rembourse toujours pas les frais pour une telle intervention, puisqu’elle estime que des spécialistes au Québec sont en mesure de le faire. Une affirmation que remet en doute Mme Gagné, qui a colligé des centaines d’informations sur le sujet depuis les derniers mois et qui constate que l’on procède plutôt à des retraits partiels dans le système québécois. Des témoignages recueillis auprès de femme ayant subi ce retrait partiel démontrent que leur condition physique ne s’est pas vraiment améliorée par la suite, avance Mme Gagné.

La femme de Saint-Boniface a récemment déposé une demande d’enquête au Collège des médecins, afin que l’on puisse enfin faire la lumière sur l’ensemble du dossier et, surtout, que les femmes qui vivent aujourd’hui des douleurs physiques après cette implantation puissent obtenir de l’aide et des réponses.

«Le problème, c’est le suivant: qu’est-ce qu’on peut faire pour ces femmes? C’est surtout ça que je demande, qu’on ait de la compassion, de l’écoute et qu’on entende ce qu’elles vivent et ce qu’elles ont à dire», considère Mme Gagné, qui se désole que plusieurs patientes aient rapporté avoir été traitées de façon cavalière par des urologues et des spécialistes, qui ne reconnaissent pas encore que ce dispositif puisse être responsable de leurs douleurs physiques. Mondialement, le débat fait effectivement couler beaucoup d’encre à l’heure actuelle, et le consensus médical n’est visiblement pas atteint.

«Manifestement, je vous ai choqués. Vous vous êtes braqués et malheureusement je constate depuis quelques mois que ce sont vos patientes qui en paient le prix», dit Cynthia Gagné dans cette lettre où elle s’adresse aux urologues, et où elle rapporte avoir appris que plusieurs la dénigrent personnellement.

Toutefois, c’est davantage vers une action positive qu’elle veut aujourd’hui concentrer ses efforts. En novembre dernier, Cynthia Gagné rencontrait la ministre de la Santé pour la sensibiliser à la question et obtenir que la RAMQ puisse enfin permettre le remboursement des coûts liés à l’enlèvement complet des bandelettes aux États-Unis. Elle attend toujours des réponses.

«Ce que je veux, c’est tendre une main au système de santé afin qu’on nous écoute et qu’on nous aide», résume-t-elle en entrevue téléphonique.