La place de l’univers numérique dans la vie du commun des mortels est devenue un débat de société.

Cyberjournée de la famille à Shawinigan: un laboratoire de solutions

Shawinigan — Fortnite, cyberdépendance, surveillance parentale... La place de l’univers numérique dans la vie du commun des mortels est devenue un débat de société. Pour une deuxième année consécutive, Équijustice et ses partenaires organisent une Cyberjournée de la famille le 2 novembre au DigiHub, de 9 h à 15 h. Un moment de réflexion pour comprendre les réalités de chacun dans une atmosphère ludique et non pour sonner l’alarme sur les dangers que représente l’attirance envers les petits bonshommes à mitraillettes sur écran.

Emmanuel Blondin, chargé de projet Équijustice Centre-de-la-Mauricie - Mékinac et coordonnateur de l’événement, ne banalise pas les problèmes rencontrés dans l’espace numérique, mais dans une perspective globale, il considère qu’une minorité de gens peinent à contrôler leur temps devant leur cellulaire ou leur console de jeux.

«Si on prend la chaire de recherche Bien-être et prévention de la violence à l’école, on s’aperçoit que les dérives, chez nos jeunes, représentent autour de 2 %», explique-t-il. «Il y a des problèmes majeurs, importants, qui font la manchette rapidement et dont il faut parler, mais il ne faut pas oublier que c’est quand même une minorité des jeunes qui sont touchés par des événements dramatiques.»

De gauche à droite: Frédéric Beaulieu (participant à la Cyberjournée de la famille), Hugo Lemay (représentant de la députée Marie-Louise Tardif, partenaire de l’événement), Amélie Brousseau (chef de service pour les services en dépendance dans la zone nord au CIUSSS - MCQ), Emmanuel Blondin (coordonnateur de l’événement) et Catherine Adam (conseillère TI à la SADC du Centre-de-la-Mauricie et au Fonds LaPrade Saint-Maurice, partenaire de l’événement).

«Ce qu’on veut, avant tout, c’est éduquer», poursuit M. Blondin. «Pour la première fois, les experts, ce sont nos jeunes! Il y a un revirement de situation difficile: les parents ne peuvent plus apprendre à leurs enfants. Différentes enquêtes démontrent qu’un parent sur deux est démuni dans l’encadrement des technologies à la maison. Soixante-dix-huit pour cent des jeunes du primaire ont accès à Internet sans supervision parentale et ça monte à 96 % au secondaire. De plus, environ 80 % de nos jeunes sont sur les réseaux sociaux avant l’âge légal de 13 ans. Ce sont des statistiques très parlantes, qui montrent qu’on a un manque de balises, aussi bien du côté des jeunes que des parents. Pourquoi ne pas apprendre de façon festive? L’idée de cet événement, c’est de s’immerger ensemble plutôt que de rester camper sur nos positions.»

Comme pour n’importe quelle dépendance, le seuil à ne pas dépasser varie selon les individus. «Il faut être vigilant, se respecter, s’écouter», indique M. Blondin. «Les parents doivent être à l’affût des signes qui démontrent qu’un problème de dépendance s’installe. Ça peut être un changement de comportement, un isolement social, de l’irritabilité... Si on coupe la console et que c’est toujours le sujet d’une crise, il y a peut-être des questions à se poser.»

Amélie Brousseau, chef de service pour les services en dépendance dans la zone nord du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, prévient toutefois qu’il ne faut pas trop culpabiliser les parents quand des enfants entrent dans une spirale malsaine.

«Peu importe la dépendance, ça ne veut pas dire que le parent n’a pas bien joué son rôle», assure-t-elle. «C’est sûr qu’en prévention, il a un rôle à jouer: amener son jeune à découvrir autre chose que les plaisirs reliés aux écrans, avoir une conversation pour qu’il puisse lui-même évaluer où il en est par rapport à sa consommation des réseaux sociaux, l’aider à développer un esprit critique. Il faut aussi être un modèle de rôle. Beaucoup de parents utilisent continuellement leur téléphone cellulaire et l’interdisent en même temps à leur enfant. On se dit que notre utilisation est saine parce qu’elle est en lien avec le travail et que celle de l’enfant est malsaine parce que ce sont des jeux idiots. Il faut s’assurer d’avoir des moments de partage, de débrancher avec nos jeunes pour être en relation, pour vivre un moment sans technologie.»

En émergence

Au CIUSSS régional, le phénomène de la cyberdépendance attire de plus en plus l’attention.

«C’est en émergence», constate Mme Brousseau. «On entend souvent parler des jeunes, mais ça touche toutes les tranches d’âge. La consommation de la nouvelle technologie par les jeunes est plus documentée, parce que ça inquiète davantage. Ce sont des êtres en développement, qui n’ont pas tous les outils que les adultes ont pour mettre en perspective leurs habitudes de consommation.»

Sans établir une échelle de gravité, Mme Brousseau reconnaît que la cyberdépendance représente un défi particulier dans son traitement.

«Toutes les dépendances sont difficiles à vivre et à régler», rappelle-t-elle. «Quand on parle de cyberdépendance, la personne a moins de conséquences physiques que la personne qui consomme de l’héroïne! Par contre, le défi, c’est que le cyberdépendant, contrairement aux drogues, peut difficilement viser l’abstinence totale. Je ne peux pas décider de me débrancher d’Internet, de ne plus faire mon travail. Ces gens restent donc en contact avec le produit de leur dépendance. Ça demande des stratégies différentes.»

La Cyberjournée de la famille prévoit des ateliers, des stands d’information et des espaces de jeux. La conférence inaugurale sera donnée par Nellie Brière, experte en numérique et porte-parole de l’événement.