David Laplante, directeur général des centres Le Grand Chemin.
David Laplante, directeur général des centres Le Grand Chemin.

Cyberdépendance chez les ados: est-ce qu’il y a un volcan en dormance?

TROIS-RIVIÈRES — Au même titre que la Direction de la protection de la jeunesse de la Mauricie, le Grand Chemin est confronté à une baisse du nombre de signalements depuis le début de la pandémie.

L’organisme accueille chaque année dans ses trois centres (Saint-Célestin, Montréal et Québec) environ 250 adolescents âgés entre 12 et 17 ans pour des problèmes de toxicomanie, alcool, cyberdépendance et jeu excessif.

Or, depuis le début du confinement, le nombre de références est en baisse, ce qui inquiète grandement le directeur général David Laplante. «Nous ne pouvons pas chiffrer la baisse précisément encore mais elle se fait sentir. Je ne suis pas inquiet pour la viabilité de nos services mais plutôt de savoir ce qui se passe. Est-ce qu’il y a un volcan en dormance? Je pense aussi à la DPJ. Est-ce qu’il y a des enfants qui se font battre par leurs parents et qui subissent de la maltraitance? Est-ce qu’il y a des jeunes qui consomment à ce point et qu’ils ont des idées suicidaires? C’est pourquoi la non-utilisation des services m’inquiète énormément. Énormément!», a-t-il indiqué.

Au CIUSSS-MCQ, on est en mesure de confirmer que le nombre de demandes d’évaluation de jeunes âgés de 13 à 17 ans en lien avec la cyberdépendance a chuté, passant de 80- 90 par semaine avant la pandémie à 35-40. Actuellement, on assiste à une petite reprise, de sorte que le nombre de demandes serait de 50-60 environ par semaine.

M. Laplante, du Grand Chemin, attribue cette baisse au fait que plusieurs personnes pensent à tort que des centres comme celui qu’il dirige sont fermés alors qu’en réalité, ils font partie des services essentiels, ce qui peut expliquer par exemple que des parents, confrontés aux problèmes de dépendances de leurs enfants, ne font pas appel à leurs services.

Le facteur principal demeure cependant, selon lui, la fermeture des écoles. «Le milieu scolaire est capable de repérer et dépister les adolescents qui ont des problèmes et ensuite de les référer», a-t-il ajouté.

M. Laplante croit en effet que la fréquentation scolaire est essentielle pour assurer la santé mentale en raison de la structure et de la stabilité que le milieu procure. «Je comprends tout le débat qu’il y a sur le sujet, mais en même temps, vivement la réouverture des écoles secondaires!», a-t-il demandé.

Il ne cache pas que plusieurs jeunes sont confinés à la maison et passent beaucoup de temps devant l’ordinateur entre autres parce qu’ils ont besoin de sociabiliser. «Je ne veux pas dramatiser mais à l’automne, il faudra peut-être s’attendre à une hausse de références chez nous. Je ne sais pas ce qui va résulter de tout ça mais nous serons prêts», a-t-il indiqué.

Par conséquent, une augmentation des cas de cyberdépendance est-elle envisagée? «Peut-être. La cyberdépendance touche environ 1% des jeunes, et c’est un pourcentage très conservateur, mais selon des études, 20% des jeunes sont à risque et ont besoin d’une prévention importante. Il va falloir surveiller ça de près», a-t-il répondu

Au CIUSSS-MCQ, la porte-parole Kellie Forand, précise elle aussi qu’une recrudescence des demandes liées à des problèmes de cyberdépendance est à prévoir lors de la réouverture des écoles secondaires. Quant à savoir si le nombre de jeunes souffrant de cyberdépendance sera augmenté en raison du confinement, elle répond qu’il est encore difficile de l’évaluer pour l’instant.

Le réseau continue cependant d’offrir des services en ce sens. Outre l’évaluation et le dépistage, des consultations, de l’accompagnement sont aussi disponibles en plus des services plus spécialisés comme des interventions en groupe ou individuel avec des travailleurs sociaux et des psychologues, en plus des rencontres de suivi.

Les centres Le Grand Chemin sont cependant la seule ressource en hébergement de la région pouvant accueillir des adolescents souffrant de cyberdépendance. Le programme est d’une durée de huit à dix semaines à l’interne et de quatre mois de suivi en réinsertion sociale. La majorité de la clientèle est composée d’adolescents souffrant de problèmes de toxicomanie et d’alcoolisme. Environ 8 à 10% y sont traités pour la cyberdépendance, une proportion en augmentation depuis les cinq dernières années.

Présentement, ceux qui vivent la pandémie et le confinement à l’intérieur des centres se sont bien adaptés au dire du directeur Laplante. Évidemment, ils sont toujours privés d’ordinateur et de téléphones intelligents. «Chapeau à ces jeunes! Ils ont une capacité d’adaptation extraordinaire dans les circonstances. Les visiteurs sont interdits et les activités comme le gymnase, la zoothérapie et le nouveau programme Intervention par la Nature et l’Aventure sont malheureusement suspendues mais nous avons des témoignages de jeunes qui voient le côté bénéfique de ce confinement. Pour eux c’est justement une occasion de se recentrer sur eux-mêmes», a-t-il indiqué.

Il tient à rappeler que leur service de sensibilisation et de formation en dépendance est par contre toujours disponible.

D’autre part, notons que le programme d’Intervention par la Nature et l’Aventure du Grand Chemin, a cependant reçu un appui de taille dernièrement de la Fondation Médicale Jean-Pierre Despins grâce à une contribution de 5000 $.

Rappelons que l’INA a été développée pour répondre aux besoins émergents de la clientèle adolescente au Grand Chemin. Ce service prend la forme d’expéditions et d’aventure thérapeutique de 4 jours et 3 nuits, qui permet à la fois de répondre aux objectifs cliniques des participants, en plus de promouvoir des saines habitudes de vie.