Il faudra attendre au moins jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste, cette année, avant de voir une scène comme celle-là dans nos champs.

Cultures: vivement le soleil

Les cultures établies n'ont pas souffert de l'hiver. Il n'y a pas eu de gel tardif. Il y a assez d'eau pour faire pousser les semis. Malgré le temps frais et en général assez maussade, les conditions printanières sont favorables aux cultures, estime Normand Gauthier, copropriétaire de la Ferme Tournesol de Sainte-Anne-de-la-Pérade et productrice des Boissons du Roy. Il y a toutefois un hic... La présence du soleil et d'un peu de chaleur commence à devenir urgente.
Le temps frais et maussade du mois de mai ne sera pas sans conséquence, en effet. Tant du côté est que du côté ouest de la Mauricie, les fraises de champs ne seront pas prêtes avant la Saint-Jean-Baptiste, un contraste important avec l'an passé alors que dès la fin mai, les petits fruits rouges produits localement étaient déjà en vente dans les supermarchés.
Pierre Duplessis, producteur maraîcher de Bécancour et président du Marché Godefroy, indique que la nature des sols y est pour beaucoup dans l'état des productions, présentement. Chez lui, le sol est limoneux, dit-il et avec toute cette pluie qui ne cesse de tomber, l'accès aux champs est difficile tant et si bien que certaines productions ont jusqu'à un mois de retard comme c'est le cas pour les oignons, les carottes et les betteraves. Seul un bel automne pourrait venir compenser un peu de ce côté, dit-il.
Au Verger Barry de Sainte-Anne-de-la-Pérade, la floraison des pommiers est dans les temps. «Il n'y a pas eu de dommages causés par l'hiver ou le verglas», se réjouit le propriétaire,  Benoît Barry, qui entrevoit une bonne récolte, l'automne prochain. Chez lui aussi le sol gorgé d'eau et boueux complique le travail au champ.
Les conditions sont bien pires, toutefois, du côté de quelque 80 producteurs de grandes cultures sur la rive sud. Pas moins de 300 hectares dans les municipalités de Baie-du-Febvre et de Pierreville sont toujours sous l'eau, raconte le président de la Fédération de l'UPA du Centre-du-Québec, Daniel Abel. Pour ces terres où sont habituellement cultivés maïs et soja, c'est peine perdue pour cette année, dit-il. Les inondations, assure M. Abel, vont marquer la mémoire des producteurs.
Dans certains cas, l'eau est passée par-dessus les digues et se trouve emprisonnée et stagnante. Elle ne disparaîtra que par absorption et par évaporation.
Ailleurs, sur la rive sud, seulement 65 % à 70 % des semis ont pu être faits, jusqu'à présent, dans les grandes cultures, dit-il. C'est que le sol, gorgé d'eau, empêche la machinerie agricole de circuler normalement. «On travaille dans des conditions limites de capacité portante», explique M. Abel. Il faut même se résoudre à une inévitable compaction des sols, à certains endroits. Les semis sont donc en retard de 2 à 3 semaines, dans bien des cas. La situation est grave, mais «pas encore catastrophique», précise toutefois le président.
Il n'a pas été possible d'avoir de son de cloche du côté de l'UPA de la Mauricie, de l'autre côté du fleuve, mais Olivier Leblanc du Maraîcher de Batiscan accuse lui aussi un retard allant d'une à trois semaines, selon le type de production. «On n'est pas capable d'aller au champ pour travailler. C'est de la boue», dit-il. Le jeune producteur tire son épingle du jeu grâce à sa production de fraises et de légumes provenant de ses serres qui sont en expansion depuis sept ans. «On avait des fraises dès la fête des Mères», signale-t-il.
M. Leblanc prévoit lui aussi que les consommateurs ne verront arriver les fraises de champs qu'à la Saint-Jean-Baptiste.
Plusieurs producteurs maraîchers ont donc malgré tout de quoi satisfaire leur clientèle dans les stands à la ferme, en attendant. Les asperges et la rhubarbe, par exemple, sont à vendre aux Jardins Dugré.
Seule consolation face à ce printemps gris et pluvieux, c'est qu'il n'y a pas eu de gel tardif. «Le centre des fleurs des fraises n'est pas noir. Il est jaune. C'est de toute beauté», se réjouit M. Gauthier qui, avec son épouse, Françoise Cossette, célébreront cet été le 30e anniversaire de la Ferme Tournesol / Les Boissons du Roy. «J'ai déjà vu des années où il y a eu du gel les 30 ou 31 mai», rappelle-t-il. «Et en 1992, les fraises n'étaient sorties que le 2 juillet.»
Pour l'instant, c'est le soleil qui commence à manquer cruellement.
«Du soleil et de la chaleur, c'est ça qu'on veut», plaide Normand Gauthier, un souhait que partagent tous les producteurs de la région.