La Commission scolaire du Chemin-du-Roy demande à la Ville de Trois-Rivières de «payer sa juste part» pour financer le Complexe sportif Alphonse-Desjardins (CSAD) puisque cette infrastructure a généré à elle seule un déficit de 4,2 millions $ dans ses états financiers pour l’exercice 2016-2017.

CSAD: «Un poids financier insupportable»

(Trois-Rivières) La Commission scolaire du Chemin-du-Roy a lancé un cri du cœur, mercredi matin.

Elle demande à la Ville de Trois-Rivières de «payer sa juste part» pour financer le Complexe sportif Alphonse-Desjardins (CSAD) puisque cette infrastructure a généré à elle seule un déficit de 4,2 millions $ dans ses états financiers pour l’exercice 2016-2017 qu’elle a publiés par la même occasion.

«C’est un poids financier insupportable», a fait valoir le président de la Commission scolaire, Claude Lessard, qui a profité de la période électorale pour inviter les trois candidats à la mairie, Yves Lévesque, Jean-François Aubin et André Bertrand, à un point de presse. Seul M. Bertrand était présent.

Le maire sortant, Yves Lévesque, est visiblement furieux de cette sortie. «Il (Claude Lessard) essaie de virer les projecteurs sur la Ville de Trois-Rivières pour son déficit de 4,2 millions $», déplore-t-il.

«Premièrement, ce n’est pas un projet de la Ville. Ce n’est pas une infrastructure de la Ville. C’est une infrastructure scolaire», a tenu à rappeler M. Lévesque. «On est locataire. On a signé un bail de 25 ans dans lequel on a investi à peu près 20 millions $. On paie à la juste valeur marchande», insiste-t-il.

Claude Lessard, président de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy.

Malgré tous les efforts de redressement des finances exercés par la Commission scolaire depuis quelques années, rien ne va plus dans ce dossier. Non seulement des déficits annuels de 700 000 $ à 1,2 million $ s’accumulent depuis 2014, mais la Ville n’a pas versé à la Commission scolaire, cette année, son allocation de 581 000 $ pour les compensations tenant lieu de taxes qu’elle remettait habituellement pour le CSAD. «On attend le renouvellement de notre entente avec la Commission scolaire», explique le maire sortant.

La Commission scolaire est aussi confrontée à d’importants travaux de réfection de plusieurs millions $ qui devront être entrepris au CSAD à court et moyen termes, notamment au terrain de soccer où il faudrait investir rapidement 1 million $ sans quoi il sera menacé de fermeture. 

«C’est intenable», indique Claude Lessard en ne cachant pas que «l’idéal serait de se départir du CSAD», mais que la Commission scolaire serait malgré tout prête à continuer si la Ville contribuait adéquatement au maintien de cette infrastructure «qui ne s’autofinance pas», précise-t-il.

Pour le président de la Commission scolaire, la solution au problème est simple. La Ville doit payer sa juste part des dépenses puisque 75 % du CSAD est utilisé par la population de Trois-Rivières et 25 % par les élèves de la Commission scolaire qui sont, pour une bonne part, aussi des citoyens de la Ville.

La Commission scolaire indique qu’un comité a été formé pour tenter de trouver des solutions, comité sur quel la Ville siège d’ailleurs, de même que le ministère de l’Éducation. «Les discussions sont toujours en cours», assure-t-il.

Yves Lévesque, maire sortant et candidat à la mairie de Trois-Rivières.

«Ce sont eux qui ont fait le montage financier», plaide Yves Lévesque. «C’est la Commission scolaire qui a voté pour ça. C’est le ministère de l’Éducation qui a accepté le montage financier», rappelle-t-il.

«Même si on n’est responsable de rien, on est prêt à arriver à une solution pour sauver le CSAD», indique néanmoins le candidat à la mairie. 

La Ville, dit-il, a en effet proposé d’assumer la moitié du déficit accumulé du Complexe multidisciplinaire Les Estacades, le gestionnaire du CSAD, afin d’en assainir les finances. 

La Commission scolaire devrait toutefois assumer l’autre moitié. Pour l’instant, les discussions sont interrompues.

L’entente qui était intervenue entre la Ville et la Commission scolaire est devenue caduque lorsque la Commission scolaire a renoncé à faire la phase 5 du CSAD. 

Depuis, aucune autre entente n’est encore intervenue entre les deux parties et les déficits s’accumulent au point où la firme comptable Deloitte, qui est au dossier, a dû prendre des provisions de 3 millions $ auprès de la Commission scolaire pour créances douteuses.

Claude Lessard assure que le ministère de l’Éducation n’a malgré tout pas demandé de plan de redressement financier à la Commission scolaire. 

Cette dernière a en effet maintenu, cette année, l’équilibre entre ses revenus et ses dépenses pour ses propres activités tandis que ses dépenses administratives comptent pour 3 % de son budget par rapport à 4 % pour la moyenne des commissions scolaires du Québec.

Il est clair, a précisé le président, que ni la Commission scolaire ni le ministère ne permettront que le déficit soit payé à même les budgets réservés aux élèves. «Le CSAD est devenu un enjeu de finances publiques pour notre collectivité», plaide-t-il.

Jean-François Aubin, candidat à la mairie de Trois-Rivières.

Pour ce qui est du candidat à la mairie Jean-François Aubin, il estime que le troisième joueur dans cette histoire, c’est-à-dire le ministère de l’Éducation «qui a donné sa bénédiction à ce projet-là», devrait s’investir. L’ancien conseiller municipal rappelle qu’au «départ, c’est un projet qui était porté à parts égales entre la Ville et la Commission scolaire. Il faut une négociation et que chacun y mette du sien», dit-il.

André Bertrand, candidat à la mairie de Trois-Rivières.

Le candidat à la mairie, André Bertrand, a pour sa part déclaré qu’il ne croit pas que la Ville devrait acquérir ces installations si la Commission scolaire décidait de s’en départir. «Le Centre Jean-Noël-Trudel n’appartient pas à la Ville. Le pavillon St-Arnaud n’appartient pas à la Ville», fait-il valoir.