Le Centre sportif Alphonse-Desjardins.

CSAD: les accusés contre-attaquent

Le dossier de mauvaise gestion du Complexe sportif Alphonse-Desjardins (CSAD) connaît d'importants rebondissements devant les tribunaux depuis quelques semaines. Le Nouvelliste a d'abord appris que la Cour supérieure a ordonné à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy de changer d'avocats d'ici le 13 janvier. Ceux qu'elle avait embauchés pour défendre son dossier devant les tribunaux doivent se retirer étant en apparent conflit d'intérêts dans cette affaire, selon le juge Daniel Dumais. Le conseil des commissaires a toutefois décidé, le 14 décembre, d'en appeler de ce jugement.
Le Nouvelliste a aussi appris qu'un des défendeurs visés par la poursuite de la Commission scolaire, le cabinet d'experts-comptables Morin Cadieux, poursuit à son tour la Commission scolaire. Le cabinet affirme en effet qu'il n'a commis aucune fraude et exige un dédommagement à la Commission scolaire de 2,3 millions $ pour atteinte à sa réputation, dont 1,6 million $ pour des pertes financières occasionnées par les accusations lancées publiquement contre lui.
C'est qu'à la suite de la poursuite intentée par la Commission scolaire le 1er avril 2016, le nom de Morin Cadieux a été cité dans des communiqués de presse émis par la Commission scolaire, ce qui a donné lieu à des reportages dans les médias.
La poursuite vise Michel Morin, ancien directeur général et conseiller-cadre de la Commission scolaire, ainsi que Jean-François Picard, qui était le directeur général du CSAD, Steven Bélanger, qui était responsable des finances du CSAD, Michel Montambeault, coordonnateur des ressources matérielles et des ressources humaines, la firme Morin Cadieux et la compagnie à numéro 9202-6590 dont le président est Michel Morin.
L'ancien directeur général, Michel Morin, est poursuivi par la Commission scolaire du Chemin-du-Roy.
La démarche de la Commission scolaire avait été motivée par un rapport dévastateur rendu public par le Vérificateur général du Québec sur la gestion du CSAD, en 2014. Ce rapport faisait état de dépassements de coûts de plus de 8 millions $ qui auraient été cachés aux dirigeants de la Commission scolaire par les gestionnaires de cet organisme sans but lucratif.
Le VGQ avait souligné au passage le laxisme de la Commission scolaire dans cette gestion.
Dans sa poursuite intentée le 1er avril 2016 envers tous ces intervenants, la Commission scolaire parle de malversations, d'avantages obtenus illégalement, de négligence grossière, d'insouciance financière grave, de fausses déclarations, de manigances, tromperies et gestes de manipulation, d'usage d'artifices et de ruses habiles dans le but de la tromper, d'abus de contrôle et d'abus de confiance, de stratagèmes visant à faire passer ses intérêts avant ceux de l'employeur. Au total, la poursuite de près de 6 millions $ intentée par la Commission scolaire contient rien de moins que 460 allégations contre les défendeurs.
C'est en 1999 que le projet de construction du CSAD s'amorçait, impliquant non seulement la Commission scolaire, mais aussi la Ville de Trois-Rivières et le Complexe multidisciplinaire Les Estacades. Cet investissement majeur devait être réalisé en neuf phases. Tout a été stoppé à la phase 6, après le rapport du VGQ.
La seconde phase représentait la construction d'un aréna olympique, en 2006. Le résultat final comptait malheureusement une multitude de défauts majeurs notamment aux systèmes de refroidissement, de réfrigération et de déshumidification. Il aura fallu plus de 3 millions $ de réparations pour venir à bout de ces problèmes. La Commission scolaire décidait donc de poursuivre en justice, en 2011, les ingénieurs et les entrepreneurs.
Elle avait embauché à cette fin le cabinet d'avocats Morency.
Michel Morin et Michel Montambeault étaient à ce moment-là les principaux acteurs dans ce dossier de par les fonctions qu'ils occupaient à la Commission scolaire. Ils ont participé à l'élaboration du procès pour le dossier de 2011 et échangé de l'information avec les procureurs de Morency. «Il est probable qu'une relation de confiance se soit alors forgée», estime le juge Dumais.
Étant donné que les deux dossiers en litige sont survenus dans la même période et qu'aucune des deux causes n'a encore été entendue par le tribunal à ce jour, MM. Morin et Montambeault se retrouvent dans une position extrêmement inconfortable. En effet, non seulement seront-ils appelés à témoigner pour se défendre des allégations qui pèsent contre eux, mais par la force des choses, ils seront aussi convoqués en tant que témoins de la Commission scolaire dans le procès du dossier de construction de la phase 2 du CSAD de 2011.
Dans les circonstances, le juge estime donc qu'il vaut mieux éviter toute apparence de conflit d'intérêts. C'est pourquoi la Commission scolaire doit partir à la recherche de nouveaux procureurs pour son autre dossier, celui de la mauvaise gestion du CSAD.