Martin Hallée, ingénieur en gestion hydrique pour la rivière Saint-Maurice, surveille de près l’évolution de la fonte dans la région.

Crue printanière: le Québec sur le qui-vive

Montréal — Alors, cette crue printanière, c’est pour bientôt? Pour le moment, la priorité d’Hydro-Québec consiste à régler les pannes de courant principalement dans Lanaudière, les Basses-Laurentides et Laval. Mais tôt ou tard, l’unité de production et de planification de la société d’État se retrouvera sur le qui-vive avec la fonte des neiges et ses conséquences sur le débit des rivières où des barrages sont aménagés.

Le printemps n’est pas trop pressé, ce qui favorise un dégel tout en douceur et un peu moins d’anxiété chez les riverains... pour le moment. À la rencontre quotidienne d’une équipe de quelque 25 ingénieurs, prévisionnistes et autres professionnels au neuvième étage de l’Édifice Jean-Lesage à Montréal mardi matin, la situation à travers le Québec a été évacuée en une quinzaine de minutes.

Avec les dernières données récoltées la veille et les prévisions du temps, des stratégies de production peuvent être élaborées. Plusieurs experts interviennent lors de cette rencontre, notamment en informatique, en validation météo et en prévision, en relevés hydrométriques. Les événements particuliers, comme les pannes de cette semaine, sont aussi abordés, de même que les enjeux d’approvisionnement, la gestion hydrique et la prévision des apports.

À l’heure actuelle, la situation demeure remarquablement stable à travers la province, bien que les nouvelles accumulations et le réchauffement annoncés à la fin de la semaine attirent déjà l’attention.

«Quand les prévisions sont plus compliquées ou lorsqu’il y a des changements dans la prévision des apports, la réunion peut durer un peu plus longtemps», confie Hugo Sansoucy, chef de l’unité Production et planification chez Hydro-Québec.

Le long de la rivière Saint-Maurice, le couvert de neige dépasse de 52 % la moyenne historique. La partie la plus nordique de la rivière des Outaouais la fracasse de 88 % et la rivière Gatineau, de 79 %. Hydro-Québec se tue à répéter que Dame Nature aura le dernier mot, mais au sol, il existe un potentiel assez dommageable.

Hugo Sansoucy, chef de l’unité Production et planification chez Hydro-Québec.

«Un aussi bon volume de neige dicte habituellement un apport plus important», convient M. Sansoucy. «La neige correspond à environ 45 % de l’apport total durant la crue. La pointe de débit que nous vivrons sera tributaire des précipitations de pluie que nous recevrons durant le printemps, de même qu’à la montée des températures. On ne peut pas le voir tellement d’avance.»

Fonte lente

Le mois dernier, la direction régionale d’Hydro-Québec a organisé des rencontres d’informations, à Shawinigan et à La Tuque, pour démystifier son intervention en période de crue. Rappelons que ses installations ne permettent de régulariser que 40 % des apports en eau. Pour obtenir un résultat optimal, la société d’État veille à garder le niveau de ses réservoirs le plus bas possible, en début d’année, pour affronter cette période toujours critique.

En raison de son ampleur, le réservoir Gouin ne sera toutefois jamais vidé à beaucoup moins de 60 % de sa capacité.

«C’est tellement grand qu’il serait pratiquement impossible à vider en une année», confie Martin Hallée, ingénieur en gestion hydrique pour la rivière Saint-Maurice. «Si on le vidait complètement, ça prendrait un an ou deux à le remplir. L’été, les utilisateurs du réservoir ne pourraient pas en profiter. D’après nos calculs, on sait que si on le vide jusqu’à environ 60 %, nous serons capables d’accueillir n’importe quelle crue de façon sécuritaire.»

Dans les conditions actuelles, M. Hallée s’attend à ce que le barrage Gouin reste ouvert pendant encore une dizaine de jours. «Nous le fermerons complètement pendant le pic de la crue», mentionne-t-il.

Un mois après la présentation des assemblées publiques, M. Hallée estime que la fonte demeure bien timide le long de la rivière Saint-Maurice. «Le couvert de neige a même légèrement augmenté», observe-t-il. En Mauricie, il surpassait de 40 % la moyenne historique à la mi-mars, comparativement à 52 % au 1er avril. Ce couvert de neige équivaut à peu près à celui de 2017, alors qu’en Outaouais, il est légèrement supérieur.

«Nous avons beaucoup de neige à faire fondre, mais si ça se fait sur une longue période, avec un printemps frais et sec, ce ne sera pas vraiment un problème», rappelle l’ingénieur. «Ce sont vraiment les conditions météorologiques qui vont tout déterminer.»