Discret, stylisé et aux antipodes des crucifix traditionnels, le crucifix de l’hôtel de ville de Trois-Rivières trône à l’arrière de la salle publique, face au conseil municipal.

Crucifix: trois candidats, trois positions différentes

Trois-Rivières — La Ville de Trois-Rivières devrait-elle imiter celle de Montréal, qui a récemment retiré le crucifix de la salle publique de son hôtel de ville? Si l’on pose la question aux trois candidats dans la course à la mairie de Trois-Rivières, difficile d’en dégager un consensus.

Peu visible dans la salle publique de l’hôtel de ville de Trois-Rivières, un crucifix se trouve pourtant dans cette enceinte depuis l’inauguration des lieux, en 1968. Stylisé et aux antipodes des crucifix traditionnels où l’on retrouve généralement le Christ, le crucifix de l’hôtel de ville se voulait plutôt une œuvre plus moderne, à l’image de la construction de l’hôtel de ville à l’époque, relate l’historien et ancien directeur des communications de la ville, François Roy. La croix, discrète, trône à l’arrière de la salle publique, faisant face au conseil municipal.

Pour Éric Lord, l’attachement au passé et à la valeur culturelle du crucifix nécessite qu’on le laisse en place. Bien qu’il considère que le Québec est une société laïque et que les institutions publiques doivent également l’être, M Lord est d’avis que le crucifix appartient davantage à l’histoire et à la tradition québécoise qu’à la religion dans un tel contexte.

«Je crois que les gens lui accordent une valeur symbolique forte d’un point de vue culturel. Dans cette salle, je ne l’ai jamais senti comme un symbole d’oppression ou de domination. Ce n’est pas comme la prière, qui est imposée. Ainsi, dans mon cas, je suis davantage pour une laïcité effective qu’une laïcité d’apparence», mentionne Éric Lord.

Son adversaire, Jean-François Aubin, est d’un autre avis. Bien qu’il ne retirerait pas immédiatement le crucifix s’il accédait à la mairie, il croit cependant que dans un avenir plus ou moins rapproché, c’est la direction que le Québec prendra.

«Certains symboles ont davantage une connotation patrimoniale et culturelle que religieuse. Est-ce qu’on doit l’enlever? Il faudrait en discuter en conseil municipal. Mais dans le futur, je pense qu’on s’en va vers ça. La jeune génération n’a plus vraiment cette référence culturelle, alors à mon avis c’est une question de temps. Je ne suis pas très tranchant sur la question, mais je crois qu’il faudra regarder ce qui se fait un peu partout au Québec dans les prochaines années», lance Jean-François Aubin.

Finalement, Jean Lamarche estime que la décision de l’hôtel de ville de Montréal est intéressante et pourrait être imitée par Trois-Rivières lors d’éventuels travaux à l’hôtel de ville. «Pour l’instant, je le laisserais là, mais je ferais comme Montréal et profiterais d’une éventuelle réfection de la salle publique pour le redisposer, le déplacer. Il ne faut pas renier notre passé et le crucifix a un côté patrimonial fort. À mon avis, l’hégémonie religieuse est encore bien présente un peu partout. Il faudra attendre le bon moment pour le déplacer, et de mon côté ça ne devra jamais devenir un élément de discorde. Si ça doit se faire, ce sera une décision unanime du conseil municipal», mentionne Jean Lamarche.