La profession journalistique a été passablement malmenée dernièrement.
La profession journalistique a été passablement malmenée dernièrement.

Crise de confiance ou amplification d’une minorité?

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Journalistes malmenés dans des manifestations, insultes sur les réseaux sociaux, menaces de mort... Rarement a-t-on vu la profession de journaliste être aussi prise à partie que depuis les derniers mois. Ces agissements témoignent-ils d’une réelle crise de confiance envers les médias et les journalistes? Les avis divergent.

Pour le professeur en journalisme de l’UQAM, Patrick White, non seulement la crise de confiance envers les médias est réelle, mais elle atteint une ampleur inégalée. «J’ai été journaliste parlementaire de 1990 à 2002 et jamais un citoyen ne m’a insulté durant une conférence de presse comme les journalistes parlementaires ont pu être insultés ce printemps, au plus fort de la crise de la COVID», cite en exemple M. White.

Pour lui, il existe une déconnexion viscérale entre le citoyen et les médias traditionnels qui toucherait environ le quart de la population québécoise, une constatation qui est inquiétante selon lui et qui mérite qu’on agisse rapidement, tant par l’éducation civique aux médias très tôt dans les écoles que par la tenue d’États généraux sur le journalisme.

LA faute à Trump

Ce constat de déconnexion n’est toutefois pas partagé par la secrétaire générale du Conseil de presse du Québec, Caroline Locher. Citant une étude de 2019 menée par l’Université Laval et qui révèle que 83 % des répondants disent avoir très ou assez confiance en les médias (ce pourcentage était de 95 % en ce qui concerne Le Nouvelliste), Caroline Locher croit qu’il faut faire la distinction entre le public qui fait généralement confiance aux médias et quelques groupes minoritaires qui parlent très fort par l’entremise des réseaux sociaux pour s’en prendre aux médias.

«Ces personnes sont alimentées par ce qui se passe aux États-Unis, avec un président qui s’en prend lamentablement et lâchement aux journalistes comme étant les ennemis du peuple pour lui-même diffuser des mensonges à la population. À mon avis, ça ne reflète absolument pas la majorité et ces actes doivent être poursuivis en justice. Il faut continuer de dénoncer le dénigrement de la presse», croit-elle.

Entre 2000 et 2019, le nombre de plaintes adressées au Conseil de presse du Québec a plus que doublé, passant de 90 en 2000 à 111 en 2010, à 213 en 2019. «Ce qu’on peut voir là-dedans, c’est un intérêt toujours plus fort du public envers ses médias. Et, à mon avis, l’engagement constant des journalistes et des médias dans ce processus contribue aussi à une déontologie journalistique qui est rassurante», croit Caroline Locher, qui considère que la présence d’un Conseil de presse fort dans une société comme le Québec est un plus.

pour un virage

Pour Patrick White, cette cassure entre les médias et une partie de la population poussera forcément les médias à devoir se regarder dans le miroir et revoir leurs façons de faire de l’information. «C’est le moment idéal pour faire un virage à 180 degrés, pour favoriser la qualité plutôt que la quantité. Je suis d’avis que les médias traditionnels devraient commencer à délaisser les conférences de presse et les faits divers pour laisser ça aux agences de presse qui le font déjà très bien. Les médias traditionnels devront peut-être se tourner davantage vers les dossiers, les reportages, les entrevues de fond, les enquêtes, le journalisme de solution», mentionne celui qui croit par ailleurs que le virage vers le contenu payant en ligne est devenu incontournable.

«Les journalistes au Québec font un travail honnête, professionnel et encadré par un code d’éthique. Mais il y a tout de même une introspection à faire rapidement, parce qu’on aura bientôt perdu une génération», ajoute celui qui croit que les médias devront aussi impérativement se rapprocher des jeunes, tant par les sujets traités que les façons de diffuser l’information.