On aperçoit Gaétan Girard, à l’avant, en compagnie de sa fille Sonia Fecteau, de son épouse Sylvie Fecteau et de sa petite-fille Cassandra Milette. Derrière: les chauffeurs Yves Vallières et Philippe Provencher. Dernière rangée: les chauffeurs Marcel Dallaire, Robert Charland et Dany Vézina.

Crise dans l'industrie du taxi: «il nous laisse mourir à petit feu»

TROIS-RIVIÈRES — «Bonnardel n’a pas idée de ce qu’il fait, il va mettre son peuple en péril. S’il passe sa loi, c’est comme s’il nous mettait un gun sur la tête, mais il ne tire pas. Il nous laisse mourir à petit feu. On ne veut pas des millions de dollars en compensation. On veut juste travailler. Qu’il nous foute la paix.»

Gaétan Girard en a gros sur le cœur. Ce Trifluvien propriétaire de cinq permis de taxi et membre de Coop Taxi ne comprend pas pourquoi le ministre des Transports, François Bonnardel, veut changer l’industrie du taxi avec son projet de loi 17 qui abolit le régime des permis de taxi et officialise des services comme Uber.

M. Girard œuvre dans cette industrie depuis 1999. Son épouse, sa fille, sa petite-fille et son petit-fils travaillent avec lui comme chauffeurs. En incluant M. Girard et les membres de sa famille, 14 chauffeurs travaillent pour son entreprise. Au fil des ans, il a acquis cinq permis de taxi moyennant 410 000 $. En revanche, il dépense au moins 100 000 $ par année pour rembourser les prêts sur les permis, acheter des voitures et voir à leur entretien.

Selon lui, ces permis ont pris de la valeur pour atteindre 140 000 $ l’unité, donc 700 000 $, il n’y a pas si longtemps. C’était avant que le gouvernement Legault annonce son projet de loi.

«Quand le gouvernement enlève les quotas, c’est la libre entreprise. N’importe qui peut chauffer un taxi. J’ai reçu 1000 $ en compensation par permis, donc 5000 $. Le gouvernement veut enlever les quotas, donc les permis ne valent plus rien. Mon rêve était de vendre mes permis à ma famille. Il a donné la pyrrhotite aux permis de taxi. Ça nous conduit à la faillite. À Trois-Rivières, plus de la moitié des propriétaires de permis ne passent pas au travers», raconte M. Girard, dont les heures de sommeil sont très rares depuis une semaine en raison du stress causé par l’annonce du ministre Bonnardel.

M. Girard soutient qu’un tel scénario entraînera de fortes retombées négatives au niveau économique. Les institutions financières se retrouveront avec des maisons et des voitures sur les bras, prévoit-il. D’autre part, ce propriétaire affirme que cette industrie déjà fortement encadrée par Québec n’a pas besoin d’être modernisée, comme l’avance le ministre Bonnardel.

«Rafraîchir l’industrie? Ça fait six ou sept ans que tu peux avoir un taxi par une application sur ton téléphone. Tu pèses sur l’application, tu demandes où tu veux avoir ton taxi, tu sais en combien de temps tu vas l’avoir, le nom du chauffeur. Tu peux suivre sur l’écran le déplacement du taxi en temps réel. Un chauffeur de taxi ne doit pas avoir de dossier criminel, il a une formation pour aider les personnes handicapées à monter dans le véhicule. Si la loi passe, il arrive quoi avec ces gens-là? Uber ou Eva ne sont pas qualifiés pour ça et ne sont pas intéressés à faire du transport adapté.»

Selon M. Girard, l’industrie du taxi est trop importante pour que François Bonnardel passe une loi qu’il qualifie de drastique. Il préférerait continuer à travailler dans une industrie comme elle est actuellement (de là son commentaire concernant les sommes d’argent en compensation), mais il se doute bien que le gouvernement veut aller de l’avant. Le propriétaire de permis croit que tout le monde devrait prendre le temps de bien analyser le contenu du projet de loi. Il aimerait négocier avec le gouvernement pour conserver le régime des permis.

«Il n’y a rien qui presse. On devrait prendre six mois pour étudier tout ça. Et je propose quelque chose à François Bonnardel si jamais il ne change pas d’idée: j’ai payé mes permis 410 000 $, qu’il me redonne les 410 000 $ même si ça vaut 700 000 $. Et je pense que le gouvernement devrait nationaliser l’industrie du taxi et dire à Uber de partir. Tant qu’à sortir de l’argent pour les permis, il garde la business et fait travailler les chauffeurs.»

M. Girard sera des propriétaires de taxi qui participeront mercredi matin à une grande manifestation à Québec. La manif aura lieu autour de l’Assemblée nationale, alors que débuteront les consultations parlementaires sur le projet de loi 17.