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Crime haineux à London: le deuil, mais la résilience d’abord
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Crime haineux à London: le deuil, mais la résilience d’abord
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Crime haineux à London: le deuil, mais la résilience d’abord

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Crime haineux à London: le deuil, mais la résilience d’abord

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
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La tristesse, la colère, la peur, mais surtout la résilience. Ces quatre mots résument bien l’état d’esprit et le message de la communauté musulmane de London, en Ontario, véhiculé mardi soir lors de la vigile en l’honneur des quatre membres de la famille musulmane tués dimanche lors d’une attaque à la voiture-bélier.

Ils étaient cinq membres de trois générations d’une seule et même famille, partis dimanche après-midi pour une promenade, comme ils le faisaient souvent. 

Seul le plus jeune, Fayez, un garçon âgé de neuf ans, en est sorti gravement blessé, mais vivant. Il est toujours à l’hôpital. 

Son père Salman Afzaal, 46 ans, sa mère Madiha Salman, 44 ans, sa grande soeur âgée de 15 ans, Yumna Afzaal, et sa grand-mère, Salman Afzaal, 74 ans, ont tous perdu la vie tragiquement lorsqu’un homme de 20 ans a foncé sur eux avec une camionnette noire. 

L’auteur présumé de l’attaque a été accusé de quatre meurtres au premier degré et de tentative de meurtre. 

Devant la mosquée musulmane de London, mardi soir, un silence des plus complets rendait difficile de croire que plus de 5000 personnes étaient rassemblées en l’honneur de cette famille tuée dans ce que la communauté musulmane et les premiers ministres Justin Trudeau et Doug Ford ont qualifié d’attaque terroriste motivée par la haine.

Une adolescente musulmane avait un message de fierté à passer lors de la vigile de mardi soir à London, en Ontario, en l’honneur des quatre membres de la famille musulmane tués dimanche lors d’une attaque terroriste motivée par la haine.

Plusieurs leaders musulmans de London et du Canada ont exprimé leur peine, mais ils ont surtout demandé aux politiciens présents d’agir de façon concrète pour se battre contre l’islamophobie, le racisme et la haine. 

«Nous ne nous laisserons pas avoir par la peur. Nous serons forts en restant normaux, en restant nous-mêmes.»

Certains ont noté qu’eux aussi ont marché sur cette même route où la famille a été décimée, «des dizaines de fois.» 

Ce genre de drame ne fait qu’accentuer le sentiment d’inquiétude qui habite certains citoyens lorsqu’ils sortent en public, ont-ils rappelé. 

«Il est notre fils à tous»

Devenu orphelin, Fayez «est maintenant le fils de toute la communauté musulmane», ont indiqué au Droit les membres d’une famille musulmane venue d’Ottawa.

«Même nos deux filles, présentes aujourd’hui à la vigile, ont demandé à ce que nous devenions sa famille», ont-ils témoigné, affirmant que la communauté s’est ralliée pour venir en aide au jeune garçon et que plusieurs se sont portés volontaires pour l’accueillir chez eux.

En ligne, une campagne de financement a permis d’amasser des centaines de milliers de dollars en l’espace d’une seule journée. 

Les politiciens se succèdent

Les uns après les autres, les politiciens de tous les partis sont montés à la tribune pour partager leurs douleurs et exprimer leurs sympathies à la communauté musulmane. 

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a déclaré que l’islamophobie et le racisme existent bel et bien au pays, et que personne ne devrait avoir à y faire face. 

Quant au premier ministre ontarien Doug Ford, même s’il s’est fait bruyamment huer à son arrivée, le fait qu’il ait reconnu que cette tuerie constitue une attaque terroriste a eu un effet positif sur la foule. 

Étaient aussi présents les chefs du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, du NPD, Jagmeet Singh, et du Parti Vert, Annamie Paul.

Tuerie de London: Labeaume réclame un débat public sur l’intolérance

La Capitale

Tuerie de London: Labeaume réclame un débat public sur l’intolérance

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
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Le maire Régis Labeaume soutient que la tuerie de London en Ontario est une autre preuve qu’il doit y avoir la tenue d’un débat public sur l’intolérance.

«C’est épouvantable. Si on se demande si le racisme systémique existe, on ne peut pas avoir une manifestation plus horrible que celle-là», a lancé, visiblement dépité, le maire de Québec jeudi, au sujet de la tuerie de London survenue dimanche. Un jeune homme dans la vingtaine a percuté volontairement avec son véhicule cinq membres d’une même famille d’origine musulmane qui faisaient une marche. Il a tué quatre d’entre eux, laissant orphelin un garçon de neuf ans.

«On se demande toujours l’historique d’une personne qui peut commettre un tel crime», questionne-t-il. Lundi soir, le président du conseil musulman canadien a communiqué avec le maire, qui lui a promis de réagir publiquement par solidarité.

Régis Labeaume garde frais en mémoire l’attaque de la Grande Mosquée de Québec qui a fait six morts le 29 janvier 2017. Il communiquera, si ce n’est déjà fait, avec le maire de London, Ed Holder, pour lui offrir sympathies et soutien.

«Quand on parle de tolérance et de vivre ensemble, on a un énorme chemin a faire. Ça fait une grosse semaine avec les 215 corps découverts à Kamloops, déplore-t-il, en faisant référence aux restes d’enfants autochtones enterrés près d’un ancien pensionnat. Il y a eu 150 000 jeunes autochtones arrachés à leur famille pour vivre dans des pensionnats. Je suis totalement d’accord de parler de génocide culturel» ajoute le maire.

À ses yeux, le débat sur l’intolérance doit inclure toutes les communautés. Et le seul moyen pour la vaincre passe par la parole. «Il n’y a pas de remède magique pour l’intolérance. Il faut ouvrir un débat, totalement. On essaie de le faire à Québec. Il faut faire le tour. C’est la seule façon de s’en sortir», conclut le maire, qui avait déjà demandé un débat public sur la question.

Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Crime haineux à London: quatre humains morts pour rien

Patrick Duquette

Crime haineux à London: quatre humains morts pour rien

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CHRONIQUE / London, Ontario. Un gars de 20 ans fauche avec son camion cinq musulmans parce qu’ils sont musulmans. Un drame épouvantable, insensé. Je n’ose imaginer qu’une telle tragédie puisse arriver ici un jour, à Gatineau ou Ottawa.

Tu marches dans le quartier. Une petite promenade en famille, par un soir de canicule. Avec ta conjointe, tes deux enfants, sans oublier grand-maman. Tu t’arrêtes au coin d’une rue. Et quelqu’un, au volant de son gros camion noir te cible, toi entre tous, à cause de ta religion.

Et il passe sur toi sa folie meurtrière.

Un crime haineux, a dit la police. Un acte de terreur, ont renchéri des gens de la communauté musulmane.

Trois générations d’une même famille fauchée d’un coup, par une belle soirée de juin. Le camion allait tellement vite qu’une dame qui attendait au feu rouge, pas loin, a senti le déplacement d’air.

Il y avait un petit gars de 9 ans parmi les victimes. Le seul à avoir survécu. Neuf ans! Comment peut-on foncer froidement sur un petit gars de 9 ans?

Dominique Anglade, chef du parti libéral du Québec, a tweeté la réaction de sa cocotte, 9 ans elle aussi: «le plus dur pour lui, maman, c’est pas les blessures physiques, c’est les blessures au coeur.»

Cocotte a raison. C’est le coeur d’un pays qui est meurtri par ce drame. Un pays reconnu à travers le monde pour le respect de l’autre et de la diversité.

La pandémie nous a un peu fait oublier les tensions religieuses et ethniques au pays. Les voilà qui reviennent au galop, de la manière la plus brutale, la plus insensée, la plus barbare qui soit.

J’en entendais dire que la tragédie de London pourrait découler des effets néfastes de la pandémie sur les problèmes de santé mentale. Il se peut bien, oui, que cela soit l’oeuvre d’un fou. Mais comme le fait remarquer l’imam du Centre islamique de l’Outaouais, Ahmed Limame, c’est ce qu’on dit toujours quand des musulmans sont victimes d’un crime haineux perpétré par des «blancs». C’est l’oeuvre d’un fou, d’un loup solitaire.

Si l’inverse se produit, si un musulman s’en prend à des blancs, ça devient du terrorisme. Du deux poids, deux mesures, aux yeux de l’imam qui perçoit dans ce genre de tragédie l’influence d’un discours d’extrême-droite employé par des politiciens et des commentateurs en mal de popularité.

«On ne nie pas qu’il y ait des personnes folles dans ce pays. Mais le discours haineux est aussi une réalité. Et si on veut que ça cesse, il faut un refus total, une condamnation totale de ce genre de discours, et qu’on applique les lois contre le discours haineux au Canada», dit-il.

Même dans une région comme Ottawa-Gatineau, où l’économie est prospère, les emplois payants et le chômage rare, l’islamophobie, le racisme et la haine sont présents.

Il y a de la «transmission communautaire» pour reprendre une expression à la mode.

À preuve, Ottawa et Gatineau sont montés sur le podium peu enviable des villes canadiennes où le taux de crime haineux était le plus élevé en 2019, rapportait Le Droit l’an dernier.

Le virus nous a tenus éloignés les uns des autres depuis plus d’un an. Souhaitons qu’il ne nous replonge pas dans l’individualisme et le repli pour soi.

***

«J’ai peur pour nos enfants, peur pour notre communauté, peur pour toute personne qui porte le hijab», disait lundi Saboor Khan, responsable de l’Association des musulmans de London et proche des victimes.

J’ai écrit à une amie musulmane, une ex-collègue qui m’a toujours ébloui par sa lumineuse intelligence. Je m’inquiétais pour elle: quelle tristesse, les musulmans vont craindre de se promener dans la rue, surtout les femmes.

Vous savez ce qu’elle m’a répondu?

Que des idiots, il y en aura toujours. Des deux côtés. Qu’il ne faut pas cesser d’être fiers de ce qu’on est, peu importe la couleur, le sexe, l’origine. Que derrière ce genre d’attaque insensée, il faut voir les humains meurtris, et pas seulement leur appartenance ethnique ou religieuse.

Au bout du compte, concluait-elle, quatre humains sont morts pour rien dans un pays en paix.

Drame de London: Trudeau dénonce une «attaque lâche et islamophobe»

Actualités

Drame de London: Trudeau dénonce une «attaque lâche et islamophobe»

Lina Dib
La Presse Canadienne
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Le premier ministre Justin Trudeau dénonce comme une «attaque terroriste» le drame qui s’est joué à London, en Ontario, il y a deux jours.

Le premier ministre a ainsi offert sa réaction officielle, dans un discours à la Chambre des communes mardi matin.

Les parlementaires ont entamé leurs travaux par un moment de silence.

Dimanche, un automobiliste a foncé sur une famille de cinq qui marchait sur un trottoir.

La police de London a révélé, lundi, que la famille a été ciblée parce que musulmane. Les deux parents, la grand-mère et l’adolescente sont décédés. Un garçon de neuf ans a survécu et est à l’hôpital.

Un homme de 20 ans a été arrêté par la police de London.

Les chefs des partis politiques fédéraux se sont levés en Chambre pour exprimer leur peine et leur désarroi devant ce drame.

Lorsqu’il a pris la parole, le premier ministre s’est dit «horrifié». Il n’a pas manqué de rappeler l’attentat contre la mosquée de Québec, tragédie qui avait secoué le pays en entier.

Il a offert son soutien aux proches des victimes.

«On espère tous que le petit garçon pourra se remettre de ses blessures rapidement. Même si on sait qu’il vivra longtemps avec la tristesse, l’incompréhension et la colère causées par cette attaque lâche et islamophobe», a dit le premier ministre.

Le chef conservateur a fait écho à ces propos.

«Il mérite un pays libre et sans peur», a dit Erin O’Toole à propos de l’enfant blessé.

«Le Canada de son avenir doit être meilleur que le Canada de dimanche soir», a déclaré M. O’Toole.

«Il lui faudra beaucoup d’amour et c’est peut-être la première réponse qu’il faut à la haine», a offert le chef bloquiste en parlant, lui aussi, de l’enfant devenu orphelin.

Et Yves-François Blanchet a réclamé plus que des mots et des condoléances.

«Il faut que ça arrête maintenant», a-t-il dit à propos des gestes de haine après avoir, lui aussi, rappelé le drame de la mosquée de Québec.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a livré son allocution avec une certaine dose de colère.

«Nous ne pouvons le nier», a lancé Jagmeet Singh, affirmant que le Canada est «une place de racisme, de violence (...) où les musulmans ne sont pas en sécurité».

«Combien de familles de plus doivent être assassinées avant que nous fassions quelque chose?», a-t-il tonné.

Quelques minutes plus tôt, sur un ton moins enflammé, le premier ministre Trudeau offrait quelque chose de semblable.

«On sait aussi qu’il faut se dire la vérité, a-t-il convenu. Cette haine et cette violence existent chez nous, que ce soit dans la rue, en ligne, ou ailleurs. Et tant qu’elle va exister, on va avoir du travail à faire.»

Avant les déclarations des chefs en Chambre, la leader du Parti vert, Annamie Paul,qui n’a pas de siège aux Communes, a tenu une conférence de presse où elle a réclamé que le gouvernement élabore une «stratégie nationale contre l’islamophobie».

La députée du Parti vert qui a pris la parole aux Communes, Elizabeth May, a livré son discours en larmes. «Nous nous regardons dans le miroir depuis un certain temps maintenant, et c’est difficile d’aimer ce que nous y voyons», a dit la députée May en pleurant.