Une campagne de financement sera lancée d’ici quelques jours pour soutenir les neuf églises de deux paroisses dans la MRC des Chenaux.
Une campagne de financement sera lancée d’ici quelques jours pour soutenir les neuf églises de deux paroisses dans la MRC des Chenaux.

Cri du coeur pour sauver neuf églises dans la MRC des Chenaux

SAINTE-GENEVIÈVE-DE-BATISCAN — La santé financière des églises de la région n’était déjà pas très reluisante avant le début de la pandémie de COVID-19. Avec le confinement des derniers mois, la situation est devenue encore plus alarmante. C’est pourquoi les paroisses de Sainte-Élizabeth et de Saint-Laurent-de-la-Moraine, qui regroupent neuf municipalités de la MRC des Chenaux et autant d’églises, lancent un appel à l’aide aux citoyens pour tenter de les sauver.

«Depuis le 13 mars, il n’y a aucun revenu qui rentre. La campagne annuelle (dîme, contribution volontaire ou capitation) a été annulée, puisque la plupart de nos bénévoles ont plus de 70 ans. Les quêtes le dimanche ou lors des funérailles, il n’y en a plus», résume René Beaudoin, historien et président d’assemblée des deux Fabriques.

Quant aux revenus qu’apportent les baptêmes et les mariages, il faut aussi faire une croix dessus: nombreuses sont les cérémonies religieuses qui ont été annulées ou reportées à l’an prochain en raison de l’interdiction des rassemblements intérieurs et extérieurs.

Les Fabriques ont bénéficié de la prestation canadienne d’urgence (PCU) pour payer les quelques employés mis au banc en attendant qu’un semblant de vie normale reprenne. Mais cette aide gouvernementale ne permettra pas de chauffer les églises, de les éclairer et d’en payer les assurances, ce qui coûte en moyenne 30 000 $ annuellement, par bâtiment.

Résultat: les caisses sont vides et le président d’assemblée ne voit pas comment les neuf églises pourront payer des frais qu’il leur était déjà difficile d’assumer en temps normal. Or, sachant que la situation financière de nombreuses églises était déjà problématique, René Beaudoin estime que cette nouvelle tuile qui leur tombe dessus raccourcit nettement leur espérance de vie.

«Avant la pandémie, la perspective était de trois à cinq ans pendant lesquels on n’aurait pas à s’inquiéter, avec ce qu’on avait comme argent et comme perspectives de dons. Mais là, c’est réduit de un à cinq ans», prévient-il.

Pour tenter de sauver les meubles, les deux Fabriques lanceront sous peu la campagne de financement Adoptez une église. Les résidents de Sainte-Anne-de-la-Pérade, Sainte-Geneviève-de-Batiscan, Saint-Prosper, Saint-Stanislas, Batiscan, Champlain, Saint-Luc-de-Vincennes, Saint-Maurice et Saint-Narcisse recevront donc sous peu une lettre par la poste pour participer à cette campagne.

«On n’a pas fixé d’objectif pour chacune des communautés. Ce qu’on espère, c’est aller chercher au moins le même montant que les années précédentes, soit 15 000 à 25 000 $ par communauté. Ce dont on rêve, c’est d’avoir assez pour payer les frais fixes, qui varient entre 30 000 $ et 49 000 $ par communauté», indique M. Beaudoin.

René Beaudoin

Il sera possible de retourner un chèque aux Fabriques par la poste, de le déposer dans une enveloppe au presbytère de chaque municipalité ou encore de faire un don par virement bancaire en ligne.

Choix difficiles en vue

Même si cette campagne devait permettre aux églises de payer leurs frais fixes cette année, René Beaudoin ne se fait pas d’illusions sur l’avenir de plusieurs d’entre elles. Il enjoint à nouveau aux Fabriques de constituer des comités chargés de penser à leur futur. Est-il possible de conserver la vocation religieuse de leur lieu de culte ou doivent-ils plutôt lui trouver une nouvelle fonction, quitte à le vendre?

«Il faut arriver à enlever nos lunettes roses et vraiment regarder la réalité en face. Il y a des paroisses qui ont dit au Diocèse: “on n’a pas de problème, on a de l’argent dans des placements qu’on peut aller chercher”. Mais en allant chercher de l’argent dans la réserve, ça n’assure pas la longévité», prévient-il.

L’historien suggère aux communautés de penser plus tôt que tard à des alternatives qui permettraient de préserver le bâtiment, même si c’est pour être vendu à un propriétaire privé ou à une Municipalité.

«La pandémie risque d’accélérer les fermetures d’églises. Et pour celles qui ont des projets pour céder l’église, en attendant que ça se concrétise, il faut quand même payer les factures pour que la bâtisse ne se détériore pas parce qu’elle n’est pas chauffée pendant l’hiver. Si la collectivité ne contribue pas financièrement dans l’immédiat, c’est sûr que ça hypothèque des projets», affirme M. Beaudoin.

Initiative reportée

Une journée de réflexion sur l’avenir des églises en Mauricie avait eu lieu en novembre dernier, à Trois-Rivières. Une centaine de participants avaient alors pu entendre des présentations de divers intervenants sur la situation du patrimoine religieux et avaient participé à un atelier de type tempête d’idées pour trouver des idées de projets pour des églises. Une seconde journée devait avoir lieu à la fin du mois d’avril, mais en raison de la pandémie, l’activité a bien entendu été annulée.

«On devait donner un certain nombre d’exemples de ce qui peut se faire avec les églises, des exemples de démarches et de comment mettre en place des comités avec les personnes intéressées dans les municipalités», résume M. Beaudoin.

L’idée de tenir une telle activité n’est pas reléguée aux oubliettes, mais M. Beaudoin, qui avait contribué à organiser et à animer la première journée de réflexion, ignore pour le moment quand elle pourra avoir lieu et sous quelle forme.

Les Fabriques doivent se préparer à la vente de leur église s’il n’est plus possible financièrement de conserver sa vocation religieuse, prévient René Beaudoin. Sur la photo, l’église Sainte-Marie-Madeleine, qui a été vendue à un promoteur privé. Le projet de ce dernier se fait toutefois encore attendre.

«J’en suis à me poser la question sur ce qu’on va faire», indique-t-il.