Nelson Flamand et Marjolaine Boivin cherchent un logement qui pourra être adapté aux besoins de leur fils Alex, lourdement handicapé. Plus de 25 personnes inscrites chez Bail-Mauricie sont également en attente de ces logements rarissimes.

Cri du coeur pour des logements accessibles

Bécancour —La pénurie de logements adaptés frappe en plein coeur l’organisme Bail-Mauricie, qui lance aujourd’hui un cri du coeur aux propriétaires d’immeubles des quatre coins de la région à se manifester s’ils ont des logements accessibles libres ou qui se libéreront bientôt. Une situation à ce point critique qu’elle entraîne pour des dizaines de personnes des situations qui deviennent parfois difficiles à soutenir.

Lorsque Alex Boivin-Flamand est venu au monde, les médecins ne lui donnaient pas plus de 10 mois à vivre. Atteint de tétrasomie 9, le bébé n’aurait pas été en mesure de se développer normalement, de pouvoir marcher un jour ou communiquer verbalement, en plus de vivre constamment avec un mauvais fonctionnement de son système digestif et respiratoire. Le jeune garçon aura pourtant fait mentir tous les pronostics. Quinze ans plus tard, il est toujours là, et plein de vie.

Or, son handicap physique se traduit aujourd’hui par des défis quotidiens pour ses parents, Nelson Flamand et Marjolaine Boivin, qui doivent composer avec ses limitations, le déplacer d’une pièce à l’autre dans leurs bras ou sur leurs épaules, en plus de devoir grimper l’escalier pour accéder à la maison qu’ils louent dans le secteur Gentilly. Cette maison qu’ils aiment, ils souhaiteraient bien pouvoir l’acheter et enfin demander des subventions pour l’adapter à la condition d’Alex, mais le papa a dû abandonner son travail pour s’occuper de son fils à temps plein. Résultat, la santé financière est adéquate pour honorer le loyer mensuel, mais n’est pas au rendez-vous pour obtenir un prêt hypothécaire.

Des histoires comme celle d’Alex et de ses parents, on en entend des dizaines chez Bail-Mauricie, qui vient en aide aux personnes à mobilité réduite, malades ou souffrant de divers troubles, afin de trouver un logement adaptable à leurs besoins. Or, dans un contexte de pénurie de logements, la situation est devenue critique pour l’organisme et pour les 25 personnes qui, comme Alex, aimeraient bien pouvoir trouver un logement adapté à leurs besoins.

Nelson Flamand doit constamment déplacer son fils dans ses bras pour lui permettre d’aller de sa chambre à la salle de bain.

«Ce n’est plus un cri du coeur qu’on lance, c’est un cri de désespoir», résume Julie Hubert, conseillère en accessibilité universelle chez Bail-Mauricie. Ces jours-ci, son travail est principalement d’éplucher les petites annonces, de vérifier les sites comme Kijiji et même de se promener en voiture dans les différents quartiers, à la recherche de la moindre pancarte à louer pour un rez-de-chaussée ou un immeuble doté d’un ascenseur.

«Ce qu’on cherche, ce sont des logements accessibles. Des logements adaptés, il n’y en a pas. Mais il existe des subventions pour adapter les logements et permettre à ces gens d’avoir une qualité de vie dans leur domicile. Et une fois qu’un locataire entre dans ces logements, il y est pour très longtemps. Ça aussi, c’est intéressant pour un propriétaire», considère Judith Bastien, coordonnatrice de l’organisme, elle-même à mobilité réduite et qui occupe le même logement depuis 20 ans.

Bail-Mauricie lance ainsi un cri du coeur aux propriétaires qui pourraient avoir des logements accessibles qui se libèrent prochainement à les contacter afin de leur faire connaître cette disponibilité.

Pour Alex et ses parents, le scénario idéal serait évidemment de trouver quelque chose du côté de Trois-Rivières, pour limiter les déplacements lors des nombreux rendez-vous du jeune garçon à l’hôpital, ou encore pour ses ateliers de stimulation qu’il suit à l’école Marie-Leneuf, et qui améliorent grandement ses capacités physiques ou sa volonté de communiquer avec ses parents, dans la mesure de sa condition.

«Déjà, si on pouvait installer un rail au plafond, afin de pouvoir le transporter de sa chambre jusqu’à la salle de bain pour le mettre dans la baignoire, ce serait un gros plus», confie sa mère, qui a eu à composer par le passé avec de sévères problèmes de nerf sciatique. Son père souffre lui aussi de problèmes de dos et doit toujours être prudent pour ne pas se blesser lors des nombreux transports de son garçon. «On fait au mieux, mais nous sommes parfois limités», considère-t-il.

Le couple originaire de la communauté de Manawan a pu compter à plusieurs occasions sur le support de sa communauté, et se dit également bien entouré pour prendre soin du jeune garçon, que toute la communauté a affectueusement surnommé Superman. Ses parents continuent toutefois d’espérer améliorer les conditions dans lesquelles ils peuvent prendre soin de leur garçon aussi longtemps qu’il pourra partager leur vie.