Quelque 200 travailleuses en CPE ont bravé la tempête automnale de lundi pour manifester leur colère.

CPE: les éducatrices en colère

Trois-Rivières — Quelque 11 000 travailleuses en Centre de la petite enfance, soit 700 dans la région, étaient en grève lundi. Pas moins de 41 CPE du Centre-du-Québec ont donc fermé leurs portes pour la journée, occasionnant du même coup un casse-tête pour les parents.

Environ 200 manifestantes ont bravé le très mauvais temps, lundi midi, afin d’exprimer leur colère face aux négociations avec le gouvernement qui ont été rompues jeudi dernier.

Les travailleuses, membres de la Confédération des syndicats nationaux CSN, se sont d’abord rassemblées sur le terrain de l’Exposition, vers 11 h.

Elles se sont par la suite rendues à pied, par le boulevard des Forges, jusqu’au centre-ville où elles ont d’abord fait un arrêt devant le bureau de comté du député Jean-Denis Girard.

Leur marche de solidarité s’est ensuite terminée au Parc Champlain où un dîner animé les attendait.

Rappelons que les travailleuses en CPE sont sans contrat de travail depuis 31 mois et menacent de tenir d’autres journées de grève si les négociations n’aboutissent pas.

Présentement, les parties s’accusent mutuellement d’intransigeance.

Le ministre de la Famille, Luc Fortin, a déploré, jeudi dernier, que la FSSS-CSN restait sur ses positions.

Lundi, la porte-parole du comité national de négociation des CPE de la Fédération de la santé et des services sociaux, Louise Labrie, indiquait que le ministre «devrait plutôt reconnaître que l’intransigeance est de son côté.»

Les motifs de mésentente sont nombreux.

Il y a le salaire, l’assurance collective, les disparités régionales et les pauses rémunérées.

Les deux parties n’arrivent pas à s’entendre, non plus, au sujet des appellations d’emplois, des heures allouées à la préparation pédagogique et de la place des travailleuses au sein des conseils d’administration et aux assemblées générales des CPE.

«Depuis jeudi soir, il n’y a plus rien qui se passe», déplore Dominique Jutras, présidente du Syndicat régional des travailleuses et travailleurs en CPE du Cœur-du-Québec CSN.

«Nos conditions (de travail) vont de pair avec la qualité du service qu’on offre», fait-elle valoir.

Ce qui achoppe le plus, ajoute-t-elle, «c’est un des articles qu’on a dans notre convention collective concernant les ratios», dit-elle. «C’est une éducatrice pour cinq enfants de moins de 18 mois, une éducatrice pour 8 enfants de 18 mois à moins de 4 ans et une éducatrice pour 10 enfants de plus de 4 ans», dit-elle. 

Or, le ministère veut retirer cet article de la convention collective et augmenter le nombre d’enfants, et ce , «sans aucune contestation possible», fulmine-t-elle.

«Les conséquences seraient désastreuses pour la qualité du service», assure Mme Jutras.

Cette dernière plaide que le gouvernement «a besoin de réinvestir dans la petite enfance. Ce réseau-là, on l’a bâti», rappelle-t-elle «et il fait modèle partout dans le monde. Donc, il faut préserver ce joyau-là.»

Paul Lavergne, président du conseil central CSN du Cœur-du-Québec indique que changer les ratios, c’est «attaquer la pédagogie. On ne fait pas juste faire garder les enfants. On leur montre des choses», fait-il valoir.

«Ceci dit, j’aimerais ça répondre à toutes les personnes qui disent, encore une fois, qu’on va prendre la population en otage» ajoute M. Lavergne. 

«Le seul but d’un gouvernement, c’est d’offrir des services à la population Chaque fois qu’un gouvernement gère mal ses travailleuses et ses travailleurs, le seul moyen de lui faire comprendre raison, c’est d’arrêter et de mettre un peu de problème. Chaque fois, ça va toujours toucher la population», reconnaît-il.

«Mais le gouvernement a dégagé plus de 4 milliards $ de surplus et refuse d’investir dans sa jeunesse. Il y a un problème majeur d’orientation politique», tient-il à souligner.