Les pompiers contrôlent les entrées dans la communauté de Wemotaci.
Les pompiers contrôlent les entrées dans la communauté de Wemotaci.

Wemotaci, Opitciwan et Manawan s’isolent

La Tuque — Les communautés atikamekws de Wemotaci, Opitciwan et Manawan ont décidé de prendre les grands moyens pour faire face à l’actuelle pandémie de COVID-19. Les dirigeants atikamekws ont décidé d’interdire l’accès à la communauté aux visiteurs externes dont la venue ne répond pas à un besoin essentiel pour les habitants.

«Une guérite est toujours en place à l’entrée de la communauté pour contrôler les accès», ont indiqué dans un communiqué les membres du comité des mesures d’urgence de Wemotaci.

Depuis vendredi dernier, des pompiers volontaires sont à l’entrée de la communauté de Wemotaci. Ils remettent de l’information afin de sensibiliser tous les gens qui entrent dans la communauté, les touristes et les motoneigistes notamment. Désormais, les mesures seront plus sévères.

«On voulait sensibiliser et aviser les gens en premier lieu. […] À partir des prochains jours, ce sera plus ferme, on va totalement interdire l’accès. On veut travailler avec les autorités à diminuer la propagation du virus. L’accès va être beaucoup plus strict», a indiqué le conseiller Patrick Boivin.

Le conseiller indique toutefois qu’il pourrait y avoir des exceptions pour se rendre par exemple à la station d’essence en cas d’urgence.

«On veut restreindre l’accès: s’ils sont capables de se rendre à Parent, ils vont être invités à continuer. S’ils ont vraiment besoin, ils pourront y aller pour des services essentiels uniquement et repartir».

D’autres mesures ont également été mises en place depuis le 13 mars à Wemotaci. Toutes les rencontres prévues dans la communauté avec des intervenants et des partenaires externes ont été annulées pour les deux prochaines semaines et seront possiblement reportées à une date ultérieure. Tous les employés du Conseil ont annulé la participation à toutes les rencontres professionnelles à l’extérieur de la communauté.

Un comité des mesures d’urgence plus restreint a d’ailleurs été mis sur pied afin de répondre aux préoccupations de la population.

«C’est certain qu’on est préoccupé par ça, et on en parle. On est aussi proactif, on travaille, on est à l’écoute et on suit la situation d’heure en heure avec les deux paliers de gouvernement. On est très sérieux là-dedans», indique M. Boivin.

Le son de cloche est le même dans les deux autres communautés atikamekws. La mesure de restriction s’adresse notamment aux automobilistes et aux motoneigistes non membres de la Nation. Le Conseil de la nation atikamekw (CNA) et les Conseils de bande de Manawan, d’Opitciwan et de Wemotaci se sont adressé particulièrement au milieu touristique, les pourvoiries et les clubs de motoneigistes. La sécurité publique des communautés contrôlera les entrées dans les trois communautés tant que l’état d’urgence sanitaire sera déclaré. «Le contexte de la crise sanitaire du COVID-19 met en exergue la vulnérabilité de nos communautés qui, éloignées et contraintes par un manque criant de logements, nous obligent à un maximum de précautions pour éviter l’émergence d’un moindre cas de Covid-19 », affirme Constant Awashish, grand chef du CNA. «Une propagation du virus pourrait rapidement prendre des proportions dans les conditions qui sont les nôtres actuellement», insiste-t-il.

Les autorités atikamekws ont également critiqué «des délais inconfortables dans une situation de gestion de crise pour obtenir les informations de la part des services régionaux de santé, notamment en ce qui a trait à l’obtention d’équipements indispensables aux opérations quotidiennes des centres de santé locaux».

On dit comprendre la situation, mais souhaite néanmoins «interpeller les pouvoirs publics sur les réalités particulières des communautés autochtones et le besoin de communications plus systématiques». Le CNA signale également qu’un manque de masques et soutient que les capacités en termes de transport et d’isolement des patients restent limitées sur le territoire.