Michel Lemay souhaite que le dossier de la pyrrhotite ne tombe pas aux oubliettes.

Victimes de la pyrrhotite et COVID-19: une couche de stress qui s’ajoute

Trois-Rivières — «Je suis à fleur de peau», confie Sylvain Pagé. Comme des milliers de travailleurs de la restauration et du commerce au détail, ce Trifluvien est maintenant en chômage et le délai d’attente pour recevoir des prestations est d’environ 28 jours, rappelle-t-il.

Sylvain Pagé est également une victime de la pyrrhotite. Sa maison a été réparée, mais l’aide gouvernementale n’a pas couvert toutes les réparations. L’homme a donc épuisé toutes ses économies pour remettre sa demeure en état. «Là, je n’ai plus de coussin financier», dit-il.

La pente est dure à remonter et les sacrifices sont nombreux pour essayer de se refaire une santé financière, même s’il n’a jamais fait faillite, souligne-t-il.

Voici qu’arrivent le coronavirus qui le plonge au chômage et le spectre de tomber malade en plus. Pour cette victime de la pyrrhotite déjà fragilisée, c’est vraiment trop.

«Je ne dors plus. Je fais de l’eczéma et de l’urticaire», raconte-t-il. «Il faut que la Cour d’appel rende son jugement. Je n’ai plus confiance au système de justice», fulmine-t-il.

Des histoires comme celle-là, la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite en entend presque tous les jours. Dans une lettre ouverte qu’elle a fait parvenir au Nouvelliste et qui est publiée dans notre édition de vendredi, la CAVP rappelle que les «impacts des mises à pied temporaires, la perte d’emplois et de revenus, les impacts financiers additionnels, la durée incertaine de la crise du coronavirus, les incertitudes et le stress, tous ces éléments viennent donc s’ajouter à un fardeau déjà très lourd pour toutes ces familles (…) et leur niveau de détresse humaine vient d’augmenter significativement.»

Michel Lemay, vice-président de la CAVP, avoue que la Coalition hésitait un peu avant de faire publier cette lettre ouverte. La COVID-19 prend tellement de place dans le quotidien de la population, actuellement, «qu’on avait peur que les gens ne comprennent pas et que ce soit perçu comme égoïste», dit-il.

«Toutefois, on veut que le dossier reste actif, qu’il ne tombe pas aux oubliettes», plaide-t-il. D’ailleurs, malgré le confinement qu’ils doivent eux aussi s’imposer, les membres du conseil d’administration de la CAVP continuent de faire pression sur les gouvernements du Québec et du Canada, notamment via le téléphone et des vidéoconférences. «On continue à parler aux élus», assure M. Lemay. «On n’est pas en dormance.»

Dès que la décision de la Cour d’appel sera enfin rendue pour les 857 dossiers de la première vague, il devrait être possible d’entreprendre les procédures judiciaires pour les 830 autres dossiers inscrits dans la deuxième vague. «Et il reste 3300 tests de pyrrhotite à faire», rappelle M. Lemay. «On croit que cela devrait représenter plus ou moins 700 autres dossiers qui s’ajouteront», dit-il.

«Je lance un cri du cœur aux juges», dit Sylvain Pagé. «Il est temps pour les juges de mettre les bouchées doubles.» Comme les autres victimes de la pyrrhotite, ce propriétaire est épuisé et la situation ne l’affecte pas seulement sur le plan monétaire, mais également sur le plan de la santé.

«On est au bout du rouleau. Ça fait dix ans qu’on attend», déplore-t-il.

«Certes, la justice doit suivre son cours», concède la CAVP, «mais la situation actuelle est rendue insoutenable et le niveau de détresse humaine et financière atteint son paroxysme. À ce jour, le désastre de la pyrrhotite en Mauricie a généré plus de décès et de problèmes de santé que le coronavirus lui-même», estime la Coalition.