Une pétition a été mise en ligne par une étudiante de l’UQTR et comptait plus de 75 000 noms en fin d'après-midi mardi. 
Une pétition a été mise en ligne par une étudiante de l’UQTR et comptait plus de 75 000 noms en fin d'après-midi mardi. 

Une pétition demande la suspension des cours dans les établissements d’études supérieures

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières - Une pétition circule depuis dimanche sur le site change.org afin de demander la suspension de la session d’hiver 2020 et la reconnaissance des crédits sans note finale, non seulement pour les étudiants de l’UQTR, mais également pour tous les étudiants des établissements d’études supérieures du Québec, incluant les collèges et les cégeps.

Initiée par une étudiante de l’UQTR, Élizabeth Leblanc-Michaud, cette pétition comptait plus de 75 000 noms mardi en fin d'après-midi.

Elle demande au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur d’offrir «une solution globale et équitable pour toute la communauté étudiante au cycle supérieur du Québec en permettant à chacune et à chacun de passer sa session et de se concentrer sur l’essentiel.»

Mme Michaud fait valoir que «plusieurs étudiant-e-s sont aux prises avec une grande détresse psychologique; certain-e-s ont perdu leur emploi ou leur résidence; d’autres ont des enfants à temps plein à la maison, un proche qui risque de contracter la COVID-19 ou encore plusieurs parents travaillant dans le milieu de la santé ou de l’alimentation», plaide-t-elle.

«À cela s’ajoutent les étudiant-e-s qui ne se qualifient pas pour les prêts et bourses, celles et ceux qui n’ont pas la chance d’avoir le matériel nécessaire pour suivre des cours à distance à la maison et les femmes aux prises avec un conjoint violent», renchérit l’auteure de la pétition.

Mme Leblanc-Michaud, qui espérait récolter environ 15 000 signatures au départ, entend laisser la pétition circuler aussi longtemps que possible afin de la remettre au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

Du côté de l’UQTR, on indique que tous les étudiants qui éprouvaient des difficultés pour reprendre la session à distance ont été invités à communiquer avec le décanat ou leur département, indique le responsable des communications, Jean-François Hinse.

Le président du Syndicat des professeur(e)s, Gilles Bronchti, signale de son côté que «nous sommes à évaluer ce qui pourrait être sauvé de la session et ce qui ne pourra pas l’être.»

L’AGEUQTR, pour sa part, demande à l’UQTR de respecter le règlement des études stipulant que les professeurs doivent obtenir l’approbation des deux-tiers des étudiants avant de changer leurs plans de cours, ce qui n’est pas fait actuellement.

Au Collège Laflèche, il sera possible pour l’établissement de prêter des ordinateurs à ceux et celles qui n’en ont pas, signale la responsable des communications, Anne-Laurence Jacob.

Au Cégep de Shawinigan, le directeur, Éric Milette, reconnaît «qu’il y a un enjeu d’accessibilité».

«On a fait un sondage auprès des étudiants et sur 1000 répondants, 40 ne disposaient pas des outils technologiques» qui leur permettraient de participer à la reprise de la session d’hiver à distance. «Ça nous préoccupe», reconnaît-il.

Le Cégep de Shawinigan constate également que cette reprise pose des enjeux pour les formations techniques, comme en génie mécanique, illustre le directeur. «Pour les stages, on est en réflexion», ajoute-t-il.

Annie Jade Creamer-Éthier, une étudiante en arts visuels à l’UQTR et secrétaire de l’Association des programmes en arts, a expliqué que pour certains étudiants, comme elle, la poursuite de la session semble impossible. «Je n’ai pas d’ordinateur. J’ai seulement un téléphone. J’allais à l’UQTR pour travailler sur les ordinateurs qui contiennent des logiciels très chers comme Photoshop ou la suite Adobe», explique-t-elle. «J’ai des collègues qui ont des cours en sculpture et en gravure. Ils doivent les suivre à l’Université. Ça ne se fait pas à la maison», fait-elle valoir.

Élizabeth Leblanc-Michaud, qui a lancé la pétition, renchérit en indiquant que beaucoup d’étudiants vont à la bibliothèque, car ils n’ont pas d’ordinateur ni de connexion internet. Cette dernière avoue qu’elle n’est pas surprise qu’autant de personnes aient signé la pétition. Après avoir reçu  de très nombreux messages, elle constate que les étudiants vivent présentement beaucoup d’anxiété. Plusieurs avaient des emplois dans les restaurants et les magasins qui sont maintenant tous fermés.»

Mme Leblanc-Michaud ne demande pas que le gouvernement intervienne de façon unilatérale pour tous les étudiants, car certains sont à quelques semaines à peine de recevoir leur baccalauréat. «Tous les cas ne peuvent pas être traités de la même façon», concède-t-elle.

Cette dernière, tout comme le directeur du Cégep de Shawinigan, estime que c’est toutefois au gouvernement d’être précis au sujet des orientations que les établissements doivent prendre en fonction des cas particuliers.