PROTECT-YU est une entreprise 100% québécoise qui a développé un système de communication qui permet de connaître en temps réel la position des personnes infectées au coronavirus, à risque ou en quarantaine, à l’aide de bracelets d’identification.

Une entreprise québécoise propose une solution pour suivre les personnes infectées

Ottawa a invoqué mercredi la Loi sur la mise en quarantaine obligeant les voyageurs qui rentrent au pays à s’isoler durant une période de 14 jours, faute de quoi ils pourraient se voir remettre une amende ou être incarcérés. Comment s’assurer que cette mesure soit respectée ? Une entreprise québécoise spécialisée en gestion de crise, PROTECT-YU, propose une solution.

Il s’agit d’un système de communication qui permet de connaître en temps réel la position des personnes infectées au coronavirus, à risque ou en quarantaine, à l’aide de bracelets d’identification.

Le système comprend aussi une application mobile qui peut être installée sans frais directement sur le téléphone des intervenants de première ligne ainsi qu’une console de gestion de crise qui récupère les données.

Les bracelets, «pas plus gros qu’une Apple Watch», selon le spécialiste en sécurité nationale et PDG de l’entreprise, Michel Juneau-Katsuya, sont assignés et enregistrés à l’aide de l’application par les intervenants de première ligne.

Il est aussi possible de prendre les signes vitaux fondamentaux — la température et le rythme cardiaque — des personnes qui portent les bracelets, ce qui permet aussi au personnel du réseau de la santé de réaliser des consultations à distance. «Il y a tellement de demandes à l’heure actuelle qu’on ne peut pas se rendre partout et ça évite de mettre le personnel du réseau de la santé à risque», avance Michel Juneau-Katsuya.

Les citoyens qui ne doivent pas sortir de chez eux pourraient en être munis. Advenant un non-respect des mesures de confinement, une alerte serait envoyée à la console de gestion de crise. Un agent de la paix pourrait ensuite se rendre sur place pour faire la vérification. Une alerte serait aussi envoyée si le bracelet est coupé ou retiré.

L’application permet aux intervenants de première ligne d’assigner les bracelets et d’y enregistrer les individus et agit comme moyen de communication direct entre le personnel du réseau de la Santé et la centrale de gestion de crise.

«On est pas capable de communiquer rapidement et efficacement avec certains groupes d’intervenants, car il n’y a pas de système de communication collectif. Notre plateforme permet de créer des groupes et des sous-groupes qui permettent d’envoyer des messages instantanément», précise-t-il.

Une fois son quart de travail complété, l’intervenant n’a qu’à se déconnecter de l’application pour en désactiver la géolocalisation.

Toutes les données sont cryptées au même niveau que les données bancaires, il serait donc impossible de les pirater. «Ce n’est pas un système fait pour épier la vie privée, mais pour s’assurer que les gens en isolement le demeurent», assure le PDG de PROTECT-YU.

Opérationnel en une semaine

L’entreprise basée à Laval existe depuis 2016. Cette technologie est «plus avancée» que ce qui a été déployé dans d’autres pays au cours des dernières semaines, avance Michel Juneau-Katsuya, puisque son équipe la développe depuis plus de huit ans, avec des investissements à la hauteur de 8 millions $.

Michel Juneau-Katsuya a travaillé pour le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS ) — les services secrets canadiens — et pour la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

«Cette technologie a été développée à partir de notre expérience. Bien des fois dans le domaine de la technologie, l’équipement est développé par des geeks, des ingénieurs, des gens qui ont des idées brillantes pour aider les gens du métier. Souvent, malheureusement, il y a une dichotomie entre ce qu’ils ont créé et les besoins du terrain», explique M. Juneau-Katsuya.

Pour la création de PROTECT-YU, ils ont procédé à l’envers. «Ce sont des gars de terrain, comme moi, qui sont allés trouver les ingénieurs pour leur dire “ voici ce dont on a besoin “», explique-t-il.

Le système pourrait être implanté et opérationnel en l’espace d’une semaine, si le gouvernement décide d’y recourir. «On n’a pas produit des milliers de bracelets sans avoir de commande, mais on a des manufacturiers québécois, auxquels on a parlé, qui sont prêts à commencer tout de suite. Dès qu’on a le feu vert, on lance la production», explique-t-il.

Le coût d’un bracelet est d’environ 50 $.

PROTECT-YU a répondu à l’appel du gouvernement du Québec aux entreprises qui croyaient pouvoir apporter une aide dans la crise actuelle, mardi, mais n’a pas encore obtenu de réponse.

Michel Juneau-Katsuya entend bien répondre aussi à l’appel du gouvernement du Canada, ainsi qu’à celui du département de l’Innovation de la Ville de Montréal.

Changement de ton

La loi sur les mesures d’urgence a été évoquée par le gouvernement, ce qui change la façon dont on protège la vie privée dans un contexte normal, indique Michel Juneau-Katsuya.

«On s’entend, c’est un moyen coercitif. On ne met pas un bracelet aux gens simplement pour le plaisir de savoir où ils se trouvent. On met un bracelet aux gens qui doivent être isolés pour protéger la population, parce qu’il y a des gens qui ne respectent pas les mesures. Le gouvernement a reconnu l’urgence de la situation et une loi coercitive a été votée et adoptée.»

«Au-delà de l’élément commercial, on a vraiment une solution pour pouvoir aider et on souhaite vraiment qu’on puisse aller de l’avant», conclut Michel Juneau-Katsuya.