Les jeunes sont souvent attroupés par dizaines, sans masques, devant l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc à Granby.
Les jeunes sont souvent attroupés par dizaines, sans masques, devant l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc à Granby.

Une «course contre la montre» pour éviter la propagation de la COVID-19

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Alors que le Québec entre dans une «seconde vague» de COVID-19, comment gère-t-on les cas positifs dans les écoles? À qui confie-t-on les enquêtes épidémiologiques? Il y a aussi de quoi perdre son latin en tentant de décortiquer le lexique lié au coronavirus. Qu’est-ce qu’une éclosion, un agrégat? Le directeur de la santé publique en Estrie, Dr Alain Poirier, fait le point.

Depuis le début de l’année scolaire, les jeunes sont maintenus dans leurs groupes respectifs en classe, afin de restreindre les contacts entre eux. Ces cellules sont quasi hermétiques, mais pas infaillibles, car les enfants retournent chaque jour dans leur famille. Le nombre de cas est donc en hausse depuis quelques jours dans certains établissements d’enseignement.

Dès qu’un jeune est testé positif, une «course contre la montre» s’enclenche pour éviter la propagation. «Avant que l’enquête soit terminée pour chaque cas, on doit déterminer si les autres enfants de la même classe ont été en contacts étroits. Même chose pour le professeur. Les démarches se font rapidement pour protéger les jeunes et leurs proches», indique Alain Poirier

Les renseignements que détiennent l’école et la santé publique peuvent toutefois diverger. «Si un enfant se fait dépister parce qu’il a des symptômes de COVID et que le test s’avère négatif, une équipe fait le suivi auprès des parents. L’école est alors informée, car l’enfant doit être retiré le temps d’avoir le résultat. S’il y a un cas positif, la santé publique reçoit l’information. Avant que l’enquête soit enclenchée, un avis est envoyé à l’école pour entamer la recherche de contacts», précise le directeur de la santé publique.

Le directeur de la santé publique en Estrie, Dr Alain Poirier.

Enquêtes

Jusqu’ici, la direction de la santé publique de l’Estrie dit avoir une bonne collaboration des écoles sur son territoire, notamment en ce qui concerne les investigations liées aux cas positifs. De son côté, le centre de services scolaire du Val-des-Cerfs a décliné notre demande d’entrevue.

Le nombre de personnes qui mènent ces enquêtes varie selon la quantité de cas quotidiens. À titre d’exemple, huit enquêteurs étaient actifs mercredi matin en Estrie. Les équipes sont composées de médecins, mais principalement d’infirmières retirées de leur milieu de travail, entre autres parce qu’elles sont immunosupprimées ou enceintes.

Les enquêtes se font par téléphone auprès des personnes infectées et des individus qui ont été en contact avec eux. «C’est extrêmement rigoureux. Il y a des dizaines de pages de questions à remplir», a mentionné le Dr Poirier.

Trois types

Lorsqu’il y a des cas positifs, la santé publique doit déterminer quels types de contacts ont eu ces gens avec leur entourage. On les catégorise alors selon trois classes.

  • Cas «légers» : il s’agit de gens qui ont été exposés moins de 15 minutes à une personne qui a contracté le coronavirus. Ces individus ne sont pas isolés et ne requièrent pas de tests de dépistage.
  • Cas «modérés» : ces individus ont été en contact avec une personne infectée plus de 15 minutes, à moins de deux mètres. La santé publique demande alors qu’elles soient en confinement, à moins de cas particuliers.
  • Cas «étroits» : on parle la majeure partie du temps de la famille ou de gens très proches. Ces personnes doivent impérativement être confinées durant 14 jours pour prévenir une possible incubation du virus.

Outre les enquêteurs, plusieurs employés de la santé publique sont à pied d’oeuvre chaque jour pour mener à bien les opérations liées à la COVID-19. Celles-ci sont réparties dans une douzaine d’équipes, évoluant dans différentes sphères: coordination, expertise, surveillance de la qualité des données, entre autres.

Des gens font également le suivi selon les milieux : en entreprise, dans les lieux de vie (CHSLD, ressources intermédiaires) et le domaine communautaire (garderies, écoles et municipalités).

«Ça demeure un défi de rejoindre les jeunes où ils sont. Ce n’est pas simple. On espère que ces centaines d’élèves dehors vont porter leurs masques et améliorer leur comportement», reconnaît le Dr Alain Poirier.

Conscientisation

Plusieurs enfants et adolescents qui contractent le coronavirus ne développent aucun symptôme. Jusqu’ici, la plus jeune victime de la COVID-19 au Québec était âgée de 19 ans.

Bien que la santé publique indique que la «seconde vague» anticipée frappe les collectivités aux quatre coins de la province, certains jeunes ne semblent pas se soucier des règles sanitaires évoquées par le gouvernement, notamment la distanciation de deux mètres entre les individus. Il suffit d’observer les étudiants près des écoles secondaires, souvent attroupés par dizaines, sans couvre-visage.

Or, comment sensibiliser ces jeunes pour éviter une possible propagation exponentielle du virus chez cette clientèle? «On se fie beaucoup sur les profs qui sont notre armée sur le terrain. Mais, on ne peut pas mettre de policier derrière chaque enfant», fait valoir Alain Poirier.

«Ça demeure un défi de rejoindre les jeunes où ils sont. Ce n’est pas simple. On espère que ces centaines d’élèves dehors vont porter leurs masques et améliorer leur comportement», ajoute-t-il.

Relâchement observé

On assiste d’ailleurs depuis quelques semaines à un «relâchement» de l’application des règles sanitaires, souligne le Dr Poirier. «Mais on doit se ressaisir», dit-il.

Bien que l’Estrie soit en niveau de préalerte «jaune», l’orange et le rouge étant les stades supérieurs, le bilan des cas de COVID-19 des derniers jours demeure positif, souligne le directeur de santé publique.

«Notre ligne est assez droite. On n’est pas collés sur le vert ni sur l’orange. Mais, je ne veux pas applaudir trop vite. On peut avoir des surprises au détour. On a tous des questions à se poser. On ne veut pas revivre ce que l’on a vécu en mars. On doit tous embarquer dans le même bateau.»

Lexique

Pour le néophyte en matière de jargon médical, saisir les subtilités liées aux termes employés en période de pandémie n’est pas une sinécure. À ce chapitre, comment départager une éclosion d’un agrégat?

On parle d’une éclosion lorsqu’on dénombre «au moins deux cas confirmés, en moins de 14 jours, ne pouvant être expliqués par un lien en dehors du milieu (par exemple, deux cas d’une même famille)», explique Dr Poirier.

«Une éclosion signifie que la direction de santé publique a identifié une transmission de COVID-19 dans le milieu», que soit à la garderie ou à l’école, résume-t-il.

L’approche diffère en ce qui concerne les personnes vivant en CHSLD. «Chez les aînés, aussitôt qu’il y a un cas dans un centre d’hébergement, on agit comme s’il y a une éclosion, car les gens ne sortent pratiquement pas de ce milieu», fait valoir le directeur de la santé publique.

On voit également poindre des «agrégats» de cas de COVID dans certains quartiers. Il s’agit en fait d’une statistique réalisée à partir des adresses de gens infectés par le coronavirus.

«Si on voit une hausse significative du nombre de cas dans un quartier, qui va au-delà du hasard, il s’agit d’un agrégat. On mène alors une enquête pour déterminer s’il y a des liens entre eux», explique le Dr Poirier.