Le professeur Charles Le Blanc de l’Université d’Ottawa implore les citoyens à aller prêter main-forte dans les CHSLD de la région.
Le professeur Charles Le Blanc de l’Université d’Ottawa implore les citoyens à aller prêter main-forte dans les CHSLD de la région.

Un professeur de l’Ud’O en renfort en CHSLD: «Il faut absolument aller aider»

Dans la vie, Charles Le Blanc est professeur à l’Université d’Ottawa. Il a toutefois consacré les deux dernières semaines à soutenir le personnel d’un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) de l’Outaouais, où il a côtoyé « des femmes magnifiques et, à maints égards, héroïques ». « Il faut absolument aller aider », lance-t-il à tous ceux qui sont en mesure de le faire.

En acceptant d’accorder une entrevue au Droit, M. Le Blanc a spécifié qu’il voulait que les projecteurs soient tournés vers les personnes qui sont au front jour après jour, semaine après semaine, et non vers sa contribution ponctuelle, a-t-il insisté.

Dans une enfilade de gazouillis sur Twitter après sa première semaine en CHSLD, le professeur a rendu hommage à ses collègues temporaires, qu’il a épaulées du mieux qu’il le pouvait, à raison de 50 heures réparties en six jours chaque semaine.

« J’ai travaillé 50 heures à mettre des dentiers, habiller des gens, désinfecter des bains, distribuer des repas, plier le linge, chercher la poupée perdue d’une dame atteinte d’Alzheimer et qui était inconsolable de cette perte », a-t-il notamment écrit.

Le passage de Charles Le Blanc entre les murs d’un CHSLD rural comptant quelques dizaines de résidents lui a fait réaliser à quel point les gens qui œuvrent dans ce milieu « tricoté serré » — en grande majorité des femmes — sont dévoués.

« Pour une moyenne de 22 $ de l’heure moins impôts, elles soignent, lavent, nourrissent et aiment vos grands-parents », a-t-il écrit sur Twitter.

Son premier quart de travail était le 20 avril. Après la prise de température, la désinfection des mains et l’installation d’un masque, il a été initié à la « routine » de la place. « Après deux jours, j’étais pas mal autonome », a-t-il raconté en entrevue après sa première semaine.

Les tâches techniques comme le changement de culottes d’incontinence et les bains sont laissées au personnel formé. « Mon travail, c’est surtout de tout désinfecter, d’aider toutes ces femmes-là dans leurs tâches pour faire en sorte que de temps en temps, elles puissent avoir un 15 minutes pour s’asseoir et souffler. »

Le coup de pouce de M. Le Blanc a aussi permis aux employés de consacrer un peu plus de temps aux résidents. « Pendant que les préposés font des jobs qui sont plus importantes avec les bénéficiaires, ça prend quelqu’un qui va reporter le chariot des plateaux de nourriture, ça prend quelqu’un qui désinfecte les mains-courantes », illustre le professeur.


« Il faut absolument aller aider [dans les CHSLD], c’est une aide qui est plus importante qu’on le croit. »
Charles Le Blanc

Il y a aussi cet homme, aveugle, mais encore lucide, à qui Charles Le Blanc a fait la lecture. Ou encore cette dame qui a dû changer de chambre en raison de la création d’une zone de confinement dans l’éventualité où un cas de COVID-19 se déclare dans le CHSLD. « Il a fallu que la préposée prenne 45 minutes avec cette personne-là pour lui parler, la rassurer et lui dire que ça va bien aller », rapporte M. Le Blanc.

En deux semaines, il aura effectué 100 heures de bénévolat. Il a refusé la rémunération que le réseau aurait pu lui offrir, puisqu’il a déjà son salaire de professeur. Il invite tous ceux qui le peuvent à l’imiter.

« Je m’étonne qu’on soit obligé d’attirer des bénévoles avec de l’argent, alors que c’est le simple sens de l’humanité qui devrait nous pousser dans les CHSLD, dit-il. Il faut absolument aller aider, c’est une aide qui est plus importante qu’on le croit. »

Même s’il a choisi d’arrêter après deux semaines — il a 55 ans et doit aussi effectuer des tâches pour l’université —, Charles Le Blanc a bien fait savoir au réseau qu’il serait au rendez-vous si la COVID-19 s’invite au CHSLD et que des employés tombent au combat.

Une DPV ?

« Un peu comme une boutade », M. Le Blanc a lancé sur Twitter l’idée de créer une DPV — une Direction de la protection de la vieillesse.

« On protège la jeunesse, mais la vieillesse, il va falloir aussi y penser à un moment donné, dit-il. Je ne suis pas un spécialiste du domaine du tout, je suis un prof de philo, mais il va falloir qu’on réfléchisse à ça. Je sais qu’on a un rythme de vie trépidant et que ce n’est pas tout le monde qui peut s’occuper de personnes âgées en perte d’autonomie, mais ça ne peut pas non plus être normal de prendre les personnes âgées, d’aller les parquer quelque part et de ne plus y aller. »

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EXTRAITS DES PUBLICATIONS TWITTER DE CHARLES LE BLANC

  • « On dit et on parle beaucoup des CHSLD. Je viens de terminer ma première semaine là-bas pour répondre à l’appel de l’État. À 95 %, ce sont de femmes qui y travaillent. Des femmes magnifiques et, à maints égards, héroïques. Pour une moyenne de 22 $ de l’heure moins impôts, elles soignent, lavent, nourrissent et aiment vos grands-parents. Elles sont obligées de tout faire cela, mais pas de les aimer. Et pourtant… Elles blaguent avec eux, leur font des câlins, se préoccupent de leur santé. Cette semaine, un résidant est mort (pas de la COVID-19). Grand chagrin pour ce vieil homme simple et de peu de mots. “Il nous remerciait avec les yeux.” Elles, ces femmes, le voyaient, pendant que la plupart regardent sagement ailleurs. »
  • « Il semble ne pas y avoir assez de personnes dans cette nation pour laisser séance tenante ce qu’elles ne font pas, pour aller prendre soin de ceux qui ne peuvent plus rien faire. […] Pourrait-on reprocher à ceux qui n’ont personne en CHSLD de ne pas soucier de ceux qui sont déjà, trop souvent, délaissés par leurs propres enfants ? Il y a une DPJ. Il est l’heure d’avoir une DPV (Direction Protection Vieillesse). »