Soins palliatifs: l’isolement de précieux bénévoles se fait sentir

SHAWINIGAN — Mardi matin, Chantal Ouellet était bien installée au poste d’accueil de la Maison Aline-Chrétien, à Shawinigan, pour recevoir les visiteurs. Une fonction habituellement assumée par un bénévole et non par la directrice générale!

L’isolement volontaire des personnes âgées de 70 ans et plus complique la vie des maisons de soins palliatifs. De nombreux retraités appartenant à cette strate d’âge se dévouent pour procurer un environnement paisible à des gens en fin de vie. Dans le contexte actuel, ces personnes un peu plus à risque doivent couper tout contact, ce qui laisse un fardeau de travail supplémentaire aux employés.

«Beaucoup de bénévoles ne peuvent plus se présenter parce qu’ils ont voyagé ou parce qu’ils ont 70 ans ou plus», observe Mme Ouellet. «Nous avons dû retirer de l’horaire plus de 25 bénévoles. C’est pourquoi je suis à l’accueil!»

À la Maison Albatros à Trois-Rivières, la directrice générale, Anne-Marie Hébert, précise que la décision a été prise de ne pas accueillir plus de quatre patients à la fois jusqu’à nouvel ordre. Des employés réguliers manquent déjà à l’appel en raison d’accidents, de congés de maladie ou de maternité. Dernièrement, les restrictions imposées par la crise du coronavirus épuisent la banque de bénévoles. On en compte normalement une centaine, mais une proportion «substantielle» ne peut être assignée pour le moment.

«Chez nous, les bénévoles contribuent énormément», reconnaît Mme Hébert. «C’est très clair que ceux qui reviennent de voyage ne viennent pas, ni ceux qui ont des symptômes, ni ceux qui ont 70 ans et plus. Chaque jour, nous avons une pénurie.»

Cas par cas

Les maisons de soins palliatifs bénéficient d’un statut particulier en cette période de crise. Si les visites sont découragées dans les résidences pour personnes âgées ou dans les établissements de santé, elles demeurent permises aux unités de soins palliatifs, moyennant évidemment les précautions hygiéniques de circonstances.

«Bien sûr, si quelqu’un a des symptômes, il n’entre pas», rassure Mme Ouellet. «Même si son père est mourant. À un moment donné, c’est la sécurité de tout le monde. Si quelqu’un a voyagé mais n’a pas de symptômes, on peut l’admettre, avec un masque.»

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie - Centre-du-Québec, Guillaume Cliche, agent d’information, rappelle que les restrictions tombent lorsque des enjeux humanitaires sont impliqués. Ce principe s’applique pour les personnes en fin de vie dans les hôpitaux ou les centres d’hébergement, qui comptent un total de 67 lits en soins palliatifs sur le territoire.

«Nous limitons le nombre de visites à la fois», précise le porte-parole. «Il n’y aura pas de rassemblement dans les chambres. Une personne à la fois est autorisée à visiter. Elle doit aussi répondre aux critères plus larges de ne pas avoir voyagé depuis 14 jours et de ne pas présenter de symptômes associés à une infection.»

Ceci dit, M. Cliche reconnaît que le personnel fera preuve d’humanisme dans les derniers instants de vie d’un patient. «Nous pouvons assouplir les règles; c’est du cas par cas», laisse-t-il tomber. «Mais nous voulons tout faire pour éviter la propagation.»

Actuellement, seulement quatre des huit lits sont occupés à la Maison Aline-Chrétien et les familles impliquées ne sont pas très nombreuses.

«On se parle beaucoup dans l’équipe et on y va avec notre jugement», résume Mme Ouellet. «Si on avait un cas d’une énorme famille, avec des gens partout, on n’accepterait pas ça.»

Pour les bénéficiaires enfin, le contexte particulier qui règne depuis environ une semaine ne les perturbe pas trop, semble-t-il.

«Ces gens ne sont pas dans l’actualité au même point que nous qui suivons les points de presse quotidiens des premiers ministres», fait remarquer Mme Hébert.

«Nous avons vu une dame de 70 ans et plus qui a dit à son conjoint qu’elle ne viendrait plus en raison du contexte et il comprenait. Dans d’autres cas, des patients dorment beaucoup, de sorte qu’ils sont moins affectés par tout ce qui se passe.»

«Dans la maison, rien n’a changé», assure Mme Ouellet. «L’ambiance est la même. Les patients ne voient pas toutes les mesures mises en place. Quant aux familles, elles sont rassurées du sérieux que nous mettons dans la démarche.»