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Même au bout d’un an, la COVID-19 et l’isolement social qui en découle n’ont pas (encore) provoqué de crise de la santé mentale au Québec, selon une étude qui a été présentée lundi matin au congrès annuel de l’ACFAS.
Même au bout d’un an, la COVID-19 et l’isolement social qui en découle n’ont pas (encore) provoqué de crise de la santé mentale au Québec, selon une étude qui a été présentée lundi matin au congrès annuel de l’ACFAS.

Santé mentale: des «petites craques» commencent à apparaître

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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Même au bout d’un an, la COVID-19 et l’isolement social qui en découle n’ont pas (encore) provoqué de crise de la santé mentale au Québec, selon une étude qui a été présentée lundi matin au congrès annuel de l’ACFAS. Mais ce n’est peut-être qu’une question de temps, car ces mêmes travaux montrent aussi clairement des signes de détresse dans certaines parties de la population.

Compte tenu de l’importance des contacts sociaux pour la santé mentale, cet isolement qui dure depuis un an et le stress associé au virus lui-même «sont un peu l’équivalent d’enlever des murs porteurs dans une maison. Le toit ne va pas forcément tomber tout de suite, mais on commence à voir des petites craques qui apparaissent et on ne sait pas ce qui va se passer si on reçoit une bonne bordée de neige», dit l’auteure principale de l'étude, Annie Leblanc, du Centre de recherche VITAM en santé durable et du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Celle-ci a consisté à interviewer plus de 3000 personnes au sujet de symptômes d’anxiété, de dépression ou de stress qu’ils ressentent, et de les suivre dans le temps — environ 1000 ont participé à l’enquête dès avril 2020 et ont répondu à la dernière «vague» d’évaluations, en février dernier. Dans l’ensemble, Mme Leblanc et son équipe n’ont pas observé d’augmentation de ces symptômes, mais ils ont quand même noté un niveau relativement élevé qui s’est maintenu.

Même portrait avec une échelle de mesure du bien-être mental, l’échelle de Warwick, qui montre des résultats à peu près constants entre avril 2020 et février dernier dans tous les sous-groupes observés, sauf chez certains d’entre eux, notamment les jeunes et les gens à faibles revenus, qui ont vu leurs scores moyens baisser — encore que la diminution n’est pas significative d’un point de vue statistique.

Notons que ces résultats concordent avec ceux que deux autres chercheuses ont présentés lundi matin à l’ACFAS. L’ancienne directrice de la santé publique de l’Estrie et maintenant professeure à l’Université de Sherbrooke, Dre Mélissa Généreux, a présenté les résultats d’une enquête sur «les impacts psychosociaux de la pandémie au Québec» menée auprès de 10 000 personnes en février dernier, et a elle aussi constaté qu’une part relativement grande de la population montre des «signes» d’anxiété et de dépression — pas forcément assez pour parler de problèmes de santé mentale en bonne et due forme, mais des symptômes quand même.

Semblable à une catastrophe naturelle 

Selon elle, l’arrivée d’une pandémie a essentiellement les mêmes effets qu’une catastrophe naturelle sur la santé mentale collective. Après une première phase où la nouvelle menace peut avoir un effet stimulant, suit une autre phase plus difficile à traverser, puis une troisième où l’on récupère progressivement des séquelles. À l’heure actuelle, près du quart des adultes québécois montrent des signes d’anxiété ou de dépression, soit «un niveau comparable à celui observé dans la communauté de Fort McMurray quelques mois après les feux de forêt de 2016», a indiqué Dre Généreux. Et les jeunes semblent souffrir davantage dans son étude aussi.

La chercheuse de l’Université du Québec à Trois-Rivières Gerogia Vrakas a pour sa part mesuré la «santé mentale positive» et a elle aussi noté un léger recul.

Notons que plusieurs autres études récentes ont trouvé elles aussi que la pandémie et les confinements ne semblent pas avoir eu d’effets majeurs sur la santé mentale, que ce soit sur les signes de dépression ou d’anxiété, les taux de suicide, etc. Mais leurs auteurs avertissent généralement qu’il faut garder un œil sur les indicateurs de santé mentale parce que les effets d’un isolement prolongé pourraient prendre du temps avant d’apparaître. Et c’est également ce que craint Mme Leblanc.

«C’est une bonne nouvelle que les signes d’anxiété et de dépression n’aient pas été exacerbés depuis le début de la pandémie, dit-elle. Mais on n’a pas réussi à les diminuer non plus (…et) on doit se demander si avoir un petit de peu de symptômes pendant longtemps ne finira pas par se transformer en problèmes de santé mentale. Il faut mettre des mesures en place pour éviter que les ressources en santé mentale ne soient inondées dans un an ou deux.»