L’amiral Brett Giroir, l’aide-secrétaire de la Santé et des Services sociaux aux États-Unis, présente un nouvel écouvillon produit par Puritan Medical Products alors qu’il parle d’un nouveau test pour détecter la COVID-19, à la Maison-Blanche lundi.
L’amiral Brett Giroir, l’aide-secrétaire de la Santé et des Services sociaux aux États-Unis, présente un nouvel écouvillon produit par Puritan Medical Products alors qu’il parle d’un nouveau test pour détecter la COVID-19, à la Maison-Blanche lundi.

Ruée mondiale sur les tests rapides pour lutter contre le coronavirus

Agence France-Presse
GENÈVE — Le développement des tests rapides pour détecter la COVID-19 a déclenché une ruée mondiale: Donald Trump en a annoncé la distribution de 150 millions aux États-Unis et l’OMS en a promis 120 millions aux pays pauvres, mais à condition de trouver les fonds.

Alors que la pandémie a fait plus d’un million de morts dans le monde, de nombreux experts en santé publique militent depuis des mois pour l’utilisation de ces tests dits antigéniques, peu coûteux, comparables aux tests de grossesse et dont le résultat s’obtient en 15 minutes, contre plusieurs jours pour un test classique.

S’ils sont généralement moins précis, ces tests rapides peuvent amplement suffire, en particulier pendant un pic de contagiosité, au moment où il est crucial d’isoler les cas positifs. Ils permettraient ainsi de multiplier le volume de tests afin de mieux détecter la propagation du coronavirus.

En pleine campagne pour sa réélection, Donald Trump a annoncé lundi que 150 millions de ces tests rapides seront distribués aux États-Unis, dont 50 millions «serviront à protéger les communautés les plus vulnérables». Les enseignants, les maisons de retraite et les universités historiquement noires ou amérindiennes seront prioritaires, a-t-il promis.

Ces tests sont fabriqués par le laboratoire Abbott, qui a reçu une autorisation de commercialisation en urgence fin août et qui est pour l’instant le seul à les proposer aux États-Unis.

Simultanément, l’Organisation mondiale de la santé — avec qui l’administration de Donald Trump a rompu — et ses partenaires ont promis 120 millions de tests pour les pays les plus démunis, à condition toutefois de trouver l’argent pour les acquérir.

«Nous avons un accord, nous avons un début de financement et maintenant nous avons besoin du montant total pour pouvoir acheter ces tests», a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d’une conférence de presse virtuelle.

D’un coût unitaire de 5 $, avec un prix qui devrait baisser à mesure que la production augmente, il faudrait cependant 600 millions $ à l’organisation onusienne pour financer sa promesse, alors que le Fonds mondial a d’ores et en a d’ores et déjà promis 50 millions $.

Une question centrale pour les pays les plus pauvres: selon l’OMS, là où les pays riches réalisent en moyenne 292 tests par 100 000 habitants, les pays à revenu faible et intermédiaire n’en font que 61 et les pays à faible revenu, 14.

L’Europe se referme, l’Amérique latine rouvre

Ces annonces interviennent alors que la pandémie continue de progresser un peu partout dans le monde, en particulier en Europe où le virus circule toujours à un rythme élevé.

Derniers pays en date concernés, la République tchèque et la Slovaquie ont annoncé lundi leur intention de déclarer l’état d’urgence pour faire face à la forte recrudescence de cas de contaminations.

«La situation est extrêmement grave, et je pense que nous devons adopter des décisions très radicales et très audacieuses», a déclaré le chef du gouvernement slovaque, Igor Matovic, à l’issue d’une réunion d’une cellule de crise dans son pays.

À l’ouest du continent, la France et l’Espagne multiplient les restrictions pour tenter de ralentir cette nouvelle vague de contaminations. Madrid a instauré de nouvelles zones de restrictions, tandis qu’Aix-en-Provence et Marseille, dans le sud de la France, ont vu leurs bars et restaurants fermer leurs portes dimanche soir.

Même ambiance de l’autre côté de l’Atlantique. Alors que New York, déjà durement touchée durant le printemps, voit le nombre de contaminations repartir à la hausse, au Canada, Montréal et Québec passent en «alerte» rouge pour 28 jours avec la fermeture de plusieurs secteurs de l’économie durant la période.

À l’inverse, en Amérique latine, durement touchée par la COVID-19, les restrictions se lèvent peu à peu: les vols internationaux vont reprendre en Colombie et au Pérou, et la quasi-totalité des 7 millions d’habitants de Santiago du Chili ont retrouvé lundi leur liberté de circulation après des mois de confinement.

Même chose en Australie, avec la fin de deux mois de couvre-feu nocturne à Melbourne à la faveur d’une baisse marquée du nombre de nouvelles contaminations.

La pandémie a fait au moins 1 002 036 morts dans le monde depuis fin décembre, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles lundi à 7h, heure avancée de l’Est. Les États-Unis sont le pays le plus touché tant en nombre de morts (205 024) que de cas enregistrés (7 147 070), devant le Brésil (142 058 morts).

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MILLIONIÈME MORT DE LA COVID-19: ÉMOTION À L’ÉPICENTRE WUHAN

La COVID-19 est endiguée en Chine, grâce à de stricts confinements et quarantaines, au port du masque, ou encore au suivi des cas contacts grâce aux données personnelles via les téléphones portables.

«Je n’avais pas imaginé un bilan aussi lourd»: le millionième mort mondial de la COVID-19 recensé lundi inspire tristesse et incrédulité aux habitants de Wuhan, neuf mois après l’émergence du virus dans la ville chinoise.

Si beaucoup sont fiers de la résilience de leur métropole et du combat réussi de la Chine contre le coronavirus, ils constatent également avec peine que le pathogène continue sa propagation meurtrière ailleurs sur la planète.

«Un million de morts, c’est peu rapporté à la population mondiale. Mais c’est autant de vies perdues, de gens qui avaient une famille», déclare à l’AFP Hu Lingquan, un Wuhanais qui travaille dans la recherche scientifique.

La COVID-19 est endiguée en Chine, grâce à de stricts confinements et quarantaines, au port du masque, ou encore au suivi des cas contacts grâce aux données personnelles via les téléphones portables.

Résultat: le pays ne fait plus état chaque jour que d’une poignée de nouveaux malades. Et la vie quotidienne a déjà repris depuis plusieurs mois dans tout le pays, Wuhan compris.

Main dans la main avec leurs parents, les écoliers de la ville se sont ainsi rendus comme d’habitude lundi matin dans leur établissement, au milieu des rues embouteillées.

Piscine bondée

Alors que l’Europe vit sous la menace des confinements et des fermetures de restaurants, l’économie chinoise rebondit: les usines fonctionnent à plein régime, les consommateurs reviennent dans les magasins et le tourisme a repris.

Et si Wuhan a été le premier endroit du monde frappé par le coronavirus en décembre, il a aussi été l’un des premiers à s’en débarrasser. Des images d’une fête techno organisée en août dans une piscine bondée ont ainsi stupéfié le monde.

Certains pays, les États-Unis du président Donald Trump en tête, demandent depuis plusieurs mois des comptes à la Chine, dénonçant sa mauvaise gestion du virus, responsable selon lui de sa propagation ailleurs dans le monde.

De son côté, Pékin remet en cause l’origine chinoise du coronavirus. Et souligne qu’en l’absence de preuve scientifique, le pathogène a très bien pu venir d’ailleurs avant d’exploser à Wuhan.

Le virus a durement frappé la ville (11 millions d’habitants), avec officiellement 50 340 malades et 3869 morts — soit plus de 80 % du bilan national.

«Très mal géré»

Mais les autorités n’y ont fait état d’aucun nouveau cas depuis mai. Et beaucoup de Wuhanais s’interrogent face à la stratégie des autres pays.

«Du point de vue chinois, ils ont très mal géré la crise», estime Hu Lingquan. «Ils n’ont peut-être jamais vraiment réalisé à quel point l’épidémie était grave.»

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a prévenu que le nombre de morts dans le monde continuerait de grimper jusqu’à une campagne de vaccination massive.

«Au début de l’épidémie, je n’avais pas imaginé un bilan aussi lourd», déclare à l’AFP Guo Jing, une autre habitante de Wuhan.

Mais dans cette ville désormais connue dans le monde entier à cause de la COVID-19, c’est l’insouciance qui prédomine aujourd’hui.

Beaucoup de passants n’avaient plus de masques lundi, ou bien le portaient sous le menton. Et les habitants prenaient d’assaut les quartiers commerçants avant la longue semaine de vacances (du 1er au 8 octobre) de la fête nationale.

«Wuhan a pris un nouveau départ», déclare à l’AFP An An, une Wuhanaise qui travaille dans les médias. «La vie a retrouvé sa saveur d’avant.»