Des huit commissions scolaires de la grande région de Québec élargie, six révèlent que leurs élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage ou encore ceux qui disposent d’un plan d’intervention sont revenus à l’école dans un taux plus faible que l’ensemble des écoliers, depuis le 11 mai.
Des huit commissions scolaires de la grande région de Québec élargie, six révèlent que leurs élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage ou encore ceux qui disposent d’un plan d’intervention sont revenus à l’école dans un taux plus faible que l’ensemble des écoliers, depuis le 11 mai.

Retour en classe: les élèves en difficulté moins présents

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Pour François Legault, l’aide aux élèves en difficulté constituait la première raison pour rouvrir les écoles, après le confinement. Le problème, c’est que ces jeunes restent à la maison en plus grande proportion que leurs compagnons de classe. Un écart atteignant jusqu’à 10 %, selon les chiffres obtenus par Le Soleil.

Des huit commissions scolaires de la grande région de Québec élargie, six révèlent que leurs élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA) ou encore ceux qui disposent d’un plan d’intervention (PI) sont revenus à l’école dans un taux plus faible que l’ensemble des écoliers, depuis le 11 mai.

Un écart significatif atteignant jusqu’à près de 10 % au sein d’une même commission scolaire, qu’on appelle maintenant un centre de services scolaires.

Des six qui attestent du phénomène, cinq s’appuient sur des chiffres précis. Sur la rive nord du fleuve, Portneuf constate 9,9 % de présences en moins chez ses élèves en difficulté, les Premières-Seigneuries 2 % et Charlevoix 7,6 %. Sur la rive sud, c’est 8,6 % aux Navigateurs et 8 % pour la Côte-du-Sud.

À la commission scolaire de la Beauce-Etchemin, on confirme aussi que «nos élèves HDAA répondent moins à l’appel que prévu et espéré. Nous estimons leur taux de présence à la moitié environ», avance la porte-parole, Annie Boulanger, toutefois incapable de fournir des statistiques probantes sur le sujet.

Et les deux autres centres de services? Ils ne compilent pas ces statistiques de façon centralisée. Il s’agit des commissions scolaires de la Capitale et des Découvreurs, entités couvrant tout le centre et l’ouest de Québec jusqu’à Saint-Augustin.

Ces enfants devaient pourtant s’avérer l’une des clés de cette deuxième rentrée unique en temps de pandémie.

«Il n’est pas trop tard»

Le  ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, était pris mercredi entre une interpellation des partis d’opposition en matinée et un conseil des ministres en après-midi. Son attaché de presse a réagi au constat du Soleil.

«Nous avons recommandé — et nous continuons de le faire! — aux parents d’élèves en difficulté d’opter pour un retour en classe et demandé aux écoles de contacter ces parents en ce sens. Donc, il est évident qu’on désirerait toujours qu’un nombre plus important de ces élèves soient de retour sur les bancs d’école. Mais ultimement, le retour à l’école demeure au choix du parent», affirme Francis Bouchard.

«On est conscients que malgré tout, certains parents avaient des inquiétudes à renvoyer leurs enfants à l’école. Nous avons bon espoir que le retour graduel réussi à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal aura permis de rassurer ces parents, et que certains d’entre eux pourront changer d’idée pour les semaines à venir. [...] Il n’est pas trop tard», souligne l’attaché de presse du ministre Roberge. 

Étoiles et bonnet d’âne

Le relevé détaillé école par école fourni par la commission scolaire des Navigateurs, qui couvre les secteurs de Lévis et de Lotbinière, témoigne d’une grande disparité d’une école à l’autre.

Au sein des 47 établissements répertoriés, on en trouve six dont tous les élèves HDAA sont retournés à l’école depuis le 11 mai.

Obtiennent la note 100 % dans cette matière : le pavillon de l’Alizé de Saint-Jean-Chrysostome, l’école du Tournesol de Saint-Rédempteur, l’école Beaurivage de Saint-Agapit, ainsi que le trio des écoles de la Berge de Lotbinière, du Chêne de Saint-Édouard-de-Lotbinière et de la Falaise de Leclercville.

L’écart positif se situe ici entre 23,6 % et 33,6 % de plus que le taux de retour en classe de l’ensemble des élèves. L’école Saint-Dominique, dans le Vieux-Lévis, obtient aussi une étoile dans son cahier avec un écart positif de 21,3 %, soit 84,2 % des élèves HDAA de retour comparés à 62,9 % au global.

Le bonnet d’âne revient à la toute nouvelle école de Saint-Apollinaire, inaugurée à l’automne. L’école des Sentiers n’accueille chaque jour que 20 % de ses élèves HDAA, alors que 69 % de l’ensemble des enfants sont de retour en classe.

Les écoles La Martinière, à Saint-Nicolas, et Sainte-Hélène, à Sainte-Hélène-de-Breakeyville, accusent quant à elles un retard de plus de 38 % dans le taux de retour en classe des élèves HDAA par rapport à l’ensemble de leur établissement.

Toutes ces statistiques datent de la semaine dernière, soit la première semaine de retour en classe.

Pas six mois sans école

Le 27 avril, le premier ministre Legault annonçait la réouverture des écoles de niveaux préscolaire et primaire à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) pour le 11 mai. Il en avait fait la première de cinq raisons pour lesquelles il «est important de rouvrir nos écoles primaires».

«La première raison, c’est pour le bien des enfants. Surtout pour les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, que ces enfants-là ne restent pas six mois sans être allés à l’école. [...] C’est important que ces enfants soient bien suivis, puis les enseignants les connaissent», avait insisté M. Legault, promettant qu’«une attention spéciale» serait portée à ces enfants, «qu’ils soient à l’école ou qu’ils soient à la maison».

«Dans les cas où un élève en difficulté poursuivrait les apprentissages de la maison, explique M. Bouchard, on a demandé à s’assurer que celui-ci fasse l’objet d’un encadrement pédagogique encore plus soutenu que les autres élèves. En plus du minimum de trois contacts directs entre les membres de l’équipe-école et ces élèves, il a été demandé un suivi régulier des professionnels auprès de ces élèves.

«Dans tous les cas, le retour à l’école a permis à de nombreux élèves en difficulté de bénéficier des suivis professionnels et pédagogiques et du contact humain, aussi, dont ils avaient besoin. Et ça doit être souligné», conclut l’attaché de presse du ministre.

Les écoles du Québec sont demeurées fermées huit semaines, du 16 mars au 11 mai. La réouverture du primaire a depuis eu lieu à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Les écoles secondaires partout au Québec et les écoles primaires de la CMM resteront closes jusqu’à la rentrée de la fin août.  Avec Isabelle Mathieu