Les Cowansvillois Éric Goyet et Julie Langevin avaient tout vendu pour parcourir les mers à bord de leur voilier, sur lequel ils naviguaient depuis le 1er septembre dernier. Ils se trouvent aux environs de George Town depuis la fin janvier et tenteront de revenir au Canada à bord d’un vol à partance de Nassau, lundi.
Les Cowansvillois Éric Goyet et Julie Langevin avaient tout vendu pour parcourir les mers à bord de leur voilier, sur lequel ils naviguaient depuis le 1er septembre dernier. Ils se trouvent aux environs de George Town depuis la fin janvier et tenteront de revenir au Canada à bord d’un vol à partance de Nassau, lundi.

Prisonniers de la mer en pleine pandémie

Aux quatre coins du globe, des ressortissants canadiens se mobilisent afin d’être rapatriés au pays alors que la pandémie de COVID-19 a mené à la fermeture des frontières. Certains d’entre eux se trouvent dans les Bahamas, dont plusieurs Québécois qui sont prisonniers de l’océan, n’ayant nulle part où accoster.

La Maskoutaine France Gaucher et son conjoint Luc Leduc sont partis en novembre dernier à bord de leur catamaran en direction des Îles Vierges britanniques pour y passer l’hiver. En février dernier, ils ont choisi de faire un détour sur leur itinéraire pour voir les eaux turquoise des Bahamas.

La Maskoutaine France Gaucher et son conjoint Luc Leduc sont partis en novembre dernier à bord de leur catamaran en direction des Îles Vierges britanniques pour y passer l’hiver. La pandémie de la COVID-19 s’est annoncée alors qu’ils se trouvaient aux Bahamas. Plutôt que de prendre le risque d’être contaminé sur le quai, le couple a choisi de se ravitailler et d’effectuer sa quarantaine à bord de son bateau tout en naviguant vers George Town, où il est amarré depuis le 25 mars.

Le couple se trouvait à Nassau quand des restrictions sanitaires ont commencé à être imposées par les autorités. «Les restaurants commençaient à fermer, on faisait la file pour aller à la pharmacie tout en devant respecter deux mètres de distance entre chaque personne, relate Mme Gaucher. Les gens commençaient à porter des masques.»

Plutôt que de prendre le risque d’être contaminé sur le quai, le couple a choisi de se ravitailler et d’effectuer sa quarantaine à bord de son bateau tout en naviguant vers George Town, la capitale des îles Exumas (Bahamas), où il est amarré depuis le 25 mars. « Il n’y avait pas Internet partout où nous arrêtions, donc chaque fois que nous pouvions prendre des nouvelles, nous étions bouche bée de voir les nouvelles restrictions.»

Pire, il n’a jamais été possible, après leur arrivée, de se ravitailler en eau et en carburant. «Tout était déjà fermé et la loi sur la quarantaine venait de recommencer là-bas!» raconte la Maskoutaine, dont les plans de voguer à destination de la Martinique à compter du 30 mars n’ont donc pas pu se concrétiser.

«On a jeté l’ancre et nous n’avons plus jamais bougé de cette baie, poursuit la voyageuse. Toutes les îles et frontières se sont mises à fermer les unes après les autres, interdisant l’accès à tous les plaisanciers étrangers, même si ceux-ci, parce qu’il n’y avait pas Internet en mer, ignoraient tout des règles strictes à leur arrivée.»

Les Cowansvillois Éric Goyet et Julie Langevin avaient pour leur part tout vendu pour parcourir les mers à bord de leur voilier, sur lequel ils naviguaient depuis le 1er septembre dernier. Ils se trouvent aux environs de George Town depuis la fin janvier. «Initialement, on avait prévu revenir au Québec vers le début mai, pour mieux repartir aux Bahamas en janvier 2021, explique M. Goyet. On pensait faire de trois à cinq années comme ça!»

État d’alerte et couvre-feu

Depuis vendredi, les autorités des Bahamas ont imposé un couvre-feu pour toute la fin de semaine, ce qui empêche quiconque de sortir jusqu’au lundi matin. «Les marchés d’alimentations n’ouvrent que du mardi au jeudi, éprouvant à certains endroits des difficultés à se réapprovisionner. Et comme le pays importe tout des États-Unis, qui ont coupé dans leurs exportations, on constate une baisse des réserves alimentaires», explique M. Goyet par courriel.

Un état d’alerte et un confinement complet de six jours ont été décrétés le 14 avril dernier, même si aucun cas de coronavirus n’a été déclaré dans ce secteur, soutient Mme Gaucher. «La panique s’est installée, surtout qu’on n’arrivait pas à obtenir de réponses à nos questions, témoigne-t-elle. Depuis jeudi, cependant, des effectifs ont été déployés pour aider les plaisanciers. On peut faire l’épicerie par courriel, c’est livré au bateau. On a accès à de l’eau et on peut commander du propane, du diesel et faire ramasser nos déchets directement au bateau. Ça nous a sécurisés dans les circonstances.»

«On a un numéro de téléphone unique pour demander de l’eau, des vivres et des médicaments, précise M. Goyet. On a aussi été avisés qu’aucun non-résident ne pourrait être pris en charge pour une urgence médicale.»

Environ 120 embarcations sont immobilisées dans la petite baie où se trouvent les deux couples, comme une trentaine d’autres Québécois, selon eux. «Certains ont essayé de réserver un vol, mais ça semble très difficile», explique Mme Gaucher.

L’aéroport de George Town a été fermé le temps de la pandémie, mais pas celui de la capitale, Nassau. «Environ 125 miles nautiques séparent les deux îles, ce qui équivaut à 24 heures de navigation sans arrêt, explique Mme Gaucher. Ce n’est pas évident, car on ne peut pas laisser notre bateau sur n’importe quelle île et les transports sur l’eau ont aussi été fermés. En plus qu’on doit payer des surprimes à notre compagnie d’assurance puisqu’on n’a pas pu amarrer notre catamaran à Grenade à la date prévue dans le contrat.»

Le tout pour le tout

Même s’ils sont inscrits sur la liste des Canadiens à l’étranger, les démarches pour s’assurer d’une place sur un vol de retour sont ardues. «Depuis trois semaines, on se bat avec la déléguée de l’ambassade et le ministère des Affaires étrangères, raconte M. Goyet. On n’a eu aucune réponse pendant deux semaines, pendant qu’on voyait plein d’autres pays rapatrier leurs ressortissants. Il y a même eu un vol d’Air Canada vers Toronto le 28 mars, affrété par les hôtels Sandals afin de sortir des Canadiens anglais qui étaient encore dans leur établissement. On n’a jamais été informés... Il a fallu que ma députée Lyne Bessette s’en mêle pour qu’on puisse obtenir une ligne téléphone avec une déléguée de l’ambassade du Canada en Jamaïque.»

Vendredi, le gouvernement canadien a confirmé qu’un avion décollerait de Nassau lundi après-midi et qu’il s’agirait du seul vol de rapatriement disponible pour l’instant en provenance des Bahamas, mais qu’il revenait à chacun de s’y rendre par ses propres moyens.

«Nassau est à 300 km d’ici, soit une à deux semaines de navigation. Il n’y a pas vraiment d’endroit pour y sortir et protéger une embarcation. Certains ont vérifié la possibilité et ont reçu l’information qu’il en coûterait 2500$ par mois pour une telle éventualité, déplore le Cowansvillois. Beaucoup de Canadiens ont choisi de naviguer vers le nord pour se rendre en Floride. Mais sans ravitaillement, c’est risqué.»

Mme Gaucher et M. Leduc ont décidé de prendre la mer aux aurores, samedi, pour se diriger vers Annapolis, dans l’État du Maryland, où une place les attend à la marina. Cela représente un périple de trois jours sans arrêt prévu et sans point de ravitaillement disponible.

M. Goyet et Mme Langevin ont plutôt choisi de mettre leur voilier en cale sèche et de tenter le tout pour le tout pour tenter d’obtenir une place à bord de l’avion qui décollera de Nassau lundi après-midi. Ils ont finalement réussi à réserver leurs sièges. «Nous avons obtenu les autorisations nécessaires et trouvé un vol privé qui devrait nous amener à Nassau lundi avant-midi», explique M. Goyet.

Ils atterriront à Toronto, après quoi ils devront trouver une manière de regagner Montréal, où leurs enfants leur auront laissé leur voiture. Un logement du triplex de leur fils, à Cowansville, les attend ensuite pour qu’ils entament leur quarantaine. «L’aventure nous aura coûté un bon 6000$, indique Éric Goyet. Le gouvernement canadien ne nous a rien donné.»