La nécessité de l’utilisation du masque N95 pour permettre au personnel de se protéger de la COVID-19 est débattue dans les établissements de santé.
La nécessité de l’utilisation du masque N95 pour permettre au personnel de se protéger de la COVID-19 est débattue dans les établissements de santé.

Porter ou ne pas porter le N95?

SHAWINIGAN — Le personnel soignant dans les centres d’hébergement de soins de longue durée doit-il ou non porter le fameux masque N95 pour se protéger de la COVID-19? Les avis divergent, mais le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec s’appuie sur l’Institut national de santé publique pour ne recommander cette protection qu’en des cas très précis.

Le Devoir publiait, dans son édition de vendredi, un reportage qui faisait ressortir la division entre les directives nationales et l’opinion de certains professionnels sur le terrain. Des médecins et la Fédération de la santé et des services sociaux (CSN) y militent fermement en faveur du port du masque N95.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec a formulé la même demande à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail vendredi.

Sur le territoire du CIUSSS-MCQ, 181 travailleurs de la santé ont été testés positifs à la COVID-19 jusqu’à maintenant. Une soixantaine d’entre eux en sont complètement remis.

Vendredi après-midi, Carol Fillion, président - directeur général du CIUSSS-MCQ, était nuancé au sujet de ce qu’il observe sur cette question dans la région.

«Tout le monde a son avis dans une situation comme celle que l’on traverse présentement», commente-t-il. «On s’adapte très rapidement. On renseigne notre personnel avec le plus d’exactitude et on l’accompagne dans la bonne utilisation du bon matériel qui garantit sa protection.»

Marie-Josée Godi, directrice de la santé publique au CIUSSS-MCQ, précise que les masques N95 sont recommandés dans des situations bien précises.

«C’est un équipement qui est porté lorsque de fines gouttelettes sont en suspension», explique-t-elle. «Pour l’ensemble des interventions identifiées jusqu’à présent, et l’ensemble de la littérature scientifique le dit très bien, le port du masque de procédure est adéquat pour ces mesures. Les interventions qui nécessitent le port du masque N95 sont bien identifiées et c’est ce à quoi on les utilise en ce moment.»

La docteure rappelle que ce masque ne garantit rien à lui seul. Il s’agit d’un moyen complémentaire, mais certains rappels pour maximiser son efficacité doivent être effectués.

«Le port d’un équipement de protection s’accompagne de plusieurs étapes», souligne Mme Godi. «La première est la formation, qui inclut comment on le porte, comment on l’enlève, quelles sont les mesures à prendre. Sur ce point, nous sommes à renforcer ces mesures, qui peut-être n’ont pas été faites de façon systématique dans tous nos milieux.»

M. Fillion ajoute que le CIUSSS- MCQ suit «avec extrêmement de rigueur» l’évolution des recommandations de l’Institut national de santé publique du Québec sur ce point.

«Ce sont les experts qui nous assurent que notre personnel est bien protégé», pointe-t-il. «Nous déployons des équipes de soutien à l’utilisation des équipements de protection individuelle. Selon nous, c’est plus garant d’une protection efficace qu’un changement d’équipement. C’est extrêmement compliqué d’assurer la protection avec un N95. C’est lourd à porter, il y a la qualité de la respiration, le confort de l’employé.»

«Si on évaluait que ça permettrait une meilleure protection, on le ferait», ajoute M. Fillion. «Mais nous sommes convaincus qu’avec une utilisation efficace des masques de procédure, on garantit la sécurité des personnes.»

Le président - directeur général précise qu’il ne s’agit pas d’une question de disponibilité de matériel.

«Les masques N95 sont disponibles pour les gens qui ont besoin de masques N95», tranche-t-il.

Dons utilisés

Carolyne Milette, Mélanie-Marie Diamond, Patrick Champagne et Patrice Bourassa s’étaient mobilisés, au début du mois, pour recueillir des équipements de protection pour le personnel du CHSLD Laflèche. Ils avaient notamment remis plus de 500 masques N95 à la direction le 13 avril, pour finalement apprendre que tout le matériel avait été mis sous clé.

Le Cégep de Shawinigan a également annoncé la remise d’équipements médicaux par voie de communiqué, le 17 avril. La cargaison comprenait notamment 136 masques N95. La députée de Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, a aussi transmis trois boîtes de masques N95 au début du mois.

M. Fillion confirme que ces dons servent lorsqu’ils passent l’inspection avec succès.

«Le matériel a été dirigé vers nos experts, qui s’assurent qu’il protège bien, qu’il rencontre les normes. Une fois que ça a été fait, il a été distribué au personnel du CHSLD Laflèche.»

«Vous savez, des masques sur lesquels il est écrit N95, il y en a de nombreuses sortes, à partir de ceux qui protègent quand on vernit les planchers jusqu’à ceux utilisés quand on pose des gestes cliniques auprès des personnes», soulève M. Fillion. «Il faut vraiment s’assurer que ces masques protègent dans des situations où on donne des soins cliniques.»