Le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, était de passage à Gatineau vendredi.
Le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, était de passage à Gatineau vendredi.

Port du masque obligatoire : «On n’a pas beaucoup de temps», dit le Dr Arruda

Alors que le port du masque est devenu obligatoire mardi à Ottawa et dans l’est de l’Ontario, il y a de « très fortes chances que (le Québec) aille plus loin » en la matière, a réitéré vendredi le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, à Gatineau.

« On est en très grande discussion actuellement » sur la possibilité d’imposer le port du masque, a-t-il répété en conférence de presse au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO). « On n’a pas le temps d’attendre que les gens se décident (à le porter de bonne foi). La semaine de la construction s’en vient, les gens vont se promener à gauche, à droite ; je pense que là, on n’a pas beaucoup de temps. »

Talonné sur la lenteur de la province à se prononcer sur cette mesure, le Dr Arruda s’est défendu en l’attribuant à la logistique complexe et aux effets pervers d’une nouvelle réglementation, rappelant au passage que les municipalités ont le pouvoir de l’imposer.

« Si on rend le masque obligatoire, qui va les fournir aux populations qui n’ont pas les moyens de se le permettre ? Qui va contrôler le port du masque ? Quel genre de punition est-ce qu’on va donner ? a-t-il énuméré. Pour rendre ça obligatoire dans l’ensemble des municipalités du Québec, il faut qu’on soit prêt. »

Le Dr Arruda a par ailleurs rappelé que le port du masque est « très fortement » recommandé, et a invité les Québécois à se couvrir le visage même si aucun règlement n’est actuellement en vigueur.

Le directeur québécois de la santé publique se trouvait en Outaouais dans le cadre d’une tournée estivale pour rencontrer les intervenants du secteur de la santé. Entouré de la présidente-directrice générale du CISSSO, Josée Filion, et de la directrice régionale de santé publique de l’Outaouais, Brigitte Pinard, M. Arruda a fait le point sur la situation régionale en ce qui a trait à la pandémie.

Le Dr Horacio Arruda

Alors que dans l’ensemble du Québec, la moyenne est de 662 infections pour 100 000 habitants, la région a enregistré un taux de contamination de 156 pour 100 000 individus. « Il faut dire qu’en Outaouais, vous avez été relativement épargnés par ça », a-t-il observé. Les barrages entre Ottawa et Gatineau, l’adoption massive du télétravail, le modèle d’organisation du CISSSO et le délai par rapport Montréal font partie des facteurs qui ont pesé dans la balance, croit-il. « J’ai vu que depuis le 13 mars, des équipes (du CISSSO) se sont restructurées pour répondre à la situation. (…) Les équipes sont en place, la structure de gestion des milieux de travail est en place, pour les écoles, pour les résidences, pour les personnes âgées et pour les équipes de santé publique ; tout est là » si une deuxième vague survient.

Maintes fois, le Dr Arruda a rappelé de se laver les mains, de porter le masque, de respecter la distanciation physique et d’éviter les rassemblements. « Je radote, je radote, je radote… », a-t-il blagué en martelant que l’évolution du virus dépend des actions individuelles. « Je n’ai pas le goût de refermer le Québec. »

Relâchement en Outaouais

En Outaouais, des 618 cas enregistrés depuis le début de la pandémie, 86 % se sont situés dans la région urbaine de Gatineau. La propagation du coronavirus a ralenti en mai avant d’entamer une diminution en juin. « Malheureusement, depuis le début du mois de juillet, le nombre de cas confirmés a recommencé à augmenter dans notre région », se désole la Dre Pinard.

Plus de 50 % de ces nouveaux cas sont acquis dans la communauté, note-t-elle. Le nombre de contacts étroits entre individus a augmenté en juillet, et certains cas « ont de la difficulté à identifier l’ensemble de leurs contacts pendant la période de contagiosité. »

Actuellement, le CISSSO révise sa stratégie de dépistage pour rendre les tests plus facilement accessibles. Les mesures envisagées comprennent la mise sur pied de cliniques mobiles et l’augmentation du personnel pour faire passer les tests. Le CISSSO veut aussi rejoindre des milieux plus à risque de transmission communautaire, comme les piscines, les plages, les commerces de grande surface et les centres sportifs. « On vous tiendra au courant dans les prochaines semaines. »

Dans les sept derniers jours, en moyenne, 168 tests de dépistage ont eu lieu par jour en Outaouais.