Les questions de la pénurie de masques et de l’utilité d’en porter un dans la communauté en cas de pandémie d’influenza ont fait l’objet d’un avis de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) en 2007.
Les questions de la pénurie de masques et de l’utilité d’en porter un dans la communauté en cas de pandémie d’influenza ont fait l’objet d’un avis de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) en 2007.

Pénurie et port du masque: des mises en garde de la santé publique dès... 2007

Les questions de la pénurie de masques et de l’utilité d’en porter un dans la communauté en cas de pandémie d’influenza ont fait l’objet d’un avis de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) en 2007. Déjà, l’organisme mettait en garde les autorités contre le risque de pénurie et recommandait que le port du masque en communauté soit considéré comme une mesure de protection volontaire «à promouvoir dès le début d’une pandémie».

Dans un avis scientifique portant sur «le port du masque dans la communauté en situation de pandémie d’influenza» publié en septembre 2007, l’INSPQ soulignait que l’épidémie de grippe aviaire A/H5N1 avait renforcé le «caractère d’urgence» à se préparer en vue d’une pandémie d’influenza. 

«Nul ne peut prédire quand elle se produira, quel sous-type viral en sera responsable et combien de personnes seront touchées. Cependant, l’exemple des pandémies passées et plus particulièrement celui de la grippe espagnole servent de base à l’élaboration de scénarios dans lesquels une proportion importante de la population serait malade avec un taux de mortalité surpassant de façon significative ceux retrouvés au cours de l’épidémie annuelle de grippe», écrivait l’organisme dans son introduction.

L’avis de l’INSPQ s’intéressait aux différents types de masques pour bloquer les gouttelettes et les aérosols (de procédure, chirurgicaux, respiratoires de type N95, en papier, en tissu, etc.) de même qu’à leur durée de vie, à leurs coûts et à leur utilisation selon les milieux. Il soulignait que leur utilisation dans la population, en dehors du contexte clinique, n’est pas nouvelle. 

«En 1918, bien que sans évidence scientifique, le masque (qui était composé de tissu) a été imposé à toute personne se retrouvant dans les lieux publics de San Francisco, sous peine d’amende, voire même d’emprisonnement. De nos jours, en Amérique du Nord, on rencontre rarement des utilisateurs de masque dans la population […]. Pourtant, cette mesure est adoptée depuis longtemps dans certains pays comme le Japon», rappelait l’INSPQ.

À la question «faut-il recommander le port du masque dans la population», l’INSPQ présentait des arguments en faveur. 

«S’il est vrai que l’exposition à des personnes malades est plus importante en milieu de soins, les contacts étroits susceptibles de se produire dans les transports en commun, par exemple, en période de pandémie avec des individus symptomatiques ou non pourraient être une raison d’utiliser minimalement ce moyen de protection personnelle. Bien utilisé, le masque devrait pouvoir réduire ou du moins ralentir la transmission du virus. Ceci pourrait permettre à une partie de la population d’échapper à une première vague et de gagner du temps en vue de recevoir le vaccin contre la souche pandémique», écrivait l’Institut.

Réduire les perturbations sociales et l’impact sur le système de santé

Cette mesure aurait en outre pour effet de «réduire l’impact de la pandémie sur le système de santé tout en diminuant les perturbations sociales si cette pandémie était associée à une morbidité et à une mortalité importante». 

«En fonction de l’avis de certains experts, on estime que le port du masque dans la communauté pourrait contribuer à réduire la transmission», résumait l’INSPQ.

Les recommandations de l’INSPQ étaient en 2007 beaucoup plus claires et affirmées que ne l’ont été jusqu’ici celles du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, qui n’a assoupli que tout dernièrement sa position quant au port du masque (non médical) dans la communauté. 

Dès 2007, l’INSPQ estimait que «le port du masque en communauté devrait être considéré comme une mesure de protection volontaire à promouvoir dès le début d’une pandémie, tout en reconnaissant qu’il n’offre pas une protection absolue». 

Mais il y a plus. Dès 2007, l’INSPQ soulignait qu’il y avait eu des difficultés d’approvisionnement de masques à Toronto pendant la crise du SRAS de 2003, «rendant les autres régions du Canada vulnérables». 

Il rappelait également que les masques employés au Québec étaient «tous fabriqués aux États-Unis, ce qui pourrait compromettre l’approvisionnement aux fournisseurs québécois en période de pandémie».

S’approvisionner au Québec

L’INSPQ indiquait aussi que des distributeurs québécois travaillaient à un plan en cas de pandémie d’influenza et qu’ils sollicitaient son expertise (à l’INSPQ) «afin de les aider à évaluer les besoins de la population québécoise en période de pandémie pour chacun des types de masques». 

«Certains distributeurs sont en mesure de monter un inventaire représentant l’équivalent d’une année à deux années complètes de leur vente», précisait l’Institut.

Dès 2007, l’organisme a demandé aux autorités qu’elles «étudient les modalités permettant de s’assurer que la population aura accès à des masques en vente libre pendant la pandémie».

«Ceci pourrait se faire par le biais de discussions avec les manufacturiers et distributeurs de masques afin de leur préciser les besoins de la santé publique et de connaître leur capacité de satisfaire la demande du milieu des soins de santé et du grand public en période de pandémie», proposait l’INSPQ.

L’organisme recommandait même que des démarches soient faites «auprès du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation afin qu’il offre des programmes d’aide financière permettant à l’industrie d’investir au Québec dans la production de masques en vue d’assurer un approvisionnement adéquat durant la pandémie». 

Masques en tissu

En cas d’accessibilité insuffisante ou compromise aux masques médicaux en période de pandémie, l’INSPQ recommandait évidemment de prioriser les milieux de soins, mais il proposait aussi d’envisager l’utilisation de masques en papier ou en tissu pour les personnes symptomatiques et «d’informer la population sur les moyens de fabriquer des masques en tissu». 

En 2007, donc, l’INSPQ estimait que le port du masque en communauté en période de pandémie était indiqué non seulement chez les personnes en contact étroit avec des personnes malades, mais aussi chez celles en contact étroit avec des individus potentiellement contagieux «du fait de leur travail auprès du public» ou dans des situations de contact étroit «comme celles rencontrées dans les transports en commun». 

Bien entendu, disait l’Institut, deux conditions doivent être respectées afin d’assurer l’effet protecteur du masque par des personnes non infectées, à savoir le respect strict des modes d’utilisation des différents types de masques et l’utilisation simultanée des autres mesures visant à diminuer la transmission du virus. 

L’organisme faisait ici allusion au lavage fréquent des mains, au respect de l’étiquette respiratoire, à la désinfection des surfaces et des objets ainsi qu’à la limitation des déplacements des malades. La «distanciation sociale» et le respect des fameux deux mètres de distance entre les individus préconisés aujourd’hui ne faisaient pas partie des mesures de précaution mises de l’avant à l’époque. 

Position de l’INSPQ aujourd’hui

On l’a dit, le DArruda s’est plusieurs fois montré réticent à recommander le port du masque (non médical) dans la communauté afin de réduire le risque de transmission de la COVID-19. Il a modifié son discours après que différentes autorités au Canada et ailleurs dans le monde eurent fait de cette mesure un outil supplémentaire dans la lutte au coronavirus. 

La pénurie de masques actuelle a amené des industries et des couturières à se lancer dans la fabrication de masques en tissu. Sur internet et les réseaux sociaux, des méthodes de fabrication artisanale de masques ont commencé à circuler.

Le 7 avril, l’INSPQ a publié un avis sur le port d’un «couvre-visage» dans la population en général. On y lit en gros que «même s’il n’y a pas de données probantes qui prouvent que le port d’un couvre-visage (masque non médical, par exemple un masque en tissu artisanal) dans la communauté protège efficacement la personne qui le porte, il pourrait être porté dans les lieux publics où il est difficile d’éviter des contacts étroits avec les autres en espérant que ceci diminue le risque de transmission du virus par les personnes asymptomatiques ou peu symptomatiques (les personnes symptomatiques ne devant pas sortir)». 

«En aucun cas, le port d’un couvre-visage devrait se substituer aux mesures de distanciation physique présentement en vigueur », insiste l’INSPQ.

Ni l’INSPQ ni le ministère de la Santé n’ont jusqu’ici fait quelque suggestion ou recommandation sur la méthode, le matériau ou le tissu qui devraient être privilégiés dans la fabrication de couvre-visages par la population. 

Dans son avis du 7 avril, l’INSPQ n’aborde que les mesures de précaution à prendre par les personnes qui décident de porter un couvre-visage (l’ajuster pour qu’il soit bien collé à son visage, éviter de toucher au masque une fois en place, éviter de toucher ou de se frotter les yeux, changer de masque dès qu’il est humide ou souillé, etc.)