Le premier ministre Francois Legault a exhorté les jeunes à ne pas «faire des partys», lors de son point de presse sur l’état de la situation au Québec, mardi.

«Pas le temps de faire des partys»

QU.BEC — «Si vous [...] transmettez le virus à quelqu’un, puis qu’éventuellement ce quelqu’un là meurt, vous allez avoir ça sur votre conscience toute votre vie.»

Mardi, le premier ministre François Legault a insisté: l’épidémie du coronavirus, «c’est vraiment sérieux».

Avec 74 cas répertoriés de personnes infectées par la COVID-19 au Québec, chiffre de mardi après-midi, on parlait d’une hausse de 24 cas en 24 heures. Le tiers.

Le premier ministre avait un message précis à envoyer aux jeunes, qui auraient tendance à ne pas respecter les consignes d’isolement. Cela malgré la fermeture des écoles, cégeps et universités partout au Québec pour un minimum de deux semaines.

«On a vécu des expériences, en Corée du Sud puis en Italie, où les jeunes ont été des agents importants de propagation du virus. Bon, j’ai été jeune moi-même. Je sais qu’il y a une période, à un moment donné, quand on est jeune, qu’on écoute moins les plus vieux. Mais là, c’est critique. C’est vraiment sérieux.

«Je veux lancer un message à tous les leaders jeunes, que ce soit les artistes, les sportifs. Vous allez probablement être meilleurs que moi pour lancer cet appel-là. Ça peut être, entre autres, par les médias sociaux. S’il vous plaît, dites aux jeunes, au Québec, de respecter les consignes. Ce n’est pas le temps de faire des partys, ce n’est pas le temps de se rassembler. Il faut garder nos distances», a déclaré M. Legault, incluant youtubeurs et influenceurs parmi les personnalités visées. Appel entendu par plusieurs vedettes.

La campagne de sensibilisation «Propage l’info, pas le virus» est d’ailleurs en marche auprès des jeunes.

Dans la région, bien que les maisons des jeunes sont fermées jusqu’à nouvel ordre, cela ne veut pas dire que le contact entre jeunes et intervenants est coupé. Mathieu Lafontaine, coordonnateur de la maison des jeunes de Shawinigan-Sud, assure que les intervenantes de son organisme passent déjà le message. S’il reconnaît que certains jeunes ne réalisent peut-être pas encore l’ampleur de la crise, il estime que cela ne saurait tarder.

«Il faut leur faire confiance, aux jeunes. Des fois, ils sont casse-cou, mais ils ont une tête sur les épaules pareil», assure-t-il.

Pas de Gestapo

Le premier ministre Legault tenait sa conférence de presse quotidienne, avec la ministre de la Santé, Danielle McCann, et du directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda.

Le Dr Arruda indique que les chiffres actuels de la Santé publique ne démontrent pas un taux de propagation plus élevé que prévu chez les jeunes Québécois.

Par contre, les jeunes sont souvent peu affectés par la maladie ou même asymptomatiques, mais deviennent de fantastiques vecteurs pour infecter les personnes plus fragiles.

«Les jeunes, ce qu’ils vont peut-être faire, c’est attraper la maladie [avec] peu de symptômes. Puis, le transmettre [le virus] à leur grand-mère, le transmettre à leur mère, le transmettre à un autre copain, qui lui va le transmettre à sa grand-mère, qui est en chimio[thérapie]. Mais ce n’est pas les enfants qui sont touchés. C’est les personnes âgées, c’est les gens qui ont des maladies», explique-t-il.

Quand «j’étais jeune, ma mère me disait : “Sors dehors, vas t’amuser!” C’est assez rare [de dire] aux gens de rester à l’intérieur, devant les écrans. Mais là, disons que ça peut être à la mode. Transitoirement, on peut le faire», affirme M. Arruda.

Pas question toutefois de mettre sur pied une police de la toux.

«On n’est pas rendus à la délation, puis la Gestapo», assure le Dr Arruda. La Santé publique possède le pouvoir de placer une personne en isolement forcé, au besoin.

Portrait déformé

Le portrait dressé mardi après-midi de 74 cas confirmés au Québec, 3513 personnes sous investigation et 3723 tests négatifs constitue un portrait déformé de la réalité actuelle, convient le Dr Arruda.

«Il y a toujours des gens asymptomatiques et ils peuvent transmettre. À un moment donné, il va y avoir tellement de circulation dans la population que toute personne qui va se présenter avec une grippe ou un rhume, quand on va être sorti de la saison de la grippe, va être considérée comme un cas», prédit-il.

Aucun nouveau cas n’a été confirmé en Mauricie et au Centre-du-Québec. Jusqu’à présent, seulement trois cas de COVID-19 ont été confirmés, tous trois à Trois-Rivières.

En frais de chiffres, la ministre de la Santé a annoncé ouvrir neuf nouvelles cliniques de lutte à la COVID-19, pour un total de 31. Pour le moment, le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec ne prévoit pas en ouvrir de nouvelles dans la région.

«On est loin d’atteindre notre capacité de dépistage. Ça se déroule bien pour le moment», assure Guillaume Cliche, agent d’information du CIUSSS.

Ce dernier indique que lundi, 224 tests ont été effectués en tout dans la région, alors que chacune des quatre cliniques a la capacité d’en faire de 200 à 300 par jour. «Tant que la capacité ne sera pas atteinte, ce n’est pas envisagé d’en ouvrir d’autres», précise-t-il.

Les résidents de la Haute-Mauricie peuvent quand à eux se rendre à l’urgence de l’hôpital de La Tuque pour passer un test de dépistage, ce qui se faisait déjà avant l’ouverture des cliniques spéciales.

M. Cliche se réjouit par ailleurs du nombre de personnes qui se sont portées volontaires pour soutenir le réseau de la santé après l’appel à l’aide lancé par le premier ministre. Le gouvernement a reçu 10 000 CV de gens expérimentés en santé et prêts à aider. Du lot, 1800 ont déjà été attitrés à des tâches.

Le porte-parole du CIUSSS ignorait cependant mardi soir le nombre de ces personnes sur lesquelles la région pourrait compter.

Le réseau québécois de la santé dispose de 18 000 lits, dont 1000 de soins intensifs.

En cessant les chirurgies électives, 6000 lits deviendront disponibles, tandis que 3000 peuvent être ajoutés par le biais d’hôtels ou de centres modulaires de soins.

Le gouvernement a aussi doublé la liste des emplois jugés essentiels, ceux où les travailleurs ont accès pour leurs enfants aux services de garde d’urgence.

Éboueurs, intervenants dans les centres de prévention du suicide et personnel de Héma-Québec ont entre autres été ajoutés aux médecins, infirmières, pompiers, ambulanciers, policiers et autres.

Enfin, l’Assemblée nationale du Québec a suspendu ses travaux pour cinq semaines, jusqu’au 21 avril. Mais pas avant d’adopter cinq projets de loi en vitesse, principalement pour rendre les crédits budgétaires disponibles et accroître les pouvoirs des pharmaciens et des infirmières.