«On est plus capable!»

« Cr... -nous la paix avec l’argent. On ne veut pas entendre parler d’argent. On n’en a rien à faire de l’argent. C’est du monde que ça prend. On est plus capable! »

Ce cri du cœur d’une déléguée syndicale de la FIQ faisant partie des équipes déployées au CHSLD de la Colline a secoué la trentaine de ses collègues qui assistaient à la visioconférence quotidienne de l’organisation syndicale pour faire le point sur la situation créée par la COVID-19. À commencer par la présidente de la FIQ régionale, Julie Bouchard, qui admet avoir aussi été ébranlée par l’appel à l’aide des deux collègues du CHSLD de la Colline.

Les infirmières discutaient alors de la décision du gouvernement d’accorder un salaire de 210 $ de l’heure aux médecins spécialistes pour se joindre aux équipes pour les soins auprès des patients.

« Elles demandaient de l’aide. Et au moment de la visioconférence, elles n’avaient pas encore été informées que cette aide arrivait. La décision de fermer le département D2 de l’hôpital de Chicoutimi est la plus belle nouvelle que nous avons eue depuis le début de la pandémie », plaide Julie Bouchard.

Elle rejette d’entrée de jeu les accusations voulant que les syndicats utilisent tous les leviers pour éviter que leurs membres aient l’obligation d’aller travailler dans des milieux infectés par le coronavirus, comme le CHSLD de la Colline.

« Le syndicat n’a pas le droit de gérance. La décision de fermer le département D2 appartient à l’employeur. Il a utilisé le même pouvoir pour fermer le département d’oncologie de Dolbeau pour le déplacer à Roberval. Il aurait pu fermer le département D2 de l’hôpital de Chicoutimi le lendemain du début de l’éclosion, mais ce n’était pas si simple », explique-t-elle.

La FIQ a toujours reconnu que certains de ses membres avaient peur de travailler auprès des patients atteints de la COVID-19. Mais jeudi après-midi, le syndicat n’avait pas encore reçu une seule communication du personnel du département D2 concernant un refus de travail à de La Colline. Ce qui signifie que tout le personnel infirmier sera déplacé au CHSLD pour permettre de stabiliser les équipes dans cet établissement et surtout accorder un peu de repos à celles qui tiennent le fort depuis maintenant deux semaines.

« Si vous demandez où je vais travailler dans les prochains jours, voici la réponse !!! Go au front... Go la gang du D2 médecine !! », a publié l’infirmière Sabrina Noël sur sa page Facebook.

Julie Bouchard était évidemment fière de constater la solidarité de ses membres et constate que personne ne va au CHSLD de La Colline à reculons. La FIQ a aussi eu de bons mots pour les gestionnaires en poste au CHSLD de La Colline, dont la responsable de la résidence qui n’hésite pas à mettre la main à la pâte pour soutenir les équipes de soins aux patients. Elle est aussi appuyée par deux gestionnaires d’expérience, selon le constat de la FIQ.

Le problème n’est pas à de La Colline, mais bien, selon Julie Bouchard, dans la structure régionale qui doit s’ajuster à partir de 13h chaque jour quand le premier ministre François Legault annonce de nouvelles orientations. Il y a aussi de plus en plus de cas, répertoriés par le syndicat, d’employés qui lèvent la main, mais qui sont bloqués par des gestionnaires dans certains services.

« On a maintenant des cas assez précis. Il y a une infirmière d’expérience qui était prête à aller travailler chez les religieuses pour leur donner un coup de main à temps plein pendant le temps qu’il faudra. Sa gestionnaire lui a répondu qu’elle pourrait le faire en dehors de son horaire régulier en temps supplémentaire. On demande de ne pas faire circuler le personnel d’un endroit COVID positif à un endroit sain. Une assistante-infirmière-chef du CHSLD d’Alma a offert de travailler à de la Colline, mais on a préféré ne pas déshabiller un CHSLD pour en habiller un autre et c’était justifié », raconte la présidente pour démontrer qu’il y a du volontariat.