Les nouvelles mesures entourant le déconfinement se succèdent à un rythme soutenu depuis quelques semaines et peuvent engendrer de la confusion dans la population.
Les nouvelles mesures entourant le déconfinement se succèdent à un rythme soutenu depuis quelques semaines et peuvent engendrer de la confusion dans la population.

Mesures de déconfinement: attention à la confusion

Distanciation physique de 1 mètre, de 1,5 mètre, de 2 mètres, selon les circonstances. Bulles de quatre à six enfants sans distanciation. Rassemblements intérieurs de 50 personnes permis, mais seulement dans les lieux publics, pas dans les maisons, les chalets et les cours extérieures, où c’est toujours 10 personnes, trois adresses maximum. Les nouvelles mesures entourant le déconfinement se succèdent à un rythme soutenu depuis quelques semaines et peuvent, du moins en apparence, manquer de cohérence et engendrer de la confusion dans la population, prévient une spécialiste de la communication politique.

«C’est sur que ça amène un effet de questionnement : qu’est-ce qu’il faut faire maintenant, qu’est-ce qu’il ne faut pas faire, comment ça se fait qu’un jour il fallait faire telle chose et que le lendemain, c’est autre chose. […] Une semaine, les acupuncteurs et acupunctrices, par exemple, doivent changer de sarrau entre chaque client, mais la semaine d’ensuite, ce n’est plus le cas, pourquoi?» illustre en entrevue Mireille Lalancette, spécialiste de la communication politique à l’Université du Québec à Trois-Rivières et chercheure au Groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval. 

Le risque, quand on multiplie ou modifie les mesures à un rythme aussi soutenu, c’est de semer la confusion et de «perdre» la population, selon Mme Lalancette. 

«Les gens peuvent en perdre des bouts. Ce n’est pas tout le monde qui regarde les points de presse ou qui suit l’actualité aussi religieusement qu’avant […]. Il y a aussi la question de la cohérence des mesures qui peut créer de la confusion. En communication de crise, c’est : constance, cohérence, message clair, simple. Et là, tout à coup, le message devient compliqué, et les gens se posent des questions», observe-t-elle.

Les autorités auraient peut-être dû «aérer un peu» entre les annonces, «parce que là, ça va très rapidement», croit Mireille Lalancette.

«On passe à des rassemblements de 10 à 50 personnes, mais seulement dans les endroits publics, pas chez les particuliers. Ça peut causer de la confusion. Les gens peuvent se dire : je peux faire un party de 50 personnes chez moi, j’ai une grande cour. Il y a un beau défi de communication, un beau défi de compréhension et un beau défi par rapport à l’impatience de la population. Il faut savoir gérer l’impatience de la population tout en déconfinant», résume la spécialiste de la communication politique, qui souligne que «la mesure du 50 personnes, c’est pour déconfiner l’économie, pas la vie privée des gens». 

«Ce n’est pas un point de vue de santé publique, c’est un point de vue économique. Et l’un et l’autre ne se conjuguent pas nécessairement parfaitement», note-t-elle.

Mme Lalancette rappelle que «les gens n’ont pas respiré pendant trois mois, n’ont pas vu leur famille, leurs amis, et tout ça se mélange avec le retour du beau temps». Réussir à leur faire adopter de nouveaux comportements, «c’est long, et il faut qu’ils comprennent pourquoi».

«Le déconfinement se passe à vitesse grand V, ça donne un peu l’impression que tout ce cauchemar est terminé. Il y a moins de décès aussi, on a moins l’impression que le virus est présent […]. Le caractère invisible du virus, la question des gouttelettes, ce n’est pas clair pour tout le monde», observe encore la spécialiste, qui a remarqué un certain relâchement quant au respect des consignes lors de sa visite à Québec, il y a un peu plus d’une semaine.

Masques

«Je suis passée au Grand Marché, et j’ai été étonnée de voir comment les gens ne respectaient pas la distanciation physique et que très peu de gens portaient le masque», dit Mme Lalancette, qui croit que la santé publique aurait dû avoir dès le départ une position claire sur le port du masque dans les espaces publics restreints.

«Ça n’a pas été le cas, les autorités ont longtemps tergiversé […]. Il aurait fallu dès le début dire : vous devrez porter des masques, il y a plein de gens qui en fabriquent, vous pouvez même vous en faire une maison, c’est important d’en porter un quand vous êtes dans un espace public restreint», estime-t-elle.

Selon Mireille Lalancette, on ne peut pas toujours attendre «la science parfaite» avant de recommander une mesure. Elle cite le cas de pays asiatiques où le port du masque est largement répandu et qui «s’en sont bien sortis». 

Oui, les autorités essaient de montrer l’exemple en portant le masque lors des points de presse, «mais elles auraient peut-être dû le faire dès le début», croit Mme Lalancette.