L’industrie alimentaire urge Ottawa à reconnaître son secteur comme critique

Avec l’annonce d’une aide d’urgence de 2000$ par mois pour les Canadiens qui veulent rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants ou d’un proche, l’industrie alimentaire urge Ottawa de reconnaître leur secteur comme étant une infrastructure critique. Une reconnaissance fédérale qui permettrait de sécuriser la chaîne d’approvisionnement pour éviter toute rupture de services ou de produits. Mais la nouvelle aide financière du gouvernement fédéral pourrait inciter bien des employés à rester à la maison avec leurs enfants, craignent certaines organisations.

« C’est une bonne nouvelle pour les Canadiens. Mais comme nous n’avons pas eu la reconnaissance du fédéral, à l’effet qu’on est un secteur essentiel, ma crainte est que cette aide incite les gens avec des enfants à demeurer chez eux », alerte le président et chef de la direction de l’Association des transformateurs laitiers du Canada, Mathieu Frigon.

Aux États-Unis, la chaîne d’approvisionnement alimentaire a été identifiée comme infrastructure critique il y a près de deux semaines déjà. Au Canada, l’industrie le réclame depuis aussi longtemps. Au Québec, le secteur a été reconnu comme névralgique et essentiel. Mais le sceau fédéral est nécessaire pour guider l’ensemble des intervenants politiques et éviter que les gens de l’industrie puissent quitter leur emploi pour s’occuper de leurs enfants, par exemple.

« Les craintes qu’on entrevoyait sont peut-être en train de se matérialiser. C’est-à-dire, que certaines politiques sont promulguées sans tenir compte de la réalité particulière des infrastructures essentielles comme l’alimentation », ajoute M. Frigon.

« On n’a pas de contrôle sur les employés qui voudront quitter pour s’occuper de leurs enfants et on ne les empêchera pas non plus. Mais une reconnaissance d’Ottawa permettrait d’avoir des lignes directrices claires et pourrait, par exemple, encourager Québec à ouvrir les garderies pour les travailleurs de notre secteur, comme on le demande depuis longtemps », plaide Stéphane Lacasse, directeur des affaires publiques et gouvernementales à l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA). Ce dernier estime que la motivation et la bonne humeur sont au rendez-vous chez les employés des épiceries, malgré la crise sanitaire.

« Ils sont de plus en plus reconnus. Ils sont importants pour le quotidien des gens. Donc je serai tout de même étonné qu’il y ait une vague de gens qui quittent leur travail pour rester à la maison », nuance-t-il.

Des stratagèmes observés

Mais quelques heures après l’annonce de l’aide d’urgence de 2000$ par mois, des stratagèmes pour faire plus d’argent étaient déjà en branle. Selon des informations transmises au Quotidien, un service de traiteur de la région aurait mis des gens à la porte et payerait maintenant « au noir » quelques employés proches qui eux, s’inscriront ensuite au programme d’aide. Des employés d’épicerie ont aussi admis, sous le couvert de l’anonymat, qu’il serait plus avantageux pour eux de rester à la maison pendant la crise.

Par exemple, un commis qui gagne normalement 14 $ l’heure reçoit une paie de 490 $ brut pour une semaine de 35 heures. Si ce dernier décide de quitter son emploi pour aider un proche ou pour s’occuper de ses enfants, il peut recevoir 500$ par semaine, soit 10$ de plus que sa paie habituelle. Rappelons que le salaire minimum est de 12,50 $ l’heure et passera à 13,10 $ en mai prochain.