Une quinzaine de leaders économiques, sociaux, syndicaux et environnementaux se sont mobilisés et ont transmis, cette semaine, une série de propositions de sortie de crise au gouvernement du Québec. L’investissement dans le logement social s’y retrouve.
Une quinzaine de leaders économiques, sociaux, syndicaux et environnementaux se sont mobilisés et ont transmis, cette semaine, une série de propositions de sortie de crise au gouvernement du Québec. L’investissement dans le logement social s’y retrouve.

L’habitation pour sortir de la crise

Avant que la crise sanitaire engendrée par la COVID-19 frappe le monde de plein fouet, c’est de la crise climatique dont il était question. La crise de santé publique que nous traversons prendra fin, un jour, mais plusieurs appréhendent maintenant celle qui en découlera ; la crise sociale. Il faut s’y préparer, disent les experts et une des meilleures stratégies à mettre en place pour attaquer toutes ces crises de front passe par l’habitation.

Plusieurs l’ont dit récemment : ce qui part en vrille lors d’une crise est le symptôme de ce qui a été négligé lorsque les choses étaient plus douces. Les CHSLD en font la preuve par mille depuis quelques semaines. Comme c’est toujours le cas en temps de crise, ce sont les personnes les plus vulnérables qui paient le prix le plus élevé. Les sans-abri, les femmes victimes de violence conjugale, les enfants pris au piège dans des ménages toxique, voire dangereux, ou encore les personnes handicapées qui nécessitent des soins à domicile. Il y a aussi tous ces gens contraints de vivre d’une paye à l’autre qui, du jour au lendemain, ont perdu leur emploi et qui se demandent comment ils arriveront à payer le prix parfois exorbitant de leur loyer du mois prochain.

« L’habitation est un droit fondamental, rappelle le directeur général de l’organisme Vivre en ville, Christian Savard. On a été bon, au Québec, pour se donner un filet social à travers des mesures fiscales, mais en logement, on a une faiblesse. Un effort collectif doit être mis de l’avant en matière d’habitation pour les clientèles plus vulnérables qui se retrouvent trop souvent dans de grands ensembles de logements locatifs, pas toujours avec les meilleurs propriétaires et pas toujours dans les meilleures conditions. »

M. Savard explique que l’approche nord-américaine a été de laisser au secteur privé le soin de construire les villes. Cela a mené, dit-il, à de l’« urbanisme de promoteurs » dont la planification n’a pas toujours été faite dans l’intérêt collectif. « Il faut une plus grande implication des gouvernements, des villes, pour combler ce que le privé n’arrive pas toujours à bien faire, c’est-à-dire offrir des milieux de vie de qualité aux clientèles plus vulnérables », dit-il.

Une quinzaine de leaders économiques, sociaux, syndicaux et environnementaux se sont mobilisés et ont transmis, cette semaine, une série de propositions de sortie de crise au gouvernement du Québec. L’investissement dans le logement social s’y retrouve. « C’est une des solutions de sortie de crise, insiste M. Savard. Et là, la demande ne vient pas juste des groupes de défenses des locataires, mais de plusieurs acteurs moins traditionnels. »

Le « mur-à-mur » dans le domaine de l’habitation est à proscrire, soutient le directeur général de Vivre en ville. « C’est comme un écosystème naturel, dit-il. Il doit être diversifié pour être résilient aux changements. Il faut aller vers des modèles où les gens ont une meilleure connaissance de leur voisin, des modèles qui favorisent l’entraide et la mixité. La densité sous la forme de cage à poules, c’est terminé. Il faut aller vers le modèle coopératif et vers les logements sociaux qui offrent un certain niveau d’encadrement. Il faut des logements adaptés. Il faut des logements dans lesquels les gens pourront vieillir tout en continuant de pouvoir répondre à leurs besoins. »


« L’habitation est un droit fondamental »
Christian Savard

À Gatineau, en Outaouais, la coopérative de solidarité les Habitations Jocelyne-Légaré dispose de 12 unités de logement adaptées et destinées aux personnes ayant un handicap physique. Le directeur général de la Fédération intercoopérative en habitation de l’Outaouais (FIHAB), Raphaël Déry, explique que cette coopérative entretient des liens avec des organismes de la communauté pour assurer les services nécessaires aux résidents. « On voit aussi apparaître au Québec des résidences de personnes âgées sous forme coopérative dans lesquelles les gens s’organisent pour se doter de services infirmiers ou de pharmacie », dit-il.

L’organisme Vivre en ville croit qu’investir massivement dans le logement est une bonne stratégie de sortie de crise. D’abord, elle permettra de répondre aux besoins qui seront de plus en plus criants. La crise du logement qui prévalait avant l’arrivée du coronavirus n’a pas disparu. La construction est aussi une façon, note M. Savard, de relancer l’économie. En intégrant cette stratégie à une vision durable, les nouveaux logements intégreront plus de verdissement et seront construits près des axes de transport en commun et des services de manière à réduire les déplacements. Comme ça, ajoute-t-il, on agit aussi sur la crise climatique qui nous occupait avant celle de la COVID-19.

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Raphaël Déry, directeur général de la Fédération intercoopérative en habitation de l’Outaouais

L'HABITATION, UNE MAILLE IMPORTANTE DU FILET SOCIAL

La formule coopérative en habitation est apparue au Québec au début des années 1980, dans un contexte socio-économique difficile, alors que le taux de chômage dépassait par moment 15 %. 

« Le gouvernement fédéral a considéré, à l’époque, qu’un vaste chantier d’habitations coopératives serait une bonne réponse pour améliorer le filet social, rappelle Raphaël Déry, directeur général de la Fédération intercoopérative en habitation de l’Outaouais (FIHAB). Avec ce qui s’en vient, il y aura beaucoup de chômage, il va falloir prendre soin de notre monde et investir dans l’infrastructure pour relancer l’économie. Je considère que le modèle coopératif en habitation serait une excellente façon de contribuer à renforcer le filet social. »

Dans une perspective strictement économique, le coût des loyers en coopérative est plus bas que le loyer médian. « On le voit dans nos coopératives actuellement, le choc est moins difficile à absorber pour ceux qui perdent leur emploi », note M. Déry. 

La vie en coopérative dépasse largement le prix des loyers, insiste toutefois le directeur général de la FIHAB. La vie communautaire est organisée en coopérative. 

« Tu as une organisation, un conseil d’administration qui chapeaute l’habitation, explique M. Déry. Dans le privé, les gens n’ont pas nécessairement cette vie associative là qui permet de prendre en charge, par exemple, les consignes ministérielles et de santé publique, le bon voisinage ou l’aide aux personnes contraintes au confinement. Les coopératives empêchent les gens de tomber dans les failles de l’isolement. Pour un gouvernement qui voudra investir dans le filet social, l’habitation coopérative sera un outil important. »

La coordonnatrice du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, Louise Riendeau, milite, pour sa part, pour un investissement massif dans le logement social, abordable et sécuritaire. « Il manque de places dans les maisons d’hébergement, notamment dans les régions de Montréal, Laval, Lanaudière et de l’Outaouais, dit-elle. Mais l’autre problème que ça fait ressortir, c’est le manque de logements abordables. On se rend compte que des femmes qui seraient prêtes à prendre un logement sont prises pour demeurer en maison d’hébergement et occuper une place parce qu’il n’y a rien d’abordable sur le marché. Dans le privé, les logements sont souvent trop chers, et quand ce n’est pas ça, les femmes sont victimes de discrimination parce qu’elles ont des enfants, qu’elles sont immigrantes ou autochtones ou qu’elles sont sur l’aide sociale.»