Le président de la Fédération canadienne des municipalités, Bill Karsten, en compagnie du premier ministre du Canada, Justin Trudeau. 
Le président de la Fédération canadienne des municipalités, Bill Karsten, en compagnie du premier ministre du Canada, Justin Trudeau. 

Les villes canadiennes demandent une aide financière d'urgence

OTTAWA — L'organisme qui représente les villes canadiennes a déclaré que des collectivités partout au pays sont confrontées à une crise financière sans précédent attribuable à la COVID-19 qui pourrait mettre en péril la sécurité de la population.

Le président de la Fédération canadienne des municipalités, Bill Karsten, a déclaré vendredi devant le comité permanent des finances de la Chambre des communes que la chute importante des revenus des villes mettait en péril leurs services essentiels, allant des services de police à la collecte des ordures.

Environ 25 000 personnes ont été mises à pied dans le monde municipal à cause de la pandémie, et environ 7000 postes temporaires doivent être comblés, a précisé M. Karsten.

Puisque les mesures fiscales se font rares, et qu'ils n'ont pas l'autorité nécessaire pour engendrer des déficits, les dirigeants municipaux sont confrontés à des défis auxquels ils n'ont jamais été préparés, a-t-il ajouté.

La fédération a demandé un plan d'aide d'urgence d'au moins 10 milliards $ pour venir en aide aux administrations municipales du pays.

«Ne vous méprenez pas, les dirigeants municipaux font tout pour aider les Canadiens à traverser cette crise», a assuré M. Karsten.

La vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, a dit plus tôt cette semaine que le gouvernement fédéral était conscient de l'urgence d'aider les municipalités du pays, en précisant que l'argent pourrait bientôt être disponible.

Mike Hurley, le maire de Burnaby, en C.-B., a réitéré sa demande d'aide du gouvernement fédéral pour assurer ses services d'incendie et de police, les systèmes d'égouts, l'approvisionnement en eau et la collecte des ordures.

«Nous sommes sur le terrain au quotidien afin de répondre directement aux besoins de nos citoyens et de nos communautés», a-t-il dit aux députés qui siègent sur le comité.

Il a énuméré une liste de programmes fédéraux qui viennent en aide aux entreprises pendant la crise sanitaire, et souligné qu'ils ne pouvaient s'appliquer aux administrations municipales.

«Les personnes les plus vulnérables, surtout les sans-abris et les personnes âgées, souffrent au sein de nos communautés», a dit M. Hurley.

Cathy Heron, la mairesse de St. Albert, en Alberta, a confié que l'aide fédérale rassurerait tout le monde et permettrait aux municipalités d'assurer les services essentiels à sa population.

«L'aide financière, que ce soit pour assurer des services ou permettre aux villes de disposer de liquidités, devra venir rapidement et être facilement accessible, a-t-elle martelé. Nous pesons nos mots.»

Les dirigeants municipaux seront sur la ligne de front afin de concevoir la communauté de demain, dans un monde post-COVID, mais ils devront avoir les outils nécessaires pour y parvenir, a-t-elle ajouté. La Ville a déjà mis sur pied un groupe de travail pour élaborer sa relance pour le reste de l'année et 2021.

«En fin de compte, la réussite de notre éventuelle émergence dépendra de notre capacité à accéder aux revenus disponibles aujourd'hui», a-t-elle conclu.

+

LEGAULT PRÊT À «CONTOURNER» LES ACCORDS INTERNATIONAUX POUR FAVORISER L'ACHAT LOCAL

Le gouvernement caquiste est prêt à «contourner» les accords de commerce internationaux pour favoriser l'achat local.

Le premier ministre François Legault a ainsi dénoncé vendredi les pratiques commerciales de certains pays comme la Chine.

Depuis le début de la crise du coronavirus, M. Legault est revenu souvent sur la nécessité d'accroître l'autosuffisance alimentaire du Québec et sa production de matériel médical, ce qui pourrait aussi donner une impulsion à l'économie des régions.

Vendredi, son discours a pris un tour plus protectionniste, au cours de sa conférence de presse quotidienne pour faire le point sur la COVID-19.

La question lui a été demandée : comment favoriser l'achat local en respectant les accord internationaux et le libre-échange?

«Il y a toutes sortes de manières de contourner ces lois internationales», a dit M. Legault.

Il a évoqué une nécessaire réciprocité dans l'accès aux marchés étrangers. Il estime notamment que la balance commerciale du Québec avec la Chine est inéquitable, avec un déficit de 8 milliards $.

François Legault a exprimé qu'il examinait la possibilité de fournir une aide financière aux entreprises qui peinent à subsister.

«C'est très difficile de percer certains marchés comme la Chine. Donc, il ne faut pas être naïf. Si le marché, l'autre côté, n'est pas accessible par nos entreprises, je ne vois pas pourquoi on se priverait de le rendre plus difficilement accessible aussi à ces pays-là.»

Petits commerces

Par ailleurs, le gouvernement Legault a entendu le cri de détresse des petites municipalités.

Les commerces qui assurent leur vitalité se meurent et Québec n'exclut pas de leur fournir une aide financière directe.

Dans une lettre obtenue par La Presse canadienne, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) demande au premier ministre François Legault d'accorder un financement d'urgence aux petits supermarchés, stations-services, dépanneurs ou pizzerias qui assurent la subsistance de bien des villages.

Le président de la FQM, Jacques Demers, soutient que les prêts actuels ne suffisent pas pour sauver ces entreprises et réclame plutôt des subventions directes de 5000 $ ou 15 000 $.

«On n'exclut pas ça», a répondu le premier ministre François Legault.

Il a dit être conscient que beaucoup de petits commerces en région «en arrachent».

Il a rappelé qu'il existe déjà des programmes dans les MRC ainsi que des Fonds locaux d'investissement (FLI), cependant, il est ouvert à augmenter la mise.

«On regarde pour de l'aide», a commenté M. Legault. Toutefois, il a rappelé une priorité: un déconfinement imminent dans les régions, qui ont été moins touchées par la pandémie que la zone métropolitaine.

«Ce qui est important, c'est de les rouvrir rapidement, les petits commerces.» Patrice Bergeron, La Presse canadienne