Lors des visites qui ont tout de même lieu, les courtiers doivent respecter des mesures d’hygiène supplémentaires imposées par leur bannière.
Lors des visites qui ont tout de même lieu, les courtiers doivent respecter des mesures d’hygiène supplémentaires imposées par leur bannière.

Les ventes de maisons au ralenti

Confinement oblige, les endroits publics sont à éviter par les temps qui courent. Or, les courtiers immobiliers, qui connaissent normalement leur période de l’année la plus occupée ces temps-ci, subissent eux aussi les contrecoups du ralentissement économique provoqué par le coronavirus.

La Voix de l’Est a sondé plusieurs courtiers immobiliers oeuvrant sous différentes bannières. Tous ont remarqué une diminution de leurs affaires au cours des derniers jours, conséquence directe des mesures de distanciation sociale décrétées par le gouvernement pour endiguer la propagation de la COVID-19.

«Oui, on a définitivement une baisse de rendez-vous», confirme une représentante de DuProprio qui n’a pas souhaité être identifiée. 

Même son de cloche du côté de Bernard Rousselle, courtier chez Groupe Sutton. « Pour l’instant, les annulations sont encore une minorité de dossiers, mais on y va au jour le jour, indique-t-il. Il y a de l’inquiétude autant de la part des acheteurs que des vendeurs, et cela devrait éventuellement affecter notre travail. »

Déjà, il est recommandé de ne pas tenir de visites libres, qui ont généralement lieu les fins de semaine, mais on laisse à la discrétion des vendeurs et des courtiers le choix d’en tenir une s’ils le jugent nécessaire. Les visites virtuelles, offertes pour certaines propriétés, sont encouragées.

Mais certains vendeurs refusent d’accueillir des acheteurs potentiels pour une visite privée dans leur maison, craignant que ceux-ci ne soient infectés sans le savoir. Idem de l’autre côté de la transaction, alors que certains acheteurs préfèrent ne pas se rendre chez des étrangers par mesure préventive.

« Cela complique notre travail, reconnaît Manon Généreux, courtière pour Proprio Direct. Dans mon entourage de courtier, c’est tombé très tranquille. »

De son côté, l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) n’a pas remarqué de tendances significatives à rapporter d’après la base de données provinciale Centris des courtiers immobiliers, a-t-elle fait savoir à La Voix de l’Est

« Comme cette situation change d’heure en heure, nous suivons de près son évolution et les impacts sur l’industrie », a répondu Taissa Hrycay, responsable des communications à l’association.

Visites sous haute surveillance

Lors des visites qui ont tout de même lieu, les courtiers doivent respecter des mesures d’hygiène supplémentaires imposées par leur bannière. Du côté de Proprio Direct, par exemple, les mains doivent être lavées ou désinfectées tout juste avant et après la visite, qui devra se dérouler avec les mains dans les poches. 

Interdiction, donc, d’ouvrir les armoires et les garde-robes ou de toucher quelque surface que ce soit, à moins de porter des gants protecteurs. Évidemment, la fameuse poignée de main qui scelle une entente est déconseillée.

Les courtiers immobiliers devront obligatoirement demander à tous leurs clients, visiteurs et collègues si eux ou un de leurs proches ont voyagé au cours des trois dernières semaines ou s’ils ont été en contact avec un voyageur. Quiconque présente des symptômes de la COVID-19 ne pourra pas visiter une maison à vendre ou recevoir d’acheteurs potentiels.

Les vendeurs sont également invités à désinfecter et nettoyer leur maison dès le départ d’acheteurs potentiels.

Certains clients poursuivent le processus, mais avec beaucoup de précautions. « Un acheteur était rendu à l’étape de faire l’inspection [de la maison] et le vendeur a demandé à ce qu’on se présente avec des combinaisons et masques, autant l’acheteur, l’inspecteur que le courtier. On n’a pas eu le choix de le faire, rendu à cette étape de la transaction », raconte Mme Généreux.

Incertitude

Plusieurs clients dont la maison est à vendre sont anxieux de ne pas trouver preneur, particulièrement ceux qui ont déjà fait une offre d’achat sur une autre propriété, indiquent les courtiers.

« Nous avions deux visites pour la nôtre avant-hier, dont une qui voulait nous faire une offre d’achat. Le jour même, tout a été annulé. Mon agent nous a simplement dit qu’il voulait suspendre les visites pour un bout et éviter la propagation et qu’il ne veut pas prendre de chance pour personne », raconte Fanny Dupré Tardif, de Shefford, dont la résidence est à vendre depuis deux semaines.

L’inquiétude de ne pas trouver d’acheteur est réelle. « Je m’attends à ce que ça prenne plus d’un an pour la vendre, dit celle qui avait jeté son dévolu sur une autre propriété. Ce qui m’inquiète, c’est le temps qui passe. Nous ne savons pas quand les visites vont reprendre. »

Karine, une Granbyenne dont la propriété a été mise tout récemment sur le marché, est aussi dans l’attente. « Avec la pandémie, je ne sais pas à quel moment je serai en mesure de la vendre. On a eu deux visites, mais pas d’offre. Et depuis dimanche, aucun appel… Certaines personnes doivent effectivement avoir peur d’entrer chez des étrangers », raconte-t-elle.

La propriétaire est prête à accueillir des visiteurs. « Je vais seulement être plus vigilante. C’est sûr que je vais ensuite désinfecter toutes les surfaces qui ont pu être touchées histoire d’être rassurée », allègue-t-elle.

« La seule bonne nouvelle, c’est que les taux hypothécaires sont bas, relativise Karine. C’est le bon moment pour un acheteur de faire le move maintenant ! »

L’APCIQ estime de son côté que la crise « n’aura pas de conséquences catastrophiques sur les valeurs des propriétés ». Le directeur de l’analyse du marché de l’association, Charles Brant, prévoit une baisse importante du nombre de transactions immobilières, mais que les prix ne devraient pas chuter drastiquement. 

« Le marché immobilier rebondira vraisemblablement à la sortie de la crise et l’APCIQ soutient que même en période d’urgence sanitaire, l’immobilier demeure une valeur sûre, indique-t-il. La croissance démographique favorable, le niveau d’emploi suffisamment élevé pour encaisser un choc économique momentané et la faiblesse des taux d’intérêt militent, entre autres, en faveur de l’immobilier. »

L’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec n’avait pas donné suite à nos questions en fin de journée, vendredi.