Les e-sports comme planche de salut

Que faire alors que presque tous les événements sportifs ont été annulés en raison de la pandémie de la COVID-19?

Plusieurs adeptes de compétition pourraient être tentés de se tourner vers les sports électroniques, ou e-sports, dont la nature même fait qu’ils sont pratiqués en ligne, dans le confort du foyer.

«Est-ce que deux semaines d’isolement seront suffisantes à faire gagner des adeptes aux e-sports? Une chose est certaine, il y a plus de gens qui vont se tourner vers les jeux vidéo! Est-ce que ça en incitera plusieurs à joindre une ligue de e-sports ou à tenter une carrière dans les sports électroniques? Ça, l’avenir nous le dira! Mais si l’isolement dure plus longtemps, je crois que oui», affirme Louis-David Lalancette-Renaud, président de la Fédération québécoise de sports électroniques (FQSE).

Il cite du même souffle le cas de son grand-père, déçu de ne plus pouvoir suivre les matchs de hockey à la télé.

«Je lui ai dit que je lui montrerais comment jouer à des jeux vidéo en ligne avec la plateforme Twitch!»

M. Lalancette-Renaud précise cependant d’entrée de jeu que certains aspects de la culture e-sports sont malgré tout touchés par les mesures d’isolement actuelles. Les ligues collégiales et secondaires sont en pause puisque les personnes responsables sont liées aux écoles, qui sont fermées. Des organisations ont aussi annulé des tournois ou matchs événementiels où les membres se rencontraient physiquement au même endroit.

Événements et formations

Cependant, comme la majeure partie des e-sports se déroule en ligne, leurs activités pourront se poursuivre peu importe les mesures d’isolement mises en place pour contrer la COVID-19. «Plusieurs organisations préparent d’ailleurs des événements non officiels en ligne pour conserver l’intérêt. De notre côté, on offre des activités sur comment gérer ses matchs, ses habitudes de jeu, on essaie d’offrir de la formation aux gamers», poursuit le président de la FQSE.

C’est qu’au Québec, comme ailleurs dans le monde, les e-sports sont en croissance, représentant des retombées de 1 milliard $ à travers la planète l’an dernier.

«Le dernier tournoi international du jeu en ligne League of Legends a fait mieux que la LNH ou la NBA. La majorité des événements sportifs électroniques obtiennent d’ailleurs plus de vues que les finales de la Coupe Stanley ou la Série mondiale au baseball. En fait, il n’y a que le Super Bowl que les e-sports n’arrivent pas à surpasser», reprend M. Lalancette-Renaud.

Encadrement et santé

Par les services qu’elle offre, la FQSE souhaite contribuer à ce que la pratique des e-sports soit beaucoup plus encadrée pour ceux qui veulent y exceller, et peut-être même participer à des événements et remporter des bourses. 

«Il ne s’agit pas seulement de passer des heures devant un écran! Il faut de bonnes habitudes de vie, avoir accès à un formateur et à des entraînements encadrés, il faut aussi de la théorie. Il est également important de bien manger et bien dormir et d’avoir une bonne forme physique pour avoir de bons réflexes», explique-t-il.

M. Lalancette-Renaud pratique le sport électronique depuis la fin des années 90 et a constaté de près l’évolution de cette discipline. «À l’époque, rien n’existait pour nous encadrer et plusieurs ont développé le syndrome du tunnel carpien ou des maux de dos. Heureusement, aujourd’hui, il y a beaucoup de bonnes pratiques qui sont connues et qui ne servent pas seulement à ceux qui veulent faire carrière dans les e-sports, mais à tous ceux dont l’emploi se pratique devant un écran.»

Le président de la FQSE discute d’ailleurs souvent avec des jeunes qui sont déçus de leur performance même s’ils jouent beaucoup.

«Il faut leur faire comprendre que la forme physique demeure extrêmement importante car quand tu joues à un jeu vidéo, tu fonctionnes sur tes réflexes.»

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E-SPORTS: LES SPORTS TRADITIONNELS INTÉRESSÉS

Les e-sports prennent de plus en plus de place, à un point tel que les équipes de sports plus traditionnels commencent aussi à s’y intéresser et même à y assurer une présence.

«L’équipe de soccer l’Olympique de Marseille a son équipe e-sports depuis un bout de temps. Ici, au Québec, l’Impact de Montréal a des joueurs de sport électronique qui jouent au jeu FIFA sous ses couleurs. Leur intérêt est de garder les gens accrochés à leur marque même durant la saison morte, maintenir le contact avec leurs fans», explique Louis-David Lalancette-Renaud, président de la Fédération québécoise de sport électronique (FQSE).

«Même les Canadiens de Montréal s’y intéressent. L’équipe organise des événements où des matchs du jeu vidéo NHL sont disputés», poursuit-il.

Des vedettes

Pour couronner le tout, les meilleurs joueurs de e-sports sont maintenant devenus des vedettes. On n’a qu’à penser au Danois Johan Sundstein, alias N0tail, six fois champion international du jeu Dota 2, ou de son coéquipier français Sébastien Debs, alias Ceb.

Les deux cumulent chacun des gains de près de 7 millions $ et s’alignent avec la prestigieuse équipe OG, commanditée par une compagnie qui a toujours été à l’avant-garde des sports dits alternatifs, le fabricant autrichien de boissons énergisantes Red Bull. Ceb a même annoncé sa retraite il y a deux mois pour devenir entraîneur et formateur à temps plein pour l’équipe OG!

Plus près de chez nous, il y a bien sûr Guillaume Patry, un natif de Québec connu sous les pseudonymes de Giyom ou Grrrr... Il est l’un des pionniers des e-sports depuis qu’il a gagné le championnat mondial de Starcraft en 1999. Sa carrière l’a mené en Corée du Sud, où il s’est établi au début des années 2000.

Il y a aussi Williams Aubin, alias Zayt, cet ancien défenseur des Marquis du Collège du Mont-Sainte-Anne dans la Ligue de hockey préparatoire scolaire qui a remporté 800 000 $ à la Coupe du monde de Fortnite en 2019 à l’âge de 19 ans.

Controverses

Mais attention, comme le monde du sport traditionnel, celui des e-sports a aussi ses intrigues et ses controverses. «Il ne faut pas oublier que les jeux vidéo sont les produits d’une compagnie. Certaines compagnies sont plus ouvertes, d’autres veulent tout contrôler», indique Louis-David Lalancette-Renaud.

Par exemple, Fortnite est produit par Epic Games et il est presque impossible d’organiser un tournoi de ce populaire jeu vidéo sans l’accord de la compagnie. Riot Games, qui produit League of Legends, veut aussi resserrer les règles des compétitions scolaires et collégiales.

«Riot voudrait que les tournois ne durent que deux semaines alors que nous, on fait ça sur une année avec une finale à la fin comme dans le sport traditionnel. Ils demandent aussi qu’il y ait un maximum de 15 équipes. Mais les différentes associations et ligues ne sont pas d’accord et je crois que Riot finira par reculer», commente M. Lalancette-Renaud.

E-Sport ou pas?

Pour couronner le tout, tous ne s’entendent pas sur ce qui constitue ou ne constitue pas un e-sports. Comme l’éternel débat à savoir si les quilles, le billard ou les fléchettes devraient être considérés comme des sports.

«Le principal débat concerne justement Fortnite. Plusieurs estiment que ce jeu vidéo ne devrait pas être considéré comme un e-sport, car il comprend une trop grande part de hasard. Par contre, on ne peut pas nier qu’il y a un aspect compétitif», reprend le président de la FQSE, qui évite de prendre position.

Même les aspects moins intéressants du sport traditionnel, comme la tricherie, peuvent être présents dans les e-sports. En juin, la présence des Canadiens Damion «XXiF» Cook et Ronald «Ronaldo» Mach à la Coupe du monde de Fortnite avait été grandement critiquée.

Les deux jeunes hommes venaient de «revenir au jeu» après une suspension de 14 jours seulement pour «collusion» avec d’autres joueurs durant la phase de qualification pour la Coupe du monde. 

Quant au Britannique Jarvis Kaye, alias FaZe et âgé de 17 ans, il a été suspendu à vie des compétitions de Fortnite pour avoir utilisé des «Aimbots», des robots logiciels qui assistent la visée dans un jeu vidéo et permettent souvent un tir parfait. Ian Bussières