La vice-première ministre du Québec Geneviève Guilbault et la ministre de la Santé Danielle McCann en conférence de presse à Québec, mercredi
La vice-première ministre du Québec Geneviève Guilbault et la ministre de la Santé Danielle McCann en conférence de presse à Québec, mercredi

Les 60 à 69 ans doivent retourner travailler; le cap des 2500 morts franchi [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Dans l’ombre des 2500 morts de la COVID-19 atteints mercredi, le Québec amorce son déconfinement. Avec écoles et garderies qui s’apprêtent à rouvrir, le gouvernement énonce qu’«en bas de 70 ans, les gens peuvent retourner travailler sans risque important pour la santé».

Ce sont les paroles de la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, qui menait mercredi le point de presse quotidien en trio.

Plusieurs enseignantes et éducatrices sont âgées de 60 ans et plus. Contrairement à ce qui avait été évoqué dans le passé, elles doivent rentrer au boulot. À moins d’avoir une condition médicale particulière.

Pas question pour le gouvernement Legault de rejouer dans le film de la pénurie de personnel vécue avec des conséquences autrement plus tragiques dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

«On sait que plusieurs enseignants, aussi plusieurs éducateurs sont inquiets pour leur santé et ça se comprend. C’est normal d’être stressé, d’être inquiet, d’avoir des questionnements par rapport à sa santé avec tout ce qu’on vit depuis quelques semaines», a affirmé Mme Guilbault.

«La santé publique a établi le facteur de risque à 70 ans, et non à 60 ans. La possibilité de développer des complications est plus importante à partir de 70 ans. Donc, en bas de 70 ans, les gens peuvent retourner travailler sans risque important pour la santé. À condition, bien sûr, de respecter les consignes de la Santé publique, notamment les consignes de distanciation, d’hygiène», a indiqué la vice-première ministre, rappelant aux employeurs leur devoir de fournir tous les outils nécessaires en ce sens.

Le premier ministre avait lui-même réalisé un glissement dans son discours, il y a deux semaines. Après avoir maintes fois insisté sur le fait que 90 % des Québécois décédés de la COVID-19 sont âgés de 70 ans et plus, François Legault a ensuite élargi sa proportion aux 60 ans et plus, qui constituent 97 % des morts.


« On sait que plusieurs enseignants, aussi plusieurs éducateurs sont inquiets pour leur santé et ça se comprend. C’est normal d’être stressé, d’être inquiet, d’avoir des questionnements par rapport à sa santé avec tout ce qu’on vit depuis quelques semaines »
La vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault

Les individus âgés de 60 à 69 ans représentent 9,7 % des cas au Québec et 6,5 % des décès, contre 32,9 % des cas pour les 70 ans et plus et 91,1 % des décès.

Directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda précise que l’exposition d’une personne dans la soixantaine à un enfant en milieu de garde ou scolaire diffère de celle entre une grand-mère et son petit-fils, par exemple, rencontre toujours interdite. Proximité et de protection font foi de tout.

112 nouveaux décès

Le bilan de mercredi fait état de 2510 Québécois ayant succombé au nouveau coronavirus. Cent douze de plus que la veille. La moyenne journalière avoisinant la centaine (95) ne s’essouffle pas depuis le pic annoncé du 18 avril, il y a deux semaines et demie.

La moyenne de nouveaux cas confirmés ne diminue pas non plus, étant de 934 par jour depuis le 18 avril et de 910 pour les 24 dernières heures.

Durant ces 18 jours, le nombre de patients hospitalisés et traités aux soins intensifs est resté bas, avec maintenant 1840 malades de la COVID-19 dans nos hôpitaux et 213 d’entre eux aux soins intensifs. Il n’y a que 20 patients de plus aux soins intensifs traités pour la COVID-19 que le 18 avril.

«C’est très clair que le profil extérieur de la région métropolitaine est très, très bas. Que ce soit un scénario pessimiste ou optimiste, si on maintient le moindrement une certaine distanciation, ça va excessivement bien aller. L’enjeu est dans la région métropolitaine», a résumé le Dr Arruda, parlant de nouveau de courbes d’épidémie différentes pour les CHSLD, Montréal et le reste de la province.

Autant de bonnes raisons pour les citoyens hors de la grande région de Montréal d’avoir envie de se relâcher. Erreur! avertit la vice-première ministre Guibault.

«De grâce, évitez de succomber à la tentation! Dites-vous bien que cette privation-là, qui est temporaire, va nous donner accès à davantage de liberté plus tard. C’est un investissement de se priver, en ce moment, qui va être payant plus tard», martèle celle qui est aussi ministre de la Sécurité publique.

À ce titre, elle indique qu’«un peu plus de 5000 contraventions ont été données dans l’ensemble du Québec, par l’ensemble des corps policiers et pour l’ensemble des raisons» d’interdiction de confinement.

Pas encore de «petit baseball»

En sa qualité de ministre responsable de la Capitale-Nationale, région dont l’économie repose en bonne partie sur le tourisme et la culture, Mme Guilbault affronte un important dilemme. La tentation de rouvrir un territoire peu touché par la COVID-19 jusqu’ici ou la crainte d’importer le virus de coins plus chauds comme Montréal.

«Je ne vous cacherai pas qu’il y a plusieurs intervenants qui se manifestent. On peut penser à des pourvoiries, les terrains de camping, tous les endroits de chasse et pêche, les parcs, la SEPAQ et les endroits où les gens font du plein air, les camps de jours, les camps de vacances, le petit baseball, les sports de groupe pour les enfants», énumère-t-elle, spécifiant que les activités individuelles seront privilégiées, comme le golf.

Mais «ce ne sont pas des décisions que des politiciens peuvent prendre, poursuit Mme Guilbault. C’est vraiment des décisions qui doivent partir d’une autorisation de la Santé publique, quoiqu’on dise et quoi qu’on fasse. [...] On est très conscients de l’impatience et de la hâte des secteurs respectifs à recevoir des annonces. On le fera en temps et lieu parce que la santé, c’est toujours le facteur numéro un».

Santé mentale

La ministre de la Santé et des Services sociaux a par ailleurs annoncé l’injection de 31 millions $ dans les services en santé mentale, afin d’engager 300 ressources du secteur privé en psychologie.

«Depuis le début de la pandémie chez nous, 15 % des gens ont rapporté vivre de la détresse. C’est sept fois plus qu’avant la crise sanitaire. On a beaucoup d’aînés qui vivent de l’isolement, beaucoup de travailleurs essentiels qui vivent de l’anxiété et beaucoup de familles dont la vie a été chamboulée. Malheureusement, la situation risque d’empirer et de se prolonger durant les prochaines semaines et même les prochains mois», a expliqué Danielle McCann.

La ministre Guilbault a aussi annoncé que des détenus ayant un reste de peine à purger de moins de 30 jours pourront obtenir une permission de sortie hâtive à des fins médicales. La prison de Bordeaux, à Montréal, compte 34 détenus et 22 employés infectés par la COVID-19.