L’école, la meilleure place pour les élèves en difficultés

Malgré la distanciation, malgré les contraintes, la meilleure place pour un élève en difficultés d’apprentissage, c’est à l’école, estime la présidente de l’Association des orthopédagogues du Québec Isabelle Gadbois.

Il n’y a pas de risque zéro et, bien sûr, les conditions ne seront optimales pour personne, convient celle qui travaille comme orthopédagogue en Estrie, dans les écoles et en pratique privée. «Mais c’est là que sont les enseignants, les ressources spécialisées, insiste-t-elle. On ne pourra pas tout prévoir et il y aura plein de cas particuliers, mais j’ai confiance en nos gens! Ne choisit pas d’aller en enseignement ou en orthopédagogie quelqu’un qui ne veut pas tout faire pour la réussite de l’autre.»

Durant le confinement, bon nombre d’orthopédagogues ont pu maintenir un contact minimal avec leurs élèves. Mais les impacts de ce «décrochage» forcé se feront nécessairement sentir. Même les élèves sans difficulté se ressentent à chaque rentrée scolaire de ce que les spécialistes appellent la «glissade estivale». 


« Pour un élève qui a déjà un certain retard, la glissade après un arrêt de deux mois est amplifiée »
Isabelle Gadbois, présidente de l’Association des orthopédagogues du Québec

Malgré tout, ce n’est pas le temps de se mettre en mode rattrapage, prévient Mme Gadbois. «Il ne faut pas perdre du temps, mais il faut prendre notre temps et se concentrer sur les notions critiques», estime-t-elle.

L’orthopédagogue donne l’image du plongeur, qui ferme les yeux sur le tremplin et qui visualise son plongeon avant de sauter. 

«L’enseignant va se demander comment faire pour que l’enfant puisse bien s’élancer l’an prochain, explique Mme Gadbois. Par exemple, si je sais que l’enfant va faire des multiplications de fractions l’an prochain et que ses fractions ne sont pas consolidées, qu’il ne sait pas comment mettre sur le même dénominateur, je vais m’attarder à ce contenu-là.»

La période actuelle demandera plus de coordination entre les enseignants de niveau différent et aussi entre ceux de sixième année et de première secondaire, ajoute la présidente de l’association des orthopédagogues. L’anglais intensif, en vigueur dans plusieurs écoles, produira des cohortes à géométrie variable, car les élèves n’auront pas tous vu le même contenu. 

Les professeurs du collégial devront aussi s’ajuster pour accueillir des finissants à l’année plus ou moins écourtée.

Et surtout, tout le monde devra rassurer, écouter. «Pour apprendre, il faut atterrir après tout ça, rappelle Mme Gadbois. Pour certains, le confinement aura été plus facile, pour d’autres élèves, ça aura été une catastrophe.»

Des services pour les étudiants du secondaire?

Les étudiants du secondaire ne retourneront pas sur les bancs d’école, soit. Mais ne pourrait-on pas, en respectant la distanciation sociale, offrir plus de services d’orthopédagogie et autre aux étudiants en difficulté d’apprentissage? C’est le point que l’association des orthopédagogues du Québec veut continuer à marteler lors des rencontres avec le ministère de l’Éducation. «Il ne faut pas oublier que certains étudiants du secondaire ou de la formation professionnelle vont en orthopédagogie par obligation, fait remarquer Mme Gadbois. C’est souvent le dernier pas pour aller chercher leur diplôme ou ils décrochent.»