<em>Le Droit</em> est allé observer la situation de la prostitution de rue plus tôt cette semaine sur le chemin de Montréal à Ottawa.
<em>Le Droit</em> est allé observer la situation de la prostitution de rue plus tôt cette semaine sur le chemin de Montréal à Ottawa.

Le plus vieux métier du monde affecté par la COVID-19

La pandémie de COVID-19 et les consignes de distanciation physique n’ont pas freiné la prostitution de rue, mais elles en ont ralenti les activités, note une organisation communautaire de Gatineau.

Le Droit est allé observer la situation plus tôt cette semaine sur le chemin de Montréal à Ottawa. Une travailleuse du sexe a été observée pendant près d’une heure sans réussir à attirer un client.

Le Service de police d’Ottawa (SPO) a indiqué mardi n’avoir effectué aucune opération anti-prostitution dans le secteur au cours des trois dernières semaines, mais qu’elle avait inculpé le 27 mars un proxénète de 29 ans pour traite de personne, voies de fait et menace de mort, notamment.

La directrice adjointe de BRAS Outaouais, Annie Castonguay, a indiqué que l’organisme communautaire fait beaucoup de prévention auprès des femmes pour s’assurer qu’elles demandent aux clients qu’ils se lavent les mains et le visage, et qu’ils prennent une douche lorsque cela est possible.

« Mais ce n’est pas toujours le cas. Quand on parle du travail du sexe de rue, c’est rare que ça se fait dans une chambre de motel. Ça se fait souvent dans un coin de parc, dans une voiture », a expliqué Mme Castonguay, qui ajoute que de décliner les échanges buccaux est aussi recommandé pour éviter la transmission du coronavirus.

« On recommande aussi aux femmes de prendre une douche avec de l’eau chaude et du savon après la relation. Est-ce que tout ça est fait à 100 % ? On s’entend qu’on est loin de la distance sociale de deux mètres recommandée par le gouvernement quand on parle du travail du sexe, et qu’il y a des femmes pour lequel ce n’est pas vraiment un choix aujourd’hui de pouvoir arrêter leur travail », a partagé Mme Castonguay. En raison du télétravail et aux mesures d’isolement physique, la demande est moindre dans un secteur comme le Vieux-Hull alors que les immeubles à bureaux du centre-ville de Gatineau sont pratiquement déserts. Et, des travailleuses de rue auraient stoppé leurs activités présentement. La crainte de contracter la maladie et la crise économique associée à la COVID-19 rendent la situation déjà précaire des travailleuses du sexe encore plus périlleuse.

BRAS Outaouais note d’ailleurs que les travailleuses du sexe commencent à demander un dépannage alimentaire auprès de l’organisme, alors qu’elles réclament des condoms en temps normal. Mme Castonguay précise que les revenus du travail du sexe ne sont pas déclarés à l’impôt. Les prostituées ne peuvent donc demander l’aide financière des gouvernements, comme le chômage et celles associées aux mesures d’urgence liées au nouveau coronavirus.

Drogue

BRAS Outaouais note aussi une hausse de la consommation de drogues depuis le début des mesures de distanciation sociale.

« On n’a jamais donné autant de matériel que présentement. Des seringues, des pipes à crack, de la naloxone. On a passé plus de 50 trousses de naloxone en une semaine. C’est du jamais vu. Habituellement, nous sommes capables de faire deux semaines avec cette quantité. Les gens consomment davantage. Ça aussi ça nous inquiète », a indiqué Mme Castonguay, notant que des personnes vont se geler davantage ces temps-ci en raison du stress causé par le virus et le confinement.

« Avant on disait aux consommateurs de ne pas échanger leur pipe à crack avec quelqu’un pour éviter la contamination au niveau de l’hépatite C, là on leur dit de ne pas échanger leur pipe à crack pour éviter la contamination du COVID-19 », a indiqué Mme Castonguay, qui a précisé que BRAS Outaouais n’a jamais été aussi occupé qu’actuellement.