Nathalie Perron et Pascal Bastarache
Nathalie Perron et Pascal Bastarache

Le matériel en «nombre très limité»

TROIS-RIVIÈRES — Alors qu’une pandémie est à nos portes, le matériel de protection médical est disponible en «nombre très limité», selon le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ). Ce dernier se fait toutefois rassurant en précisant que les secteurs prioritaires sont approvisionnés en quantité suffisante et que cette situation difficile devrait être résolue sous peu.

«Tant les gants, les masques, les blouses que les protections oculaires sont en nombre très limité actuellement, donc on en a fait une utilisation très judicieuse. On équipe évidemment par secteurs prioritaires, par exemple, l’urgence, les soins intensifs, le bloc opératoire auxquels on s’assure de donner des équipements de protection individuels», explique Gilles Hudon, président-directeur général adjoint du CIUSSS MCQ.

Les secteurs prioritaires sont approvisionnés en quantité suffisante, assure-t-il.

«Les secteurs prioritaires ont les équipements de protection individuels qu’ils ont besoin. Les secteurs moins prioritaires, évidemment, on les approvisionne en mesure des quantités dont on dispose, mais c’est actuellement difficile.»

L’inventaire devrait se rétablir à partir du 29 mars. «Ce matin [dimanche], on a eu un entretien avec le ministère qui nous confirme qu’à partir du 29 mars, on devrait être approvisionné de façon très importante et être en mesure de répondre à l’ensemble de nos besoins au sein de notre réseau, tant pour notre établissement que pour nos partenaires externes, notamment nos cliniques privées, nos groupes de médecine familiale, nos transporteurs ambulanciers, nos pharmacies communautaires, nos organismes communautaires et j’en passe.»

Cette situation n’est pas passée inaperçue auprès du personnel. «Il y a tout l’aspect du matériel de protection individuel dont entre autres les masques. Les gens ont l’impression de devoir se mettre en danger s’ils n’ont pas tout l’équipement nécessaire. On est très limité sur cet aspect-là présentement. C’est sûr qu’ils attendent des livraisons, mais pour le moment, c’est inquiétant», déplore Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ).

«Si on avait des cas [de COVID-19] dans tous nos CH [centres hospitaliers], je pense qu’on serait très à risque. Ce serait difficile par rapport à toute la gestion du matériel», ajoute-t-elle.

Par ailleurs, alors que le réseau de la santé se prépare au pire, c’est un peu le calme avant la tempête pour le personnel médical. Des ressources se sont ajoutées et des services non essentiels ont été annulés.

«Présentement, au niveau des membres, c’est beaucoup plus stable qu’avant la crise, alors effectivement, pour le moment, c’est un peu le calme avant la tempête», note Mme Perron. Même son de cloche du côté du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CSN). «Pour l’instant, ça va quand même bien sur le plancher. Avec la fermeture des établissements scolaires, beaucoup d’étudiants sont venus nous prêter main-forte», souligne Pascal Bastarache, président.

Mais cette crise est inédite. Difficile de faire des prédictions sur la suite des choses.

«On est dans un contexte qui ne s’est jamais produit au Québec. Je vois un vaste vent de solidarité en Mauricie-Centre-du-Québec. C’est quand même bien et je suis confiant. J’espère que la solidarité va demeurer de mise», souligne M. Bastarache.

D’ailleurs, alors que le dévouement du personnel de la santé est encensé de toutes parts, il perçoit comme une véritable gifle l’arrêté ministériel, annoncé samedi par le ministère de la Santé, qui modifie certaines de leurs conditions de travail.

«Les gens sont très inquiets par rapport à tous les droits qui sont dévolus par la ministre aux employeurs. Déjà, les travailleuses sont inquiètes par rapport au fait d’être au front et aux risques autant pour elles que pour leur famille. C’est sûr que ça vient ajouter un poids de plus sur leurs épaules», critique Mme Perron. «On est surpris de l’annonce de cette mesure, surtout avec la collaboration de l’ensemble du personnel soignant. J’espère vraiment que l’ensemble des mesures ne seront pas appliquées, parce que je ne pense pas que ça va aider dans le contexte actuel, de donner encore plus d’inquiétudes à nos membres qui ne l’ont déjà pas facile», ajoute M. Bastarache.

Rappelons que l’arrêté ministériel concerne notamment les congés, incluant les vacances, les mouvements de personnel, les aménagements du temps de travail et l’embauche de personnel additionnel.

Les syndicats soutiennent que c’est l’incompréhension au sein de leurs membres concernant cette nouvelle mesure.

«Les commentaires entendus c’est qu’on est des anges, mais qu’on n’est pas considéré. Les mesures annoncées choquent beaucoup de personnes», affirme Mme Perron. «Pour l’instant, la stupéfaction est de mise, et dans certains cas, la colère. On ne comprend pas pourquoi on vient enlever des acquis aux personnes qu’on nomme les anges gardiens. On va attendre avec impatience des nouvelles du CIUSSS pour voir comment il envisage le tout, et si concrètement, il va prendre des mesures», explique M. Bastarache.

Au CIUSSS MCQ, on assure que les syndicats seront consultés sur la suite des choses. «Le premier réflexe qu’on a ici en Mauricie-Centre-du-Québec, c’est d’en discuter avec nos partenaires syndicaux. C’est ce que notre directeur des ressources humaines [Louis Brunelle] s’affaire à organiser dès demain [lundi]», affirme M. Hudon.