Fébrile, Martin Gagné commencera sa formation de préposé lundi. 
Fébrile, Martin Gagné commencera sa formation de préposé lundi. 

Le designer d'intérieur qui deviendra préposé

Martin Gagné vient de souffler 44 bougies. Lundi, il laissera de côté le design d’intérieur pour devenir préposé. Il s'occupera des personnes en perte d'autonomie dans les CHSLD, une tâche bien différente de la vente de meubles.

Il fera partie de la première cohorte de préposés qui débarqueront dans les centres d’hébergement en septembre. 

«Je veux aider. Sans prétention, je veux participer au mouvement qui va changer les choses», dit-il, tout simplement.

Martin Gagné travaille dans les magasins, centres commerciaux ou commerces de proximité depuis plus de 20 ans. Il était aussi designer d’intérieur à son compte, et même propriétaire d’un bed and breakfast à Magog avant de s’installer à Québec.

À travers son expérience, le contact avec le public demeurait la partie la plus intéressante de son travail. «Surtout mes échanges avec les personnes plus âgées... On a une facilité à communiquer ensemble, j’ai toujours eu une approche facile avec eux, des petits gestes, des sourires complices. Il faut les respecter, on va tous vieillir.»

La détresse des CHSLD pendant la pandémie l’aura convaincu : il allait faire un changement de carrière. Il avait déjà fait un bout de chemin depuis un an, une démarche introspective qui le poussait à servir le citoyen différemment, pas seulement en lui vendant des meubles. 

«L’appel a été très fort. Je ne réalisais pas qu’on en était rendus là. C’est dramatique de voir ces personnes tomber malades, je trouve ça difficile. En plus, c’est un milieu que je connais bien, j'ai longtemps visité mes grands-parents en CHSLD», explique-t-il.

Chemin tout dessiné

Martin Gagné était confortablement assis devant la télé avec son conjoint, leur routine de conférence de presse, quand le premier ministre a annoncé qu’un programme spécial de formation avait été mis sur pied, afin de combler le manque de préposés dans la province. 

M. Legault n’avait pas fini d’expliquer les consignes que Martin était déjà au téléphone avec la réceptionniste du Centre de formation professionnelle Fierbourg de Québec pour s’inscrire. 

«Je veux donner le meilleur de moi d’une nouvelle façon, un peu moins superficiel, plus humain. Ce n’est pas éphémère, je veux consacrer le reste de ma carrière à ce métier.»

C’était l’occasion idéale. Il envisageait déjà un retour à l’école, l’idée lui trottait dans la tête. Mais à son âge, c’est un pensez-y-bien; la rémunération pendant les études, le prix de la formation, le temps à consacrer... M. Legault venait de lui enlever tous ces pépins. 

Une bourse d’études de 760 $ par semaine est offerte aux candidats. La formation donne aussi accès à un emploi à temps plein en CHSLD après l’obtention d’une attestation d’études professionnelles, avec un salaire annuel de 49 000 $.

La formation commence lundi au Fierbourg, Martin Gagné a acheté son uniforme et s’est procuré tous les livres. Il est fébrile de retourner sur les bancs d’école, mais motivé plus que jamais à entamer le «deuxième volet» de sa carrière.

Jusqu’au mois de septembre, quelque 630 heures de travail l’attendent, en théorie et en pratique. L’homme de 44 ans fait partie des 484 élèves qui seront prochainement formés au Fierbourg, l’endroit a reçu plus de 1700 demandes. L’établissement a créé 22 groupes, de jour et de soir, avec 22 élèves par classe. Tous leurs laboratoires seront consacrés à la formation de préposé, une capacité maximale.

«Je ne m’attendais pas à autant d’inscriptions! Mais ça ne m’a pas étonné... Il y a une énergie forte. Tout le processus s’est fait rapidement, mais très sérieusement. Les gens pensent que c’était facile d’être sélectionné... Il y a eu deux entrevues et plusieurs documents à fournir. Les gens qui vont être là ont été bien choisis, ils le font pour les bonnes raisons. Je me sens très privilégié», explique l’ancien designer d’intérieur.

La Capitale-Nationale a exprimé un besoin de 690 préposés dès l’automne, le Centre de formation professionnelle Fierbourg en formera donc plus de la moitié. 

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre...

Si Martin Gagné ne s’est pas tout de suite dirigé vers le domaine de la santé, il allait le faire un jour ou l’autre. 

«Ma mère a un parcours comme moi. Elle travaillait dans la vente, et elle a décidé de faire la formation pour devenir préposée. Puis au début de sa retraite, elle était proche aidante au chevet des personnes âgées qui allaient nous quitter bientôt.» 

Le métier ne lui est pas inconnu. Il possède d’ailleurs beaucoup de souvenirs, tous positifs. Sa mère travaillait dans le domaine privé à l’époque.

«Dans mes souvenirs, ma mère est très heureuse de son travail. C’était valorisant. Ça ne veut pas dire que j’ai des lunettes roses, je sais qu’il y a du boulot et que ça va être difficile. Je vais voir des choses assez dures, mais je suis convaincu de pouvoir mettre toute mon énergie dans mon métier.»

Il y aussi un autre aspect du travail sur lequel il ne ferme pas les yeux : la population a encore de gros préjugés sur la profession. La pandémie a cependant mis en lumière l'importance du travail que les préposés font tous les jours. 

«Les gens ont développé une autre approche par rapport à la profession depuis la pandémie, ça va changer, et il était temps. Les préposés deviennent des héros aux yeux de tout le monde. J’ai eu beaucoup de réactions positives dans mon entourage quand j’ai annoncé mon changement de carrière. Quand le PM réussit à convaincre des milliers de personnes de s’inscrire, ça parle. On a le cœur sur la main, on veut aider. J’ai hâte, je suis énervé!», confie-t-il en terminant.

Il ne sera pas le seul à changer de carrière lundi prochain, plusieurs autres ont choisi de se diriger vers le métier de préposé et d'entamer un nouveau parcours, avec l'objectif premier d'aider «ceux qui ont bâti le Québec».