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À Paris, le couvre-feu a été instauré de 20h à 6h. Les sorties et déplacements sont interdits pendant cette période, sous peine d’une amende.
À Paris, le couvre-feu a été instauré de 20h à 6h. Les sorties et déplacements sont interdits pendant cette période, sous peine d’une amende.

Le couvre-feu en France n’est pas une «prison», témoigne un Québécois

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
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Depuis près de trois mois, Nicolas Thiboutot n’a plus le droit de sortir de chez lui le soir, à moins de présenter une preuve de dérogation aux policiers parisiens.

Alors que le gouvernement du Québec se penche sur un couvre-feu pour freiner la pandémie, M. Thiboutot, 43 ans, le vit depuis deux mois à Paris. Pour ce gars de Québec installé depuis 10 ans dans la capitale française, c’est une contrainte légitime. 

«Les gens ne se plaignent pas trop, remarque le directeur de création publicitaire. Moi, je me dis : “c’est la période, faut le faire, let’s go”. Je ne me dis pas : “le gouvernement me met en prison”».

Au Québec, le couvre-feu fait partie, selon plusieurs médias, de mesures que pourrait annoncer le gouvernement Legault mercredi après-midi, avec le prolongement d’une semaine de l’école à la maison pour le primaire, de deux semaines pour le secondaire et la fermeture prolongée des commerces non essentiels. 

La santé publique du Québec recommande au gouvernement de mettre en place un couvre-feu dans la province, mais le gouvernement n’avait pas encore pris sa décision mardi, selon Radio-Canada. 

En France, Nicolas Thiboutot doit respecter un couvre-feu depuis le début novembre. D’abord instaurée à 21h, l’heure a été par la suite fixée à 20h. Puis, le 2 janvier, une quinzaine de départements français où la pandémie sévit davantage ont vu leur le couvre-feu passer à 18h. 

À Paris, le couvre-feu demeure de 20h à 6h. Les sorties et déplacements sont interdits pendant cette période, sous peine d’une amende de 135 € (210 $) et jusqu’à 3750 € (5842 $) en cas de récidive.

«En gros, après 20h, faut pas que tu sortes», résume M. Thiboutot. «Tout s’éteint, c’est comme pendant la guerre». 

Mais il y a des exceptions. Durant le couvre-feu, les Français peuvent quand même se déplacer entre la maison et le travail ou l’école, pour recevoir des soins de santé, pour porter assistance aux personnes vulnérables ou précaires ou pour la garde d’enfants. Les déplacements liés à des transits ferroviaires ou aériens sont aussi autorisés.

Dans un rayon maximal d’un kilomètre autour de leur domicile, les Français peuvent aussi sortir pour accompagner leurs animaux de compagnie.

À Paris, le couvre-feu a été instauré de 20h à 6h. Les sorties et déplacements sont interdits pendant cette période, sous peine d’une amende.

Attestation

Les Français qui ont un «motif impérieux» de sortir de chez eux doivent être en mesure de présenter une preuve aux policiers qui justifie la dérogation. Cela peut être, par exemple, une attestation signée par leur employeur qui montre qu’ils terminent le travail après 20h. 

Nicolas Thiboutot, qui vit avec sa copine dans le quartier le Marais, à Paris, s’est relativement bien adapté au couvre-feu. Mais il a du mal avec la fermeture des commerces après 20h, y compris les épiceries. M. Thiboutot, qui finit souvent de travailler vers 20h, n’a pas le temps de faire ses courses. Mardi soir, il avait mangé de la soupe en conserve pour souper.

Mais pour lui, c’est un moindre mal. Dans son quartier, il voit les commerces fermer les uns après les autres et apprend que des gens ont perdu leur emploi. Il voit aussi le bilan de la pandémie s’alourdir. Mardi, la France recensait plus de 20 000 nouveaux cas de COVID-19. 

Les Français ont adopté massivement les mesures sanitaires, selon un sondage publié à la mi-décembre par YouGov. Nicolas Thiboutot le constate dans son entourage. «Le couvre-feu est quand même assez respecté, dit-il. Bizarrement, les Français ont été assez dociles compte tenu de leur propension à tout le temps être révoltés contre le gouvernement». 

Les gens «vont y penser à deux fois avant de sortir»

Professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Roxane Borgès Da Silva s’est intéressé au couvre-feu à la française et elle croit que le Québec devrait s’en inspirer. 

En instaurant cette mesure, le gouvernement du Québec pourrait réduire de manière significative les contacts sociaux le soir, estime Mme Borgès Da Silva. Selon elle, «les gens vont réfléchir à deux fois avant de sortir. Ils vont se dire : “est-ce que réellement j’ai besoin de sortir? Est-ce que réellement ma sortie est utile? Est-ce que ça ne peut pas attendre à demain”?».

Mme Roxane Borgès Da Silva croit que le couvre-feu pourrait être efficace notamment auprès des gens de 20 à 39 ans. Les plus récentes statistiques de contamination montrent une forte progression de la contamination dans ce groupe d’âge, note la professeure. Un couvre-feu — et la crainte de recevoir une contravention — pourrait décourager les vingtenaires et les trentenaires de se déplacer pour se rassembler, estime-t-elle. 

«Je sais que c’est une mesure qui peut écorcher certaines valeurs et que certaines personnes peuvent dire que c’est une atteinte à la liberté individuelle, dit Mme Borgès Da Silva. Mais on est réellement dans une situation catastrophique, notamment au niveau des soins hospitaliers. On ne veut pas atteindre un point de non-retour, donc on doit mettre en place des mesures qui soient drastiques».