AP, Sebastian Kahnert
AP, Sebastian Kahnert

L’Allemagne va fermer lundi partiellement ses frontières

BERLIN — L’Allemagne et la France vont partiellement fermer à partir de lundi matin leur frontière commune pour tenter de freiner la propagation de l’épidémie liée au nouveau coronavirus, Berlin limitant en outre les passages depuis la Suisse et l’Autriche voisines.

L’Allemagne va mettre en place des contrôles très renforcés, lundi à partir de 8h locales (7h GMT), à ses frontières avec la France, la Suisse et l’Autriche et seuls les travailleurs transfrontaliers et les transports de marchandises seront autorisés à passer, a indiqué à l’AFP une source gouvernementale à Berlin, confirmant des informations du quotidien Bild.

En parallèle, la France a officiellement annoncé une mesure similaire: elle va renforcer les contrôles à sa frontière avec l’Allemagne et «limiter les traversées de la frontière au strict nécessaire, en laissant passer les personnes transfrontalières et le transport de marchandises», a indiqué le ministère français de l’Intérieur.

Aucun autre détail n’a pu être obtenu côté allemand. Le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer a annoncé une conférence de presse à 18h GMT à Berlin sur des «mesures» visant le «trafic frontalier» afin «de limiter le danger de contamination par le coronavirus».

Une source au ministère français de l’Intérieur a assuré à l’AFP que la mesure «n’était pas une fermeture», alors que la présidence française a indiqué de son côté qu’il s’agit d’une décision concertée entre les deux pays.

Une des raisons invoquées par les autorités allemandes pour la réintroduction des contrôles, outre le virus lui-même, est d’éviter que les citoyens des pays frontaliers ne viennent réaliser des achats de masse dans les magasins allemands et y vider les rayons, un phénomène déjà constaté.

L’espace Schengen se rétrécit

En Allemagne, la mesure a été décidée par le gouvernement fédéral de la chancelière Angela Merkel et les dirigeants des trois États régionaux allemands concernés, le Bade-Wurtemberg, la Bavière et la Sarre.

Elle ne concerne pas à ce stade les autres pays frontaliers de l’Allemagne, jugés à ce stade moins problématiques concernant la propagation du virus.

Parmi ces autres pays, la Pologne, la République tchèque ou le Danemark ont toutefois déjà fermé leurs frontières avec leurs voisins ou introduit de fortes restrictions.

Le gouvernement allemand s’était refusé jusqu’ici à recourir à l’arme de la fermeture des frontières, notamment pour ne pas mettre en danger ce qui reste de l’espace européen Schengen de libre-circulation, déjà bien malmené par la crise migratoire et les conséquences des attentats jihadistes.

Mais face à l’aggravation de la situation dans toute l’Europe, désormais épicentre mondial de la pandémie, il a jugé ne plus pouvoir avoir le choix.

Peu avant cette annonce, le ministre de l’Intérieur du Bade-Wurtemberg, Thomas Strobl, avait réclamé la fermeture de la frontière avec la France.

«La protection de la population doit avoir la priorité, il faut ralentir la progression du virus et pour cela il est nécessaire d’empêcher sa propagation de part et d’autre des frontières», a-t-il dit.

La fermeture des frontières est une décision difficile, «qui me pèse en tant qu’Européen convaincu», mais «elle est nécessaire», a-t-il ajouté.