Deux cliniques dédiées au dépistage de la COVID-19 ont ouvert leurs portes en Mauricie au cours des derniers jours dont celle située à Shawinigan.
Deux cliniques dédiées au dépistage de la COVID-19 ont ouvert leurs portes en Mauricie au cours des derniers jours dont celle située à Shawinigan.

La vague approche

TROIS-RIVIÈRES — Le Québec a atteint la cinquantaine de personnes infectées par le coronavirus, dont un bilan inchangé en Mauricie-Centre-du-Québec avec trois cas. Mais avec 3073 tests toujours en attente d’un résultat, on s’attend à voir la courbe de contagion s’accentuer de façon marquée dans les prochains jours.

La capacité de dépistage au Québec passera de 1600 à 6000 tests par jour, avec sept nouveaux centres d’analyse pour accélérer les délais.

C’est ce qu’a annoncé lundi la ministre de la Santé, Danielle McCann, lors de la conférence de presse quotidienne du gouvernement québécois sur la pandémie de COVID-19. Elle était aux côtés du premier ministre, François Legault, et du directeur de la Santé publique du Québec, Horacio Arruda.

En Mauricie-Centre-du-Québec, les trois cas dépistés se trouvent à Trois-Rivières. Deux nouvelles cliniques dédiées au dépistage de la COVID-19 ont ouvert leurs portes, lundi, à Trois-Rivières et à Victoriaville. À Trois-Rivières, elle est située au Centre Cloutier-du Rivage, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, alors qu’à Victoriaville, elle se trouve à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska.

Deux autres cliniques ont vu le jour, la fin de semaine dernière, soit à Shawinigan, sous un chapiteau chauffé à l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie, et à Drummondville, au Centre médical AJC de la rue Saint-Jean. Les gens peuvent s’y rendre de 8 h à 20 h, sept jours sur sept. Il est toutefois impératif qu’ils contactent d’abord le 1-877 644-4545. En effet, ces cliniques sont sur rendez-vous uniquement. Les gens qui s’inquiètent pour leur santé ou qui présentent des symptômes associés à la COVID-19 - les principaux étant la fièvre, la toux et les difficultés respiratoires - doivent donc appeler la ligne info-coronavirus, soit le 1 877 644-4545 où des infirmières attribueront des rendez-vous, si nécessaire. À La Tuque, les gens sont aussi invités à contacter ce numéro. Le cas échéant, ils seront invités à se rendre à l’urgence de l’hôpital de La Tuque.

Les cliniques de la région sont en mesure d’effectuer de 200 à 300 dépistages par jour.

Notons qu’il est inutile de subir un test de dépistage si on ne présente aucun symptôme. Des employeurs auraient demandé à leur personnel rentré de voyage d’aller se faire tester. Mais sans symptôme, il existe des risques de faux négatif. «Ça ne sert à rien de tester systématiquement tous les voyageurs. Ça pourrait créer un faux sentiment de sécurité, ce qu’on veut éviter au plus haut point. Ce qui est conseillé, si on est asymptomatique, c’est vraiment l’isolement volontaire», explique Guillaume Cliche, porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Après avoir subi un test de dépistage, plus de 3000 Québécois se sont fait confirmer qu’ils ne sont pas atteints de la COVID-19, a aussi indiqué le premier ministre François Legault, lundi en début d’après-midi.

Les régions où le plus grand nombre de cas ont été recensés sont Montréal et la Montérégie.

Pour l’instant, aucun cas n’a été confirmé dans certaines régions, dont l’Abitibi, la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent: toutefois, aucune clinique désignée COVID-19 ne se trouve dans ces secteurs.

Rappelons qu’à la suite de la fermeture des écoles, le gouvernement a ouvert des garderies pour les travailleurs du réseau de la santé, ainsi que ceux des services essentiels comme les policiers, les pompiers, les ambulanciers et les employés d’Urgence Québec.

On peut présumer que la mise en place de ces garderies a été efficace ou que les travailleurs de la santé ont su se débrouiller grâce à l’apport de leur proches parce que le taux d’absentéisme n’était pas alarmant, lundi, dans la région. «ll y a quelques absences, mais elles sont quand même bien réparties dans les différents secteurs, donc il n’y a pas d’impact ou très peu pour les services actuellement», note M. Cliche.

D’ailleurs, tout le réseau de la santé se serre les coudes. «La solidarité est très présente et très appréciée», souligne M. Cliche.

Même s’il n’y a que trois cas dans la région, le CIUSSS MCQ s’assure d’être prêt à affronter la tempête. «Tout est évalué. Certains services ont été priorisés et d’autres ont été mis au ralenti pour l’instant», note M. Cliche. Ainsi, tous les centres de prélèvements du CIUSSS MCQ sont fermés jusqu’au dimanche 22 mars 2020 inclusivement. Les services de prélèvements sont toutefois maintenus pour les urgences ou pour un suivi. Des chirurgies électives sont reportées. Autre exemple, les centres de jour pour aînés sont fermés jusqu’à nouvel ordre tout comme la clinique de la mémoire du Haut-Saint-Maurice.

FRONTIÈRES

Le premier ministre s’est dit «satisfait» de l’annonce de son homologue fédéral Justin Trudeau de fermer les frontières aux voyageurs étrangers, sauf les Américains. Même si l’un des cas avérés est lié à une personne ayant voyagé aux États-Unis récemment.

Avec quatre aéroports toujours ouverts aux vols internationaux à travers le Canada, M. Legault a ajouté qu’à l’aéroport de Montréal, du personnel supplémentaire est en place pour «inciter» les arrivants à se mettre en isolement durant 14 jours.

Car le mot d’ordre reste le même: «J’ai-tu voyagé? J’ai-tu été en contact avec quelqu’un qui revient de voyage? Est-ce que je commence à développer des symptômes? Je reste chez nous!» résume le Dr Arruda, répétant qu’il n’y a pas encore de transmission locale au Québec.

«Qu’il y ait 50 personnes ou 100, peu importe, évitez tous les rassemblements qui ne sont pas nécessaires. Il faut tout faire pour éviter la croissance de la contagion», insiste M. Legault. «Chaque geste compte pour tout faire pour éviter que notre réseau de la santé soit débordé dans les prochaines semaines. Actuellement, les gestes qui sont posés vont nous permettre de sauver des vies de Québécois et de Québécoises.»

Par ailleurs, le premier ministre a profité de ce point de presse pour inciter les Québécois à continuer à donner du sang.

Pas de couvre-feu

Pas question par contre d’imposer un couvre-feu. Comme dans l’État du New Jersey, qui interdit à ses 9 millions de citoyens de sortir entre 20 h et 5 h, sauf si nécessaire.

«Ce qui est important, c’est que les personnes ne soient pas en contact trop près avec d’autres personnes. Donc, qu’ils rentrent à 19 h ou à 22 h le soir, je ne pense pas que c’est quelque chose de prioritaire», affirme M. Legault.

«C’est sûr que si tout le monde sort beaucoup dans la journée, puis qu’il y a un couvre-feu de soir, la contamination va avoir été faite de jour», appuie M. Arruda, disant que la question n’est pas sur la table.

Ce n’est toutefois pas une raison pour laisser les adolescents en vacances tenir des partys de sous-sol pour combler les deux semaines sans école.

«Peut-être qu’il faudrait mettre du savon, puis du Purell à côté de la bière pour vos adolescents. Mais, encore là, une certaine distance. Puis, je ne recommande pas ce que j’appellerais l’échange des produits biologiques, actuellement...» a laissé tomber le Dr Arruda, déclenchant de rares rires lors de ces mises au point quotidiennes.

Après avoir adopté les crédits nécessaires jusqu’à l’été, mardi, l’Assemblée nationale ajournera ses travaux pour cinq semaines. Comme l’avait fait la Chambre des communes d’Ottawa, la semaine dernière. Le parlement de Québec est fermé aux visiteurs depuis jeudi dernier.

Avec La Presse canadienne