Le conseiller municipal de Granby Alain Lacasse attend impatiemment l’ouverture des frontières. Il a bon espoir de pouvoir voguer sur le lac Champlain cet été, l’endroit idéal selon lui pour y faire de la voile.
Le conseiller municipal de Granby Alain Lacasse attend impatiemment l’ouverture des frontières. Il a bon espoir de pouvoir voguer sur le lac Champlain cet été, l’endroit idéal selon lui pour y faire de la voile.

La saison de voile pourrait tomber à l’eau

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
La fermeture de la frontière canado-américaine, si elle se prolonge encore quelques semaines, pourrait bien compromettre les plans des amoureux de la mer. Si plusieurs propriétaires d’embarcations de plaisance trépignent d’impatience à l’idée de larguer les amarres, d’autres sont moins optimistes et ne sont pas si certains de pouvoir lever l’ancre cette année.

Conseiller municipal à Granby et adepte de voile, Alain Lacasse attend impatiemment l’ouverture des frontières.  « D’habitude, à la mi-avril, on est déjà sur nos bateaux en cale sèche. On les prépare et on les met beaux pour l’été, on couche dedans et on a du plaisir entre plaisanciers, raconte-t-il. À la mi-mai, tout est à l’eau, mais tout ça, on n’a pas pu le faire cette année. »

Du côté du lac Memphrémagog, qui chevauche les deux pays, la situation est similaire. Gilles Vachon, qui travaille à la marina de Newport, confirme que les quais ne seront pas prêts à recevoir les plaisanciers, dont 70 % sont Québécois, comme prévu. « On n’est pas certains de pouvoir poser la deuxième section du quai, ce qu’on fait normalement autour du 20 mai. »

L’impossibilité de prédire l’ouverture des frontières compromet la saison. «Moi-même je ne sais pas si je vais sortir mon bateau... », note le Magogois, qui navigue depuis 35 ans.

Jean-Sébastien Deschambault ne se fait pas trop d’illusions : les chances sont minces qu’il passe son été sur l’eau comme il le fait depuis des années. «J’essaie de ne pas trop y penser, confie-t-il. Toute notre saison est compromise, nos vacances annuelles... J’espère [que la situation changera] d’ici juillet, août, mais bon, il n’y a rien de sûr. »

Une escapade qui n’en vaut pas la chandelle

M. Lacasse est toutefois optimiste de pouvoir voguer sur le lac Champlain cet été, l’endroit idéal, selon lui, pour y faire de la voile. « Je garde espoir qu’en juin on sera tous sur nos bateaux, dit-il. Dès que la frontière canadienne sera ouverte, je m’y rends, même s’il faut attendre jusqu’à la mi-juillet ! »

M. Lacasse est catégorique : faire de la voile est possible tout en respectant la distance minimale imposée entre les individus pour éviter toute contamination. « Si tu ne vas pas sur le bateau des autres, tu es correct. Tu couches sur ton bateau, tu manges sur ton bateau, et même amarré, tu es assez loin des autres. C’est possible de se ravitailler un à la fois », illustre-t-il.

Le problème qu’il constate, actuellement, c’est que tant et aussi longtemps que la douane canadienne est hermétique, l’escapade n’en vaut pas la chandelle. «Si on y va et qu’on revient, on se retrouve en quarantaine pour deux semaines, réfléchit le conseiller. Ça ne vaut pas la peine de sortir pour une fin de semaine... »

Gilles Vachon abonde en ce sens. « Ça ne ferait pas de sens d’y aller quelques jours et de retourner se confiner pendant deux semaines », dit-il.

Jean-Sébastien Deschambault ne se fait pas trop d’illusions: il ne risque pas passer son été sur l’eau comme il le fait depuis des années. Ce capitaine d’expérience calcule qu’il devra dépenser des milliers de dollars cet été, même s’il ne met pas le pied sur son voilier.

DES DÉPENSES MALGRÉ L'INCERTITUDE

Pour une saison de voile qui demeure incertaine, ce loisir déjà onéreux pourrait le devenir encore plus. 

Les plaisanciers dont l’embarcation est actuellement entreposée aux États-Unis devront payer des frais supplémentaires s’ils ne peuvent pas mettre leur bateau à l’eau. C’est sans compter les dépôts déjà versés pour s’assurer d’une place en marina, sans savoir s’il sera possible d’y jeter l’ancre d’ici les prochaines semaines.

« Ça représente de très gros investissements, confirme Jean-Sébastien Deschambault, dont l’embarcation est entreposée à Rouses Point, dans l’État de New York. On va assurément payer du surplus d’entreposage étant donné qu’on aurait dû mettre les bateaux à l’eau bientôt, et on ne peut même pas aller voir si l’hiver a laissé des dommages... »

Ce capitaine d’expérience calcule qu’il devra dépenser des milliers de dollars cet été, même s’il ne met pas le pied sur son voilier. « C’est plus ou moins 1000 $ américains pour laisser un bateau en cale sèche tout un été, et on a déjà payé un acompte de 1000 $ pour la marina, dit-il. Il me reste une balance de 1400 $ à payer. »

Les commerçants américains qui faisaient de bonnes affaires grâce aux plaisanciers québécois écoperont eux aussi de la fermeture des frontières. 

La Bromontoise Diane Rondeau est de cet avis. « De mon côté, je ne penserais pas mettre mon bateau à l’eau cet été. C’est quand même beaucoup de dépenses pour beaucoup d’incertitude. Les marinas américaines ne rembourseront probablement pas les dépôts puisque ce n’est pas leur problème si les frontières demeurent fermées », indique celle qui est revenue début avril de la Floride, où elle a passé l’hiver avec son mari et où elle a laissé son bateau après y être arrivée à partir du lac Champlain, en septembre.

Même si les frontières venaient qu’à rouvrir, il n’est pas dit qu’elles ne se refermeront pas advenant une deuxième vague de contaminations.

« La situation est très instable et la saison de voile, très courte, rappelle Mme Rondeau. Si les frontières se referment et que les bateaux sont à l’eau, il ne sera plus possible d’aller les sortir et les préparer pour l’hiver. J’ai suggéré à des amis de prendre une place dans une marina au Québec cet été ; comme ça, ils pourront revenir rapidement si c’est nécessaire. »