L’entreprise Gesteco a actuellement plusieurs chantiers en cours, dont celui-ci, rue Henry Carleton Monk (au sud de la rue Saint-Jude Sud).
L’entreprise Gesteco a actuellement plusieurs chantiers en cours, dont celui-ci, rue Henry Carleton Monk (au sud de la rue Saint-Jude Sud).

La construction résidentielle se remet en marche

L’industrie de la construction se remet tranquillement en marche au Québec. Des entrepreneurs œuvrant dans le secteur résidentiel ont repris le chemin des chantiers, lundi, afin d’honorer des travaux dont la livraison était initialement prévue au plus tard le 1er juillet. Cette mesure doit permettre d’éviter que plusieurs milliers de personnes se retrouvent à la rue.

Sur le terrain, c’est le casse-tête. Nouvelles normes de sécurité sanitaire, distanciation physique, délais serrés à respecter...

«La semaine passée, en prévision de la réouverture des chantiers, on a réorganisé les horaires pour éviter que les corps de métier se retrouvent en même temps dans un même logement», donne en exemple l’entrepreneur général Jean-François Boisvert, de condos Gesteco à Granby. 

Les livraisons de matériel se font également à des moments particuliers afin d’éviter les contacts avec les travailleurs. 

«On a segmenté les travaux pour contrôler nos délais le plus possible», explique M. Boisvert, alors en route entre deux chantiers. L’horaire de chaque jour est méticuleusement détaillé, ce qui n’était pas le cas auparavant, quand les différents corps de métier pouvaient s’organiser plus librement pour réaliser les travaux. 

M. Boisvert a même contacté la Commission de la construction du Québec et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour que ces organismes vérifient les mesures qu’il a mises en place. 

La CNESST a d’ailleurs produit un guide destiné aux acteurs du secteur de la construction.

«On y aborde la façon de vérifier l’état de santé des travailleurs à leur arrivée sur le chantier, les mesures de distanciation, le lavage des mains, l’organisation des pauses, le lavage des outils et les situations de proximité entre collègues», énumère François Bernier, vice-président principal Affaires publiques à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation au Québec (l’APCHQ).

L’idée, c’est d’être protégé, résume-t-il. Selon lui, cette première journée s’est bien déroulée, beaucoup d’entrepreneurs étaient prêts. «On a un très bon départ, j’ai reçu beaucoup d’échos positifs, indique M. Bernier. Tout était en place dans les chantiers.»

L’APCHQ leur a notamment fourni une liste d’une centaine de fournisseurs pour les aider à se procurer certains articles, comme du gel assainissant ou des stations de lavage. «On s’est beaucoup préparé et on a effectué 7000 appels auprès de nos membres entrepreneurs, insiste M. Bernier. On leur a demandé de prendre l’engagement de lire le guide de la CNESST afin de les sensibiliser à notre nouvelle réalité.»

Une reprise partielle 

Pour l’instant, seule la reprise de certains chantiers a été permise par le gouvernement. Cette reprise intervient après que l’APCHQ et d’autres acteurs de la construction ont sensibilisé le gouvernement pour «éviter une crise du logement et éviter que les gens se retrouvent à la rue», indique M. Bernier.

À l’APCHQ, on rappelle que «les ententes conclues avant le 24 mars 2020 et ayant une date de livraison prévue au plus tard le 31 juillet, peuvent être honorées pour reprendre ou entamer les travaux le lundi 20 avril 2020».

Cela concerne la construction de bâtiments résidentiels neufs ou d’unités d’habitation locatives, les travaux de rénovation résidentielle permettant de rendre l’unité d’habitation fonctionnelle et les travaux de rénovation résidentielle qui, s’ils ne sont pas exécutés, priveraient un client de la prise de possession de sa résidence au plus tard le 31 juillet 2020.

Selon M. Bernier, les chantiers concernés par la reprise représentent environ le quart de la production annuelle de la construction résidentielle. «Pour le trimestre d’avril à juin, [au Québec] on prévoyait livrer de 10 000 à 11 000 unités», précise-t-il.

Pendant l’arrêt forcé de quatre semaines, Jean-François Boisvert a mis sur pause ses opérations de vente et de mise en location, devant l’incertitude liée à la COVID-19. Son entreprise a actuellement des chantiers en cours sur la rue du Mont-Brome (le long du boulevard Pierre-Laporte), rue du Noisetier et rue Henry Carleton Monk (au sud de la rue Saint-Jude Sud).

À quand une reprise complète?

«Aujourd’hui, le gros enjeu est de savoir quand nous pourrons faire de nouvelles mises en chantier, s’inquiète M Boisvert. On attend le feu vert pour ça.»

Dans un mois et demi, les entrepreneurs auront besoin de savoir ce qui les attend pour la suite, prévient M. Boisvert, qui fait affaire avec une vingtaine de sous-traitants et une dizaine de fournisseurs de matériel.

«Actuellement, les institutions financières sont frileuses, c’est difficile d’obtenir du financement, explique-t-il. Elles attendent de voir comment le marché va réagir et qu’on leur démontre qu’on va continuer à pouvoir récolter nos loyers.»

Bref, les acteurs de la construction sont encore dans l’incertitude malgré la réouverture partielle du lundi 20 avril.

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DES FAMILLES RELOGÉES

L’entrepreneur général Jean-François Boisvert a dû interrompre pendant quatre semaines les activités de son entreprise Condos Gesteco. Ces circonstances exceptionnelles l’ont obligé à reloger 12 ménages.

«Deux de nos unités ne pourront être terminées le 30 juin, tel que prévu, dit-il. Heureusement, on possède des immeubles avec des logements vacants qui nous ont permis de les reloger et d’éviter qu’ils se retrouvent à la rue.»

La livraison de toutes ses unités a été décalée de quatre semaines.